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Tribune
Benoit Carré
Auteur-compositeur-interprète
L’artiste, ancien membre du groupe Lilicub, connu pour son titre « Voyage en Italie », explore la création avec des prototypes d’intelligence artificielle et considère, dans une tribune au « Monde », que la pop peut se réinventer avec ces technologies virtuoses, à condition d’en rester maître.
Publié aujourd’hui à 12h00 Temps de Lecture 4 min.
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La page d’accueil de Suno, plateforme d’intelligence artificielle générative (IAG), s’ouvre sur cette accroche : « Crée n’importe quelle chanson que tu imagines. » Suivent d’autres, comme : « Fais un morceau de jazz sur l’arrosage de mes plantes. » Ce générateur de musique crée plus de 7 millions de chansons par jour, mais surtout un revenu annuel de 300 millions de dollars [268 millions d’euros] pour une valorisation de 5,4 milliards de dollars. Aucune des 7 millions de chansons n’a atteint le haut du Billboard Hot 100 [classement de chansons aux Etats-Unis], même si les streams [écoutes] d’artistes « IA », comme l’Américaine Xania Monet, se comptent en millions.
Je suis musicien, depuis plus de dix ans j’explore la création avec des prototypes d’IA que je développe avec des chercheurs. J’ai testé Suno et je dois me rendre à l’évidence : ce modèle est bien meilleur que moi. Il génère des chansons complètes dans les styles les plus divers, chante en imitant l’émotion et les caractéristiques propres à chaque genre. Devant tant de virtuosité, on est pris de vertige et la question de ce qui nous différencie des machines devient lancinante.
En 1996, j’ai composé la chanson Voyage en Italie avec ma partenaire du groupe Lilicub. Le morceau s’est déployé sous nos doigts presque aussi vite qu’une génération sur Suno. Le couplet nous plaisait mais le refrain sonnait bancal. C’est sur l’insistance du producteur Marc Lumbroso que j’ai retravaillé le titre. Il m’a fallu plusieurs jours de labeur pour comprendre qu’il fallait un anti-refrain, long et complexe, pour équilibrer notre couplet léger, presque enfantin.
J’ai lancé Suno sur le thème du voyage en Italie en insistant sur un contraste couplet-refrain. Ce qui m’avait pris des jours, trente ans plus tôt, pouvait-il être résolu en un clic ? J’ai obtenu de douces chansons rétro qui distillent le même ennui, passé les vingt premières secondes. Pourquoi l’IA nous imite-t-elle si bien et si mal à la fois ?
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Source: Le Monde · Benoit Carré
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