Article rédigé par Daïc Audouit - avec Laure Cometti

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Publié le 30/10/2026 05:50

Temps de lecture : 6min

Ali Rabeh, le maire de Trappes, lors d'une manifestation antiraciste à Orléans (Loiret), le 24 octobre 2026. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP)
Ali Rabeh, le maire de Trappes, lors d'une manifestation antiraciste à Orléans (Loiret), le 24 octobre 2026. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP)

Depuis l'attentat raciste qui a frappé sa ville, Ali Rabeh monte au front médiatique pour représenter les habitants de Trappes et contrer les discours d'extrême droite. "Sa parole est importante", juge-t-on à gauche.

Il sera au premier rang, ceint de son écharpe tricolore, lors du rassemblement organisé vendredi 30 octobre à Trappes en hommage aux victimes de l'attentat raciste. Puis Ali Rabeh prononcera un discours et endossera une nouvelle fois le costume de porte-parole de ses administrés face au traumatisme. Depuis une semaine, le maire de cette commune des Yvelines est omniprésent dans les médias. "Je ne souhaite pas être particulièrement dans la lumière. Je préfère rester dans l'intimité de ma ville", confie-t-il pourtant.

"Mais ce sont les circonstances qui m'obligent pour représenter les habitants de Trappes."

Ali Rabeh, maire de Trappes

à franceinfo

Le soir de l'attentat, l'élu s'exprime depuis sa mairie. "Les discours qui consistent – que l'on soit ministre, candidat à la présidentielle, député – à expliquer que tous les maux de cette société sont la responsabilité des arabo-musulmans (...) font des morts aujourd'hui", affirme-t-il. Dès le lendemain, il participe à la manifestation organisée par des forces de gauche en marge du congrès du Rassemblement national à Orléans (Loiret). Ali Rabeh multiplie les interviews comme celle publiée par Le Monde dimanche, dans laquelle il déplore que les discours d'extrême droite aient fini "par pénétrer l'inconscient collectif". Mardi, il est à l'Assemblée nationale où, assis dans les tribunes, il assiste à la séance des questions au gouvernement au cours de laquelle il est applaudi par les bancs de la gauche.

Voilà le maire de Trappes propulsé en figure de proue du combat contre le RN. "Il a de fait pris la place d'une sorte de lanceur d'alerte démocratique par les mots très forts qu'il a employés", estime Benjamin Lucas-Lundy, député des Yvelines, membre, comme lui, du petit parti politique de gauche Génération·s.

Une forme de retour aux sources pour celui dont le premier engagement politique remonte à 2002, et à sa participation aux manifestations contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Un déclic. Il adhère ensuite au syndicat étudiant Unef, classé à gauche, avant de rejoindre le Parti socialiste où il est repéré par Benoît Hamon. Il progresse dans le sillage du candidat à l'élection présidentielle de 2017.

Ali Rabeh commence à militer à Poissy, où il a grandi avec ses parents. Il en devient conseiller municipal en 2008. Mais c'est dans une autre ville des Yvelines que va se sceller son destin politique. "En 2011, j'étais le directeur de campagne de Benoît Hamon qui était candidat dans la circonscription de Trappes pour les législatives. J'apprends à connaître la ville. J'en tombe amoureux et m'y installe", raconte-t-il.

En 2014, il rejoint l'équipe municipale du maire socialiste Guy Malandain contre lequel il se présente six ans plus tard, avec succès. Ali Rabeh est élu maire de Trappes dans le cadre d'une triangulaire avec un peu plus de 40% des suffrages à 161 voix près. Mais cette élection est annulée par la justice qui lui reproche d'avoir distribué, en pleine pandémie, 15 000 masques accompagnés pour certains de sa photo, sans que cette action ait été déclarée dans ses comptes de campagne, considérant que ces masques constituaient un matériel de propagande électoral.

Il n'est pas sanctionné par les électeurs lors du scrutin partiel organisé en octobre 2021. Il est même élu dès le premier tour avec 58% des voix. Les élections de mars 2026 confirment son ancrage local : il est réélu avec 55% des voix dès le premier tour. Pour ses partisans, c'est le résultat de son travail de terrain et de son engagement auprès des habitants ; pour ses détracteurs, c'est le signe de sa tolérance vis-à-vis des associations islamistes.

Ces accusations font suite à la polémique qui a opposé Ali Rabeh à un professeur de philosophie, offrant un premier moment de médiatisation nationale à l'élu de Trappes. Après la mort de Samuel Paty, le professeur Didier Lemaire s'était en effet ému dans la presse de l'influence grandissante de l'islamisme parmi ses élèves dans la ville de Trappes, avant de faire l'objet de menaces.

