En France, trois jours après l'attentat raciste perpétré à Trappes et La Verrière, en région parisienne, qui a fait un mort et quatre blessés à l'arme automatique, le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinat terroriste. Avec la circonstance aggravante que cet acte a été commis « à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, ou une religion ». Depuis le 24 octobre, la garde à vue du suspect était levée dans l'attente d'expertises psychiatriques, mais elle a repris lundi 26 octobre, a confirmé le procureur national antiterroriste.
Publié le : 27/10/2026 - 14:58
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Rien ne s'opposait à une reprise de la garde à vue, c'est la conclusion de l'expertise psychiatrique menée sur le suspect et détaillée lundi 26 octobre par Olivier Christen, le procureur national antiterroriste : « Kevin T ne présentait pas de signes directs ou indirects en faveur d'une activité hallucinatoire ou délirante. Pas de signes cliniques d'une pathologie aliénante décompensée justifiant une hospitalisation sous contrainte. L'expert considérait donc que la garde à vue de Kevin T pouvait reprendre. »
La garde à vue peut durer jusqu'au jeudi 29 octobre, précise Baptiste Coulon, du service France de RFI. Si le suspect ne conteste pas les faits, il nie en revanche le caractère raciste de ses crimes : un périple meurtrier de 12 kilomètres sur deux communes, des opérations très préparées. Dans la voiture de cet homme de 39 ans se trouvait un fusil mitrailleur, un couteau, un pointeur laser, mais aucun tract d'un parti politique, précise le procureur. Alors que des informations de presse ont fait état de tracts du Rassemblement national retrouvés dans son véhicule. Une information démentie.
Enfin, concernant les quatre personnes gravement blessées, trois sont toujours hospitalisées, l'une d'elles avec un pronostic vital engagé, ce qui n'est en revanche plus le cas de l'enfant de 11 ans, la plus jeune victime de cet attentat.
À Paris, une manifestation contre le racisme et les discours haineux
Lundi soir, ils étaient quelques centaines sur la place Stalingrad, dans le nord de Paris, a constaté notre envoyé spécial, Marius Laffont. Des citoyens venus honorer la mémoire de Pengo Bossio Wangi, jeune homme de 26 ans, tué dans l'attentat raciste de Trappes le 23 octobre. Le rassemblement avait lieu à l'appel de plusieurs associations pour les droits de l'homme, contre le racisme et contre les discours haineux, notamment ceux diffusés dans certains médias français.
L'équipe de CNews n'a même pas pu pénétrer dans la foule. « Je le dis ouvertement, je pense que CNews devrait être fermée aujourd'hui », estime une femme, place Stalingrad. Condamnée plusieurs fois pour des propos stigmatisants, l'ombre de la chaîne de Vincent Bolloré plane sur le rassemblement.
Mais le maire de Trappes, Ali Rabeh, souhaite s'adresser à tous les journalistes : « Les discours de haine martelés à longueur d'antenne contre les étrangers, contre les musulmans, ont contribué à déshumaniser une partie des Français. »
« L'homme interpellé aurait voulu venger les commerçants après les événements du 17 octobre en s'en prenant aux Noirs et aux Arabes, déclare Lionel Brun Valicon, membre du bureau national de la Ligue des droits de l'homme. Ces propos mettent en cause la responsabilité politique et morale des médias, qui ont alimenté la lecture raciste de ces événements en désignant des populations entières à la vindicte. »
Des manifestants tiennent des pancartes « CNews tue ». Ils n'en reviennent pas des sorties discriminatoires qui s'accumulent sur certaines chaînes d'information en continu : « Toutes les idéologies, toutes les dictatures, toutes les violences se préparent par des discours médiatiques, fustige un homme. Moi, je l'ai appris à l'école, en France. »
La manifestation s'est terminée dans une ambiance lourde. Si quelques-uns veulent croire qu'il est encore possible de faire taire les discours racistes, beaucoup sont inquiets à quelques mois de l'élection présidentielle.
Une centaine de personnalités dénoncent le racisme après l'attentat de Trappes et la Verrière
Près d'une centaine de personnalités de la culture et du sport appellent mardi à « refuser le silence et l'indifférence », après l'attentat raciste survenu dans la région parisienne. « Nous savions tous qu'un jour, à force de polémiques délirantes et de punchlines se voulant assassines, les mots de la haine tueraient, de nouveau », écrivent les signataires en référence à l'attaque qui a fait vendredi cinq blessés graves et un mort, Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d'origine africaine. Le texte a été publié sur le site de Politis.
« Le racisme rend sourd à la souffrance et à la détresse, il nous déshumanise », poursuivent ces personnalités parmi lesquelles la chanteuse Theodora ainsi que de nombreux rappeurs de différentes générations : Gradur, Abd al Malik, Gazo, SDM, le groupe L2B, JoeyStarr, La Fouine, Kaaris, Keblack ou encore La Mano 1.9. Des célébrités du cinéma se sont également associées à ce texte, comme Camille Cottin, Zita Hanrot, Gilles Lellouche, Aïssa Maïga, Jean-Pascal Zadi et Omar Sy. Des humoristes - Ahmed Sylla ou encore Edgar-Yves - et des personnalités sportives telles que le champion olympique de boxe Brahim Asloum, les anciennes athlètes Marie-José Pérec et Christine Arron et l'ex-footballeur Lilian Thuram, l'ont aussi co-signé. « Nous refusons d'être des cibles », affirment-ils, demandant une minute de silence à l'Assemblée nationale en hommage à Pengo Bossio Wangi.
Les signataires établissent un lien entre cet attentat et le traitement médiatique de la journée de manifestation contre la vie chère du 17 octobre, marquée par de nombreux pillages et dégradations. « Des commentateurs de tout bord ont cru reconnaître, malgré les casques, masques et gants, des jeunes de banlieue, expression qu'il n'est plus nécessaire de traduire, chacun sait qu'elle désigne exclusivement des Noirs et des Arabes », écrivent-ils, dénonçant « la fièvre qui a gagné les plateaux télé et la classe politique » et « l'extrême droite en majesté ».
Ces discours encouragent des passages à l'acte, estiment ces personnalités, citant les assassinats d'Aboubakar Cissé dans le département du Gard (sud-est) en avril 2025 ou d'Hichem Miraoui dans le Var (sud-est) en mai 2025.
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Source: RFI
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