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Publié le 02/11/2026 06:05

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L'équipe du président américain, Donald Trump, a enclenché une série de redécoupages électoraux à partir de l'été 2025, en incitant des responsables du Texas à revoir le tracé de ses circonscriptions. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO)
L'équipe du président américain, Donald Trump, a enclenché une série de redécoupages électoraux à partir de l'été 2025, en incitant des responsables du Texas à revoir le tracé de ses circonscriptions. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO)

Neuf Etats ont redessiné leurs circonscriptions en vue des élections de mi-mandat à la Chambre des représentants, qui ont lieu mardi. Un "redistricting" à l'ampleur inhabituelle impulsé par le président américain à l'été 2025 dans l'espoir de sauver une majorité fragile.

En vingt ans de campagnes, Chris Piper n'avait "jamais vu ça". A l'approche des élections de mi-mandat, qui se tiennent mardi 3 novembre aux Etats-Unis, l'ancien responsable des scrutins dans l'Etat de Virginie, sur la côte est, livre à la radio publique NPR sa sidération face aux multiples batailles à travers le pays autour du redécoupage électoral. "La confusion est le principal impact pour les électeurs, craint l'Américain. Où dois-je voter ? Qui est mon élu ? Et dans quelle circonscription suis-je ?"

En à peine plus d'un an, neuf Etats américains ont vu leurs circonscriptions évoluer en vue des nouvelles élections des représentants – l'équivalent américain des députés français. Ce remodelage, massif, s'étend de la Floride à la Californie et affecte au total un électeur américain sur dix, d'après l'estimation de l'agence Associated Press. Il est le fruit d'un intense bras de fer politico-judiciaire engagé depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, à des fins purement électorales.

En théorie, le redécoupage – "redistricting" en anglais – est une pratique normale et connue de la démocratie américaine. Il intervient en principe à chaque nouvelle décennie, dans la lignée d'un nouveau recensement de la population. L'objectif, en tenant compte des évolutions démographiques, est "d'équilibrer les populations des circonscriptions au sein d'un Etat", souligne Benjamin Schneer, professeur de politiques publiques à l'école Kennedy de l'université d'Harvard. Une mesure de représentation, donc, sur laquelle la politique prend parfois le pas. Le "redistricting" se mue alors en "gerrymandering", une forme de "charcutage électoral" : des circonscriptions sont redessinées dans un but clairement partisan, afin de privilégier ou de fragiliser une force politique.

Le remodelage observé en amont des élections de mardi s'en approche fortement. "Il est inhabituel de voir un nouveau redécoupage électoral en milieu de décennie", note Benjamin Schneer, expert de la représentation politique. En 50 ans, seuls deux Etats américain avaient redessiné "volontairement" leurs circonscriptions dans un timing similaire, selon l'organisation américaine Protect Democracy. En 2026, la loi n'imposait qu'un seul redécoupage : celui des circonscriptions de l'Ohio.

"Ce genre de redécoupage en une seule année, avant une élection, est sans précédent."

Benjamin Schneer, professeur en politiques publiques à l'université d'Harvard

à franceinfo

Le phénomène débute au tournant de l'été 2025. En juin, des conseillers de Donald Trump invitent des responsables républicains texans à revoir le tracé des circonscriptions de cet Etat très peuplé, en vue des élections de mi-mandat. L'objectif, à un an de l'échéance, est de sécuriser la fragile majorité républicaine à la Chambre des représentants, apprend le New York Times. Le président américain, au fil de l'été, livre clairement ses intentions à la presse. "Sur le Texas, combien de sièges en plus souhaitez-vous que les républicains dessinent ?", lui demande un journaliste, cité par C-Span. "Cinq", assume le dirigeant populiste.

"Vu le rôle de Donald Trump au sein du parti républicain, ces déclarations sont un commandement", commente Ludivine Gilli, directrice de l'Observatoire de l'Amérique du Nord à la fondation Jean-Jaurès. Au Texas, la majorité républicaine s'exécute. La nouvelle carte, sans surprise favorable au camp conservateur, provoque la fuite temporaire d'élus démocrates texans, qui cherchent à empêcher la tenue du vote pour l'adopter et son entrée en vigueur. Elle est finalement signée et promulguée dès le mois d'août par le gouverneur républicain Greg Abbott.

"Ce redécoupage au Texas déclenche une vague de réactions, ce qui n'avait peut-être pas été anticipé", note Benjamin Schneer. Dans un "effet cascade", une série d'Etats déclarent envisager à leur tour de redessiner leurs circonscriptions, à commencer par la Californie, vaste fief démocrate. La guerre du "redistricting" est déclarée.

Avant septembre, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, signe des lois de redécoupage visant à favoriser les élus de son parti, rapporte le New York Times. La nouvelle carte offrirait aux progressistes jusqu'à cinq sièges supplémentaires, soit de quoi égaler les gains espérés par les républicains texans. "Nous répondons à ce qui a eu lieu au Texas", assume le dirigeant californien, l'un des visages de l'opposition à Donald Trump. "Nous jouons tous selon les mêmes règles." Le redécoupage partisan, soumis au vote des électeurs de l'Etat, est approuvé lors d'un référendum à l'automne 2025.

