"Il est illusoire de penser qu'on pourra tout mettre en place dès cette année", estime Bruno Bouchard, président de l'université Dauphine-PSL. Plusieurs de ses collègues partagent son avis.

France Télévisions

Publié le 30/10/2026 05:52

Temps de lecture : 4min

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste (à gauche), et le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, le 29 octobre 2026 au Sénat, à Paris. (DANIEL PERRON / HANS LUCAS / AFP)
Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste (à gauche), et le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, le 29 octobre 2026 au Sénat, à Paris. (DANIEL PERRON / HANS LUCAS / AFP)

Les universités vont devoir s'adapter. Pour répondre à la colère lycéenne, le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé, lundi 26 octobre, une "évolution forte" de Parcoursup, suivie de son "remplacement" dès 2028. Ces mesures concernant la plateforme d'orientation post-bac ne convainquent pourtant pas les présidents d'université.

"Il est illusoire de penser qu'on pourra tout mettre en place dès cette année", estime Bruno Bouchard. Le président de l'université Dauphine-PSL, à Paris, se dit prêt à mettre en place dès à présent les réformes demandées. "On peut travailler sur l'information et la transparence par exemple", affirme-t-il. Mais le temps presse : les candidats doivent formuler leurs vœux à partir du 18 janvier, dans moins de trois mois, un délai jugé trop court.

Philippe Baptiste a également déclaré que les candidats pourraient désormais demander aux établissements supérieurs les motifs du rejet de leurs candidatures. "On n'a ni le personnel ni le temps à consacrer à ces courriers", réagit Françoise Grolleau, président de l'université d'Angers. Elle précise que 4 199 dossiers ont été étudiés pour 340 places offertes l'an dernier, soit potentiellement 3 859 "non" à justifier. "Il faut aussi rappeler que les critères de choix sur chacune des formations sont déjà disponibles", ajoute-t-elle. Les établissements doivent notamment détailler "les informations essentielles" sur le cursus, "les modalités de candidature" et "les critères d'analyse des candidatures", explique le site de Parcoursup.

Delphine Manceau, présidente de la Conférence des grandes écoles, se montre également dubitative. "Honnêtement, je ne pense pas que nous pourrons faire une réponse individualisée pour chaque candidat", affirme-t-elle dans Le Parisien, en insistant sur l'importance de mettre à disposition des critères de sélection clairs.

Les responsables dans l'enseignement supérieur alertent aussi sur le travail supplémentaire que ces réformes vont demander au personnel. "La charge des études de dossiers repose sur des enseignants-chercheurs qui sont très faiblement rémunérés et qui ont très peu de temps libéré", souligne le président de Dauphine-PSL. Il demande plus de moyens pour mettre en place les changements demandés. "Il faut faire très attention à ne pas faire un transfert de charge à moyens constants."

Le gouvernement a par ailleurs annoncé que les formations devraient désormais se justifier lorsqu'elles demandent une lettre de motivation pour l'examen des candidatures. Cette mesure interroge Françoise Grolleau. "Je ne suis pas sûre que ça règle le problème", confie-t-elle, estimant par ailleurs que cette démarche peut aider un candidat à faire le point avant de choisir une formation.

La présidente d'université pointe aussi du doigt l'idée du ministère de demander aux établissements de réaliser des vidéos pour présenter les différentes formations, la jugeant incohérente. Elle rappelle qu'une circulaire a été envoyée en octobre 2025, demandant une "réduction de 20% des dépenses de communication" de la part de "l'Etat et de ses organismes" sur l'année 2026.

Le gouvernement prévoit aussi la création de 15 000 nouvelles places dans l'enseignement supérieur. Un chiffre jugé insuffisant par les organisations lycéennes et étudiantes, qui en réclament jusqu'à 250 000. Quelque 10 000 places concernent les BTS et 4 000 les BUT (ex-DUT). "Cette annonce va dans le bon sens", affirme Bruno Bouchard, selon qui des élèves se sont retrouvés à l'université faute de place, alors qu'ils visaient ces cursus professionnalisants.

France Universités, association qui regroupe plusieurs directions d'établissement, "salue la création, bienvenue" de ces places, mais dénonce "un sous-financement chronique" qui n'a "toujours pas obtenu de réponse". "Evidemment, on peut se réjouir des financements qui vont être débloqués mais encore faudrait-il payer les places que nous avons offertes ces dernières années à moyens constants", abonde Françoise Grolleau, qui estime avoir accueilli depuis 2022 près de 4 000 étudiants supplémentaires sans financement spécifique supplémentaire.

"C'est un début", mais "il faut surtout changer la trajectoire sur le long terme", renchérit Bruno Bouchard, "car pour créer des places, il faut des salles de cours, des profs. Et cela ne se décide pas du jour au lendemain". A l'approche de l'élection présidentielle, il souhaite que le sujet du financement de l'enseignement supérieur trouve sa place dans le débat public.

"Il faut qu'il y ait un véritable positionnement des candidates et des candidats à la présidentielle sur une loi de programmation pour rattraper le retard en matière d'investissement dans l'éducation et dans la recherche."

Bruno Bouchard, président de l'université Dauphine-PSL

à franceinfo

A moyen terme, les directions des universités doivent aussi se préparer à l'arrivée d'une nouvelle plateforme, annoncée par le gouvernement à partir de 2028. Depuis le début du mouvement lycéen, elles ont mis en garde contre la suppression de Parcoursup. "Il est majeur de ne pas confondre l'outil et la politique délibérée de réduction des moyens, qui, ces dernières années, a créé de fortes tensions pour l'entrée dans l'enseignement supérieur", affirmait dimanche l'association France Universités dans un communiqué. Elle redoutait "une suppression précipitée de Parcoursup sans solution de remplacement" qui "conduirait à une catastrophe à court terme".

Si l'association "salue les premières annonces du gouvernement", elle rappelle que l'outil "ne doit pas être l'objet sacrificiel dissimulant les causes profondes d'un malaise qu'il ne fait que mettre au jour". La présidente de l'université d'Angers reconnaît que des améliorations peuvent être apportées, mais elle loue "un outil formidable qui fonctionne bien". Le remplacement de Parcoursup est une mesure "simpliste", ajoute Françoise Grolleau. Le président de Dauphine-PSL partage cet avis, et déplore que "différents acteurs, y compris des hommes politiques, aient surfé sur cette cristallisation autour du dispositif".

Au niveau politique justement, le processus est déjà en cours. Pour construire le "nouveau Parcoursup", un comité réunissant lycéens et enseignants autour des ministres a été constitué. Ses premières recommandations sont attendues d'ici la fin du mois de novembre.

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Source: Franceinfo · Lucie Rivière

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