Une cellule d'écoute a été mise en place dans l'établissement de Mesnil-Saint-Denis où est scolarisée la fille de 11 ans. L'élève de 6e a été grièvement blessée dans l'attaque terroriste dans les Yvelines, le 23 octobre.

France Télévisions

Publié le 02/11/2026 18:31

Temps de lecture : 4min

Des élèves font leur rentrée au collège Philippe-de-Champaigne au Mesnil-Saint-Denis, dix jours après l'attentat raciste dans les Yvelines, le 2 novembre 2026. (LUCIE BEAUGE / FRANCEINFO)
Des élèves font leur rentrée au collège Philippe-de-Champaigne au Mesnil-Saint-Denis, dix jours après l'attentat raciste dans les Yvelines, le 2 novembre 2026. (LUCIE BEAUGE / FRANCEINFO)

Au collège Philippe-de-Champaigne, au Mesnil-Saint-Denis, la rentrée se déroule dans une atmosphère particulière, lundi 2 novembre. Ramatou, 11 ans, n'a pas retrouvé sa classe. L'élève de 6e a été grièvement blessée dans l'attentat raciste des Yvelines. La fillette est hospitalisée en soins intensifs à l'hôpital Necker, à Paris, mais son pronostic vital n'est plus engagé. Un garçonnet aux cheveux blonds se dit "soulagé qu'elle soit vivante", même s'il a beaucoup cogité pendant les vacances. "J'étais triste, j'en ai parlé à beaucoup d'amis. J'étais au bord de pleurer."

Comme lui, plusieurs élèves ont découvert la nouvelle à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Depuis, certains confient avoir ressenti de la peur et du stress, au point d'avoir parfois du mal à trouver le sommeil. Le 23 octobre, alors que la jeune fille noire sortait de la piscine à La Verrière, elle a été touchée par huit impacts de balles. "Elle a couru pour se réfugier derrière une voiture. C'est ça qui l'a sauvée", a raconté sa mère mercredi, lors d'une marche citoyenne en hommage aux victimes de cette attaque terroriste qui a fait six autres blessés et tué un homme de 26 ans.

Lors de sa garde à vue, le suspect, Kévin Tessier, a déclaré avoir "spécifiquement ciblé des personnes de type musulman, africain ou nord-africain". "On n'a pas le droit de faire ça pour une couleur de peau différente. Ramatou est très courageuse de s'en être sortie après huit balles", lance une adolescente, avant d'entrer dans le collège.

Les mains enfouies dans les poches de son manteau en moumoute, une élève de 5e évoque avec émotion un destin "injuste" pour Ramatou. "On se dit toujours que ce genre de choses ça n'arrive qu'aux autres, et là c'est arrivé à quelqu'un qu'on connaît." L'une de ses amies, qui se dit musulmane, confie avec tristesse : "Ça aurait pu être moi".

"C’est injuste que des enfants payent parce qu'ils ont des origines différentes."

Une élève de 5e du collège Philippe-de-Champaigne

à franceinfo

"Je savais que le racisme existait, mais sans forcément le ressentir. Et on ne pouvait pas savoir que ça irait jusque-là, jusqu'à blesser et tuer", déplore une nouvelle collégienne, elle-même racisée. Jeudi, Kévin Tessier a été mis en examen pour "assassinat, tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée", et placé en détention provisoire. Pour un garçon de 5e, très informé des informations sorties dans la presse ces derniers jours, cet attentat doit servir d'avertissement avant la présidentielle. "Il ne faut surtout pas voter pour Marine Le Pen, mais pour un président exemplaire", estime celui qui ne pourra voter qu'en 2032.

Dans le même temps, une réunion a eu lieu entre le personnel du collège, le préfet des Yvelines et des élus locaux pour penser l'accueil des élèves dans ces circonstances particulières. Une heure de cours a été banalisée. Pour ceux qui en font la demande ou présentent des signes de traumatisme, un dispositif d'écoute a également été mis en place au sein du collège par le rectorat de Versailles. En dehors du collège public, des "cercles de parole" ont été organisés durant la pause méridienne dans toutes les écoles de Trappes, fait savoir l'académie à franceinfo.

"Les enseignants sont impliqués dans leur mission mais préoccupés quant au positionnement à avoir face aux élèves en classe, au fait de pouvoir répondre à toutes les questions posées. Il y a un devoir de réserve mais ils ont la volonté de bien nommer les choses", en particulier le caractère raciste de l'attaque, relève Cédric Chauvierre, maire du Mesnil-Saint-Denis. Le grand frère de Ramatou, scolarisé en 4e, a par ailleurs eu "le courage de venir" en cours dès la rentrée, salue l'édile.

"Il y a le temps de ce lundi sur lequel il ne fallait pas se rater, mais il faudra aussi penser au temps long" pour accompagner les élèves, estime un professeur de l'un des collèges de Trappes. Les élèves de son établissement "connaissent forcément une victime, qu'il s'agisse d'un cousin ou d'un voisin". "Les chemins qu'ils empruntent à pied ou en bus, pour aller au foot ou au basket, cela peut aussi être sur les traces du tireur", glisse-t-il. Lundi, "les plus grands", en 4e et 3e, ont eu plus de facilité à prendre la parole en classe. "Ils se sont exprimés sur ce qu'ils avaient compris de l'attentat, comment ils l'avaient vécu, et avaient des interrogations comme : le suspect a-t-il été condamné ? A-t-il été relâché ?"

A la sortie des cours à midi, une élève de 4e de Philippe-de-Champaigne rapporte que ses professeurs d'espagnol et de musique ont pris "dix minutes à chaque début de cours" pour recueillir la parole des élèves. "On nous a aussi dit qu'il y avait la cellule d'écoute, j'ai croisé des dames avec des casquettes qui s'en occupent. Mais je ne pense pas y aller, même si je suis affectée, j'ai eu plusieurs discussions avec mes parents à ce sujet." Un garçon de 5e, lui, a déjà eu son créneau à 11h30. Il en avait fait la demande car il connaissait Ramatou. Une fillette décrite par l'ensemble de ses camarades comme "gentille", "discrète" et "brillante".

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Source: Franceinfo · Lucie Beaugé

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