Ali Rabeh n'hésite pas à accuser le professeur de "mensonges". L'élu distribue une lettre devant le lycée pour mettre en cause les propos de l'enseignant et apporter son "soutien" aux élèves "heurtés, blessés par la violence" de la polémique. Le ministre de l'Education de l'époque, Jean-Michel Blanquer, s'en offusque et accuse Ali Rabeh d'"intrusion" dans le lycée. Face à l'ampleur de la polémique, les deux hommes seront placés un temps sous protection policière.

Cet épisode, vécu douloureusement par Ali Rabeh, forge pour certains une image d'élu complaisant avec l'islam radical. "C'est un communautariste et un clientéliste qui se drape dans l'universalisme mais qui ferme les yeux sur ce qui se passe dans sa ville, notamment les trafics et l'islamisme", estime un élu de la droite francilienne.

"C'est insupportable. Tout démontre l'inverse. Contre ce genre d'accusation, on a du mal à se défendre quand on s'appelle Ali Rabeh. Mais c'est l'écume des jours."

Ali Rabeh, maire de Trappes

à franceinfo

Le Rassemblement national, lui, n'hésite pas à rappeler cette affaire. En octobre 2021, Jordan Bardella réclame ainsi dans un communiqué la mise sous tutelle de la ville par le préfet des Yvelines. "Au regard de sa complaisance avec le communautarisme, illustrée par sa participation à l’opprobre jeté contre Didier Lemaire, sa réélection acte la mainmise de l’islamisme sur la ville de Trappes", écrit le président du Rassemblement national.

Les spéculations sur sa tolérance face à l'islamisme sont relancées après l'attentat raciste dans sa ville, quand il s'exprime dans le hall de la mairie. Elias d'Imzaléne apparaît derrière lui, remarque Europe 1. Cet influenceur musulman fiché S a été condamné en première instance en décembre 2024 pour incitation à la haine pour avoir appelé "à l'intifada dans les rues de Paris". "Ali Rabeh est habile mais il a des fréquentations plus que douteuses", pointe une élue du bloc central d'Ile-de-France, en faisant référence à cette photo.

"Je n'ai rien avoir avec lui, se défend le maire de Trappes. Il s'est glissé parmi les journalistes présents avec son micro. Ce n'est pas moi qui gère les accréditations des évènements supervisés par le ministère de l'Intérieur. Pourtant, personne n'a écrit que Laurent Nuñez fricote avec un fiché S." Son camarade Benjamin Lucas-Lundy vole à son secours, dénonçant des attaques classiques contre des élus de banlieue racisés. "Il a subi avec un temps d'avance ce que vivent aujourd'hui certains responsables de gauche, et notamment de La France insoumise", note le député des Yvelines.

Ali Rabeh peut-il s'investir dans l'élection présidentielle à venir ? "Oui, il a un rôle à jouer dans la campagne", espère Danielle Simonnet, députée apparentée écologiste de Paris. "Il incarne la bataille. Il le fait avec humilité et avec les mots de la République universelle. Ça nous fait beaucoup de bien", poursuit-elle. "Alors oui, il incarne la ville de Trappes qui souffre et le combat antiraciste dans une certaine gauche", concède un élu socialiste d'Ile-de-France. "Est-ce que j'en fais pour autant mon héros ? J'ai un avis modéré vu l'affaire Didier Lemaire", tempère-t-il.

A la présidentielle 2022, Ali Rabeh avait soutenu Jean-Luc Mélenchon contre la position de son parti qui soutenait l'écologiste Yannick Jadot. Le maire de Trappes avait apprécié le soutien du leader de La France insoumise dans l'affaire Didier Lemaire. Pour 2027, Génération·s n'a pas encore fait son choix mais les élus insoumis espèrent un ralliement. Ali Rabeh serait alors plus que bienvenu dans la campagne. "C'est comme Bally Bagayoko, sa parole est évidemment importante", commente le député insoumis Eric Coquerel.

"Il est attaqué de manière raciste. Et comme Bally Bagayoko, il endosse des responsabilités dans des villes qui sont fustigées. Ce sont des voix qui comptent face à l'extrême droitisation actuelle du champ politique."

Eric Coquerel, député de La France insoumise

à franceinfo

Ali Rabeh sait qu'il va être courtisé à gauche. Mais il ne se projette pas encore dans la campagne à venir. "Pour l'instant, je mets un pied devant l'autre", explique-t-il, totalement concentré sur la situation à Trappes. "Pour la suite et mon choix pour la présidentielle, je vais m'interroger à l'aune de ce que je vois de la gravité de la situation", promet-il.

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Source: Franceinfo · Daïc Audouit

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