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Tribune

Aurélien Saintoul

Député (LFI) des Hauts-de-Seine

Après une décennie de mensonges et de propos discriminatoires, dans certains médias, sur la ville des Yvelines et ses habitants, le député LFI Aurélien Saintoul rappelle, dans une tribune au « Monde », que la liberté d’expression n’est pas le « droit de répandre impunément la haine ».

Publié aujourd’hui à 13h30 Temps de Lecture 3 min.

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Le 23 octobre, à Trappes et à La Verrière (Yvelines), un homme a ouvert le feu sur des personnes en raison de leur couleur de peau et de leur origine supposée. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est mort. Quatre personnes ont été grièvement blessées. Parmi elles, une enfant de 11 ans. Le terroriste a reconnu vouloir s’en prendre à des personnes « de type musulman », « africain » ou « nord-africain ».

Il faut dire qu’il avait la tête farcie du racisme déversé à jet continu sur certaines chaînes dites « d’information ». De fait, la haine ne sort pas de nulle part. Le racisme a ses propagandistes. Il a ses relais. Il a ses entrepreneurs médiatiques, mais il a aussi besoin de l’inaction de ceux qui devraient lui opposer la loi.

L’attentat de Trappes est le symptôme d’une faillite. L’histoire européenne nous a pourtant bien appris ce qu’il advient lorsque la déshumanisation devient un langage politique acceptable. Le fascisme ne débute pas par des massacres, il désigne d’abord des ennemis et accoutume les consciences à l’inacceptable.

Depuis des années, Trappes, ville populaire, et ses habitants sont livrés à la vindicte de commentateurs qui en ont fait une cible. Dès 2016, sur RMC, le secrétaire général du syndicat Synergie-Officiers compare Trappes à Molenbeek, commune belge où ont vécu les terroristes des attentats du 13 novembre 2015.

En octobre 2020, sur CNews, Ivan Rioufol interpelle le maire de Trappes sur l’« emprise de l’islam politique » et de la « charia » dans sa ville. Un an plus tard, le même éditorialiste la rebaptise « Trappistan ». Toujours sur CNews, Laurent Jacobelli, députée de Moselle et porte-parole du Rassemblement national (RN), présente Trappes comme l’une des « premières victimes de l’islamisation et du communautarisme ».

Eric Zemmour [Reconquête !, extrême droite] parle, lui, d’une « ville musulmane régie par la loi islamique », d’un territoire qui ne serait plus français. Sur BFM-TV, Jordan Bardella [président du RN] dénonce la multiplication de « petites Républiques islamiques ». En février 2022, sur [la chaîne aujourd’hui fermée] C8, il récidive et qualifie Trappes de « République islamique en miniature » et de « capitale européenne du djihad ». En octobre 2024, sur RMC, Alain Marschall [coprésentateur de l’émission « Les Grandes Gueules »] imagine une série intitulée « Emily in Kaboul ». [L’auteur] Jean-Loup Bonnamy propose aussitôt de la tourner à Trappes, déclenchant les rires du plateau. Le maire [Ali Rabeh] saisit l’Arcom. « C’est une vanne. Ce n’est pas grave », balaie alors Alain Marschall.

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Source: Le Monde · Aurélien Saintoul

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