En misant sur une communication tous azimuts, tout en couleur et tout en jaune, la tête de liste Reconquête aux dernières élections municipales à Paris est parvenue à s'imposer dans le paysage médiatique. Décryptage de "Complément d'enquête" en se basant sur un travail de l'INA.

France Télévisions

Publié le 22/10/2026 17:51 Mis à jour le 22/10/2026 20:18

Temps de lecture : 5min

Sarah Knafo signe son livre "Le Casse du siècle", le 19 septembre 2026, à Cannes (Alpes-Maritimes). (ERIC DERVAUX / HANS LUCAS / AFP)
Sarah Knafo signe son livre "Le Casse du siècle", le 19 septembre 2026, à Cannes (Alpes-Maritimes). (ERIC DERVAUX / HANS LUCAS / AFP)

C'est l'histoire d'un pari réussi : celui d'une candidature qui était d'abord destinée à asseoir sa place sur la scène politique nationale. En mars, lors des élections municipales, Sarah Knafo s'est engagée dans la bataille pour décrocher la mairie de Paris, sous les couleurs de Reconquête, le parti d'Eric Zemmour. Pour cette première participation à un scrutin comme tête de liste, la candidate d'extrême droite s'est finalement classée en cinquième position à l'issue du premier tour, récoltant 10,4% des suffrages exprimés.

Lors de la soirée électorale réunissant ses soutiens, au soir du scrutin, elle ne cachait pas sa satisfaction. "Pour moi qui ai seulement quelques mois de vie politique derrière moi, quel chemin parcouru grâce à vous ! Au cœur de la capitale que tant de Français pensaient perdue, notre ligne politique vient de faire une percée historique !" déclarait-elle alors, sous des applaudissements nourris.

Qualifiée pour le second tour – elle décidera finalement de se retirer de la course au profit de Rachida Dati – elle savoure à cet instant une victoire personnelle, davantage qu'un succès dans les urnes. Avec une campagne éclair d'à peine soixante jours, Sarah Knafo a en effet réalisé une impressionnante percée, si ce n'est politique, en tout cas médiatique. Encore peu connue du grand public quelques mois plus tôt, elle a su tirer profit de cette élection pour s'imposer parmi les nouveaux visages de la politique française.

Il faut dire que Sarah Knafo a bénéficié d'une exposition particulièrement importante, comme le soulignent les données compilées par nos confrères de l'INA et citées dans l'émission "Complément d'enquête" qui consacre, jeudi 22 octobre, un numéro à l'ex-candidate.

Aidés par des outils d'intelligence artificielle, les journalistes de l'Institut national de l'audiovisuel ont pu établir un classement des candidats les plus cités durant la campagne des municipales, soit entre le 1er janvier et le 13 mars, sur quinze médias audiovisuels nationaux*. Selon leur décompte, durant cette période, le nom de Sarah Knafo a été cité au total 1 788 fois à la télévision et à la radio. Ce qui en fait la deuxième candidate la plus citée pendant la campagne parisienne, derrière Rachida Dati et ses 3 333 mentions.

Mais la performance de Sarah Knafo ne s'arrête pas là. "Complément d'enquête" a rapporté ces chiffres au poids électoral réel de chacun des candidats qualifiés au second tour à Paris : le magazine d’investigation a ainsi calculé le nombre de mentions à la télévision et à la radio pour 1 000 voix obtenues, en se basant sur les résultats électoraux arrêtés par le ministère de l'Intérieur. Selon ce produit en croix, la tête de liste Reconquête devient alors la candidate qualifiée pour le second tour la plus exposée médiatiquement par rapport à son nombre d'électeurs.

