Même mode opératoire que l'attaque en France. Plusieurs dizaines de magasins belges, luxembourgeois, suédois mais aussi estoniens ont été à leur tour victimes entre la soirée du dimanche 1er novembre et la matinée du lundi 2 novembre d'une cyberattaque "inédite" visant leurs installations frigorifiques.
En Estonie, où au moins un supermarché a été attaqué par les pirates informatiques qui ont fait monter la température des unités de réfrigération à 50 °C, les appareils étaient des modèles anciens livrés par Danfoss, similaires à ceux qui avaient été ciblés lors de l'attaque en France, a indiqué au radiodiffuseur public ERR Jann Mutso, directeur de Kitman Coldtech, un fabricant et distributeur estonien de systèmes de réfrigération connectés. "La 'signature' est la même, mais je ne peux pas en dire davantage", a-t-il lâché.
En Suède, où des magasins de la chaîne Ica ont rencontré des problèmes de réfrigération, la porte-parole du groupe, Helena Johansson, a affirmé que les magasins concernés étaient tous reliés à un système externe de contrôle de la réfrigération fourni par le fabricant danois Danfoss.
À la suite de l'attaque en France, Danfoss avait expliqué à l'AFP que la plupart des équipements touchés étaient des produits anciens, qui "ne reçoivent plus de mises à jour logicielles ou de sécurité".
Le commissaire européen à l'Agriculture et à l'Alimentation, Christophe Hansen, avait alors déclaré que "la sécurité alimentaire nécessite davantage d'attention à tous les niveaux". "Viser l'alimentation" est désormais "une réalité".
Personne n'a encore revendiqué ces attaques.
• Des équipements anciens
Longtemps isolés d'internet, les équipements industriels comme les groupes frigorifiques sont désormais connectés afin de permettre leur supervision et leur pilotage à distance, explique Antoine Hautin, secrétaire général d'Almond, cabinet de conseil en cybersécurité.
L'objectif pour les pirates est ici d'agir sur des équipements physiques à travers un système informatique.
"Ce sont des équipements qui permettent de réguler la température de plusieurs réfrigérateurs. La plupart du temps, c'est une interface web. Vous vous connectez dessus avec un mot de passe et vous avez la possibilité de choisir la température qui va être appliquée au réfrigérateur", explique Kévin Tellier, ingénieur en cybersécurité chez Synacktiv.
Ces interfaces "sont normalement dans un réseau fermé" et "ne sont pas censées être accessibles depuis internet". Seulement, un certain nombre d'entre elles étaient exposées "à n'importe qui disposant de quelques connaissances", ajoute-t-il.
Sans protections adaptées, "n'importe quelle usine, n'importe quel matériel" connecté, que ce soit dans l'automobile, l'énergie, les transports, peuvent être exposés à des scénarios similaires, estime Olivier Daloy, expert cyber chez Zscaler.
Selon un expert cyber ayant requis l'anonymat, les infrastructures industrielles sont vulnérables car elles associent des systèmes informatiques (IT) à des équipements physiques (OT), dont certains sont anciens.
En Suède, six des quelque 800 magasins de la chaîne Coop ont été victimes de la cyberattaque de lundi. Le porte-parole Carlos Cancino a dit à l'AFP que Coop ne savait pas qui était à l'origine de l'attaque, mais a relevé que les six magasins touchés étaient connectés à un réseau mobile 4G, et non au système 5G mis à jour, ce qui les rendait "plus exposés" aux pirates.
• "Défauts de sécurisation élémentaires"
Or, en pénétrant les réseaux informatiques, des pirates peuvent atteindre les systèmes qui pilotent directement ces équipements et provoquer des perturbations dans le monde réel.
Deux scénarios sont notamment possibles, note Olivier Daloy : l'exploitation d'une vulnérabilité technique ou l'utilisation d'identifiants compromis permettant de se connecter à l'équipement.
En France, la cyberattaque d'octobre avait été rendue possible à cause de "défauts de sécurisation élémentaires", selon le directeur de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (Anssi), Vincent Strubel.
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À commencer par "l'exposition directe sur internet d'équipements frigorifiques et leur administration sans sécurisation particulière, des mots de passe faibles", a-t-il relevé.
Derrière cette attaque, "ça peut être n'importe qui". N'étant pas "extrêmement sophistiquée, on ne peut pas déterminer si l'auteur dispose de moyens importants ou non", note Kévin Tellier.
France info relève que les frigos connectés attaqués en France apparaissaient dans des annuaires en ligne. Il a alors suffit de deviner le mot de passe pour les pirater. "Pas besoin donc d'être un cyberattaquant expérimenté", explique le site d'information.
• Un manque d'anticipation
D'après de nombreux experts, ces attaques sont révélatrices d'un manque d'anticipation. Ces équipements ne sont pas conçus pour faire face à l'évolution particulièrement rapide des cybermenaces.
Sur BFM, Benoît Grünemwald, directeur des affaires publiques de l'Eset, une société spécialisée dans la cybersécurité, appelle les supermarchés à s'inspirer des secteurs d'activités critiques où "les bonnes pratiques existent depuis très longtemps et où la maturité cyber est extrêmement élevée". Autrement dit, les acteurs de la grandes distribution, mais aussi les entreprises utilisant des appareils connectés, doivent acquérir un savoir-faire "numérique" et cybersécuritaire.
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Ascenseurs, systèmes de chauffage des bâtiments, appareils connectés utilisés par les particuliers (comme les babyphones)... autant d'équipements susceptibles de devenir les cibles de prochaines attaques. Les experts les plus alarmistes appellent ainsi à une véritable prise de conscience, du côté des enseignes, des fabricants, mais aussi des utilisateurs.
Avec AFP et Reuters
Source: France 24 · FRANCE 24
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