Autrefois perçue comme élitiste, la classe Ultim se développe depuis plusieurs années pour s'étendre à de nouveaux skippeurs, afin de rendre cette catégorie plus accessible.

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 01/11/2026 06:30

Temps de lecture : 4min

Le skippeur Armel Le Cleac'h à bord de son Ultim Banque Populaire XI, le 8 septembre 2026. (Vincent Curutchet / BPCE)
Le skippeur Armel Le Cleac'h à bord de son Ultim Banque Populaire XI, le 8 septembre 2026. (Vincent Curutchet / BPCE)

C'est la classe reine, celle qui fait rêver les amateurs de la course au large. Pour cette édition 2026 de la Route du Rhum, la catégorie Ultim regroupe huit géants des mers, ces bateaux volants battant des records de vitesse. Un chiffre qui égale celui de l'édition 2022. Souvent perçue comme élitiste, cette classe, qui a participé à sa première Route du Rhum en 2018, s'ouvre progressivement.

"Tous les Ultims qui existent et pouvaient naviguer sont présents, c'est génial, s'enthousiasme Armel Le Cleac'h, qui prendra le départ à bord de son Ultim Maxi Banque Populaire XI. On a de nouveaux profils qui arrivent, avec Alexia Barrier, la première femme à courir en Ultim avec un bateau qui a gagné trois fois la course, Louis Burton qui arrive du circuit Imoca, et Guirec Soudée qui a un profil plus aventurier. Cela crée une grande diversité au sein de cette classe."

La skippeuse française Alexia Barrier navigue à bord de son Ultim, Idec Sport, lors d'une séance d'entraînement au large de Brest (Bretagne), le 7 septembre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)
La skippeuse française Alexia Barrier navigue à bord de son Ultim, Idec Sport, lors d'une séance d'entraînement au large de Brest (Bretagne), le 7 septembre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)

Après avoir établi le premier temps de référence d'un équipage 100 % féminin sur le Trophée Jules Vernes cet hiver, Alexia Barrier (Idec sport), s'est lancé un nouveau défi en intégrant la classe Ultim, dans le but de "se confronter aux autres skippers de cette catégorie reine, et de continuer à apprendre au fil des courses". "C'est une chance et une fierté de pouvoir être à bord d'un Ultim sur cette Route du Rhum, confie-t-elle. Il y a aussi le symbole d'être la première femme dans cette classe. Je suis toujours un peu déçue qu'il n'y en ait pas eue avant moi, mais c'est chouette si je peux ouvrir la voie et donner envie à toutes celles et ceux qui ont l'impression de ne pas être taillés pour le jo- de se lancer."

Plusieurs raisons viennent expliquer cet élargissement de la classe Ultim. "Les bateaux sont aujourd'hui plus fiables, ce qui donne envie à des skippeurs et des partenaires de se lancer dans cette classe, qui donne beaucoup de possibilités, en termes de courses ou de records par exemple", analyse Armel Le Cleac'h, qui tentera de remporter la Route du Rhum, seule course qui manque encore à son palmarès majuscule.

Des bateaux certes plus fiables, mais aussi plus nombreux, qui permettent de créer un marché de l'occasion. "Il y a une dynamique autour de ces bateaux, avec la construction de nouveaux projets pour rester compétitif, ce qui permet de donner des opportunités beaucoup moins chères à des marins qui veulent arriver dans la classe, qui ont moins d'argent ou moins d'expérience", confirme Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), tenant du titre sur "le Rhum" en Ultim.

Au fil des années, le circuit Ultim s'est aussi organisé. Désormais, ils ont un calendrier sportif articulé autour de deux grandes épreuves majeures à l'image des Imoca, la Route du Rhum et l'Arkea Ultimate Challenge. "La première est la plus grande course océanique au monde avec le Vendée Globe, très exposée médiatiquement, et sur laquelle, ils sont la classe reine puisque ce sont ces bateaux qui gagnent au scratch, développe Joseph Bizard, directeur général du groupe OC Sport, organisateur de la Route du Rhum.