Pour 1 000 voix obtenues, Sarah Knafo a ainsi été citée plus de 21 fois. C'est davantage que Rachida Dati (16 fois pour 1 000 voix), ou que le candidat Renaissance-Horizon, Pierre-Yves Bournazel (9 fois pour 1 000 voix). Et environ quatre fois plus que l'insoumise Sophia Chikirou ou que le socialiste Emmanuel Grégoire, pourtant vainqueur de cette élection, chacun cités seulement cinq fois pour 1 000 voix. La palme revient cependant à Thierry Mariani (RN) : pendant la campagne, l'autre candidat d'extrême droite de cette élection a été cité plus de 24 fois pour 1 000 voix obtenues. Il n'a pas passé le premier tour, et a réuni seulement 1,61% des suffrages exprimés. A l'autre bout de l'échiquier politique, trois candidats d'extrême gauche (Blandine Chauvel pour le NPA, Marielle Saulnier pour Lutte ouvrière et Mahel Pierrot-Guimbaud) ne sont, eux, jamais cités, si l'on se réfère aux données de l'INA.

Capture d'écran du sujet du magazine "Complément d'enquête" diffusé le 22 octobre 2026 sur France 2. (COMPLEMENT D'ENQUETE / FRANCE TELEVISIONS)
Capture d'écran du sujet du magazine "Complément d'enquête" diffusé le 22 octobre 2026 sur France 2. (COMPLEMENT D'ENQUETE / FRANCE TELEVISIONS)

Cet intérêt marqué des médias pour la secrétaire générale de Reconquête s'est vérifié dès le début de la campagne. Le 7 janvier, Sarah Knafo annonçait sa candidature à la mairie de Paris sur le plateau du journal de 20 heures de TF1. Elle est l'unique candidate à avoir bénéficié d'une telle exposition. Toujours selon les données de l'INA, au lendemain de cette annonce, Sarah Knafo devient d'ailleurs, pendant quelques jours, la tête de liste la plus mentionnée en valeur absolue.

Tout au long de la campagne, la candidate a réussi à entretenir une bulle médiatique autour de son nom en s'attelant à susciter un effet de nouveauté et de curiosité. Soucieuse de se "dézemmouriser", en s'éloignant du discours décliniste et identitaire du président de Reconquête, également son compagnon, Sarah Knafo n'a rien laissé au hasard dans sa communication. En témoigne la diffusion par ses soutiens de clips de campagne façon dessin animé, où elle apparaît en héroïne de manga dotée du superpouvoir de rendre la "ville heureuse", son slogan de campagne. La presse a largement chroniqué le travail marketing autour de son image, en relevant les nombreuses références, voire emprunts, aux codes de campagne du nouveau maire socialiste de New York, Zohran Mamdani.

Une stratégie du "copier-coller" qui s'est avérée payante, selon Gaspard Gantzer, expert en communication politique et ancien directeur de la communication du président François Hollande : "En reprenant [les] codes [de Zohran Mamdani], notamment sur les réseaux sociaux, en recourant à la couleur, en comprenant bien qu'il fallait exprimer des émotions positives, de la joie, ce qui n'est pas évident quand on vient de l'extrême droite, Sarah Knafo a essayé de capter les émotions positives, au détriment de la gauche, qui a perdu sa capacité à rire et à faire la fête", analyse-t-il auprès de "Complément d'enquête".

Aujourd'hui, si la candidate a remisé les tenues colorées qu'elle a revêtues durant toute sa campagne, elle parvient encore à occuper les premiers rôles, alors même qu'Eric Zemmour ne s'est pas encore déclaré officiellement candidat à l'élection présidentielle. Ces dernières semaines, son livre Le Casse du siècle s'est ainsi hissé numéro 1 des ventes, tous genres confondus, avec plus de 300 000 exemplaires déjà écoulés.


*Les médias étudiés par l'INA sont les quatre chaînes d'information en continu (BFMTV, LCI, CNews et franceinfo), les matinales radio (Europe 1, France Culture, France Inter, franceinfo, RMC, RTL et Sud Radio) de 6 heures à 10 heures du matin, et les quatre JT diffusés entre 19h30 et 21 heures (sur TF1, France 2, Arte et M6).

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Source: Franceinfo · Complément d'enquête

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