Au même moment, les frontières des circonscriptions se déplacent aussi en Caroline du Nord. Fin avril, une décision de la Cour suprême entraîne une nouvelle salve de "redestricting", à six mois des élections, censée permettre aux républicains d'arracher trois à quatre sièges supplémentaires aux démocrates en Floride, un Alabama et un dans le Tennessee.

Le cas de la région de Memphis, dans l'ouest du Tennessee, est éclairant. Comme le montre le New York Times, il s'agit de la seule circonscription plutôt démocrate de l'Etat, avec une population majoritairement noire. La nouvelle carte la morcelle, dispersant ces électeurs dans trois circonscriptions plutôt républicaines, et diluant ainsi les votes démocrates. "C'est l'un des buts classiques du gerrymandering : tenter de réduire la concurrence", expose Samuel Wang, directeur d'un projet d'étude sur cette pratique à l'université de Princeton. Deux méthodes sont en général employées : le "cracking", à l'image de l'exemple de Memphis, ou la pratique inverse, le "packing".

"Avec le "packing", on regroupe ses adversaires dans quelques circonscriptions. Le "cracking", quant à lui, sert à les disperser dans différentes circonscriptions."

Samuel Wang, professeur à l'université de Princeton et expert du "gerrymandering"

à franceinfo

Le chercheur évoque un deuxième but, sous-jacent, de certains charcutages électoraux aux Etats-Unis : "défaire des circonscriptions qui représentaient des populations minoritaires", présumées plus favorables aux démocrates. Ces derniers mois, "plusieurs circonscriptions à forte composante noire ou hispanique ont ainsi été effacées".

A l'heure des midterms, l'Alabama, la Californie, la Caroline du Nord et la Floride ont de nouveaux tracés pour l'élection de leurs représentants, à l'instar de la Louisiane, l'Ohio, le Tennessee, le Texas et l'Utah. Près de 35 millions d'Américains ont ainsi changé de circonscription entre 2024 et aujourd'hui, d'après Protect Democracy. "Par ailleurs, un Américain sur cinq vote désormais dans une circonscription [dont l'électorat a] considérablement changé depuis la dernière élection", précise l'organisation dans une récente étude. "C'est la structure de très nombreuses circonscriptions qui est modifiée", constate Ludivine Gilli.

Un redécoupage majeur, mais avec quels effets dans les urnes ? D'après les estimations du New York Times, ces nouvelles cartes pourraient apporter deux à onze sièges au camp républicain à la chambre basse du Congrès. Le Guardian, de son côté, évalue à neuf sièges les possibles gains conservateurs liés au "redistricting". "Les tendances que nous voyons aujourd'hui nous font penser que cela ne sera pas suffisant pour faire la différence", pointe Ludivine Gilli. Samuel Wang tempère aussi les espoirs du parti de Donald Trump : "Ce sera peut-être cinq sièges [en plus pour les républicains]. Voire moins".

Après deux années de présidence, les élections de mi-mandat s'avèrent souvent complexes pour le parti au pouvoir. Ces 80 dernières années, la force politique du président a presque toujours perdu du terrain à la Chambre des représentants lors des midterms, rappelle le chercheur Robert A. Strong sur The Conversation. A cela s'ajoute un contexte délicat pour le camp trumpiste, entre conflit au Moyen-Orient et flambée des prix des carburants.

La popularité de Donald Trump continue de reculer : seuls trois Américains sur dix approuvent désormais sa politique, d'après une récente étude du centre de recherche Pew. Le mécontentement a même gagné un tiers des électeurs qui avaient soutenu le conservateur en 2024, à commencer par les électeurs jeunes et hispaniques. Les observateurs suivront ainsi de près le vote latino dans deux Etats clés concernés par le "redistricting", le Texas et la Floride.

"Du fait de ce revirement contre Donald Trump, ces manipulations électorales pourraient ne pas porter leurs fruits."

Samuel Wang, professeur à l'université de Princeton et expert du "gerrymandering"

à franceinfo

S'ajoutent de possibles effets collatéraux d'un redécoupage partisan. "Quand des électeurs font face à une nouvelle circonscription, à de nouveaux candidats, cela peut créer de la confusion et démobiliser les électeurs", analyse Ludivine Gilli. Se retrouver dans une circonscription redessinée et moins disputée, où l'élection semble courue d'avance, peut aussi inciter des Américains à s'abstenir – ce qui pourrait jouer sur l'issue d'un scrutin serré. "Il y a en parallèle l'aspect inverse, qui est difficile à quantifier", poursuit l'autrice du livre Etats-Unis : le vote confisqué. "Le fait de vouloir priver les gens de leurs votes, ou de l'effet de leurs votes, peut les surmobiliser."

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Source: Franceinfo · Valentine Pasquesoone

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