"La deuxième, le nouveau-né, l'Arkea Ultimate Challenge, est un tour du monde en solitaire qui a lieu tous les quatre ans, qui regroupe entre six et huit skippeurs. Ils ont ainsi un gâteau médiatique extrêmement élevé, ce qui leur permet d'avoir des retombées suffisantes pour justifier de l'investissement."

Joseph Bizard, directeur général du groupe OC Sport

à franceinfo: sport

La première édition, remportée par Charles Caudrelier, "n'a pas eu le succès du Vendée Globe, mais a quand même marqué les esprits, estime le lauréat des deux dernières grosses courses en Ultim. Les tours du monde en solitaire font toujours rêver, et cela permet donc de vendre des projets." Au-delà des courses, ces géants des mers peuvent aussi s'atteler à la conquête de records, comme le trophée Jules-Verne, qui là encore donne une grande exposition médiatique. "C'est un circuit excitant qui peut donner envie à des skippeurs qui ont fait cinq ou dix ans en Imoca de changer de monture", estime Armel Tripon (Les Petits Doudous), qui voit en cette densification, un intérêt sportif accru pour cette classe.

De quoi rêver encore plus grand pour cette classe ? "Nous avons annoncé la construction d'un nouveau bateau avec Banque Populaire. Il y a aussi un projet américain qui est en cours. Si on se met à rêver, dans un futur proche, d'autres bateaux pourraient nous rejoindre et créé une belle émulation", se projette Armel Le Cleac'h. "Il y a largement la place d'accueillir plus d'Ultim, affirme Joseph Bizard du groupe OC Sport. On peut tout à fait équilibrer les choses, pour que les classes qui ont une dynamique forte trouvent leur place."

Le skipper français Charles Caudrelier navigue à bord de son multicoque Ultim Maxi Edmond de Rothschild, lors d'une séance d'entraînement au large de Lorient (Bretagne), le 8 octobre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)
Le skipper français Charles Caudrelier navigue à bord de son multicoque Ultim Maxi Edmond de Rothschild, lors d'une séance d'entraînement au large de Lorient (Bretagne), le 8 octobre 2026. (LOIC VENANCE / AFP)

Toutefois, la trajectoire n'est pas exponentielle, à en croire la skippeuse Alexia Barrier. "Il ne faut pas s'attendre à avoir 20 Ultims dans les dix prochaines années, tranche-t-elle. Budgétairement et avec le contexte économique actuel, ce n'est pas possible. On parle de budgets à des dizaines de millions d'euros par an, ce qui reste assez exclusif. Je ne les vois pas suivre une croissance comme celle qu'a connue la classe Imoca ces dernières années."

Des budgets élevés, même pour de l'occasion. "Si on veut prétendre jouer devant, il faut quand même une équipe conséquente de plus de 15 personnes, appuie Armel Tripon, skippeur de l'Imoca, Les Petits Doudous. Les Ultims sont des grosses machines, avec des investissements et des budgets de fonctionnement un cran au-dessus des Imoca, et par conséquent, on ne s'adresse pas tout à fait à la même typologie d'entreprise."

Pour la skippeuse de l'Ultim Idec sport, il y a aussi la question des compétences à maîtriser pour manœuvrer ces géants des mers. Car prendre la barre d'un Ultim est "une marche assez haute à franchir. Il s'agit d'un gros challenge, qu'il faut aborder avec beaucoup d'humilité. Et je ne pense pas qu'il soit accessible à tout marin, car le multicoque est vraiment un support particulier, très rapide mais aussi dangereux." L'idée d'un cercle fermé entourant les Ultims est bien terminée, reste à présent à savoir jusqu'où cette classe s'étendra.

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Source: Franceinfo · Apolline Merle

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