Les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs font face à un afflux de plaintes et signalements. 230 dossiers traités actuellement, avec des conséquences sur le traitement des procédures et des temps d'attente dénoncés par certains parents.

Radio France

Publié le 06/11/2026 06:23

Temps de lecture : 2min

Des parents ont très tôt tiré la sonette d'alarme dans le périscolaire. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS)

Des parents d'enfants victimes de violences dans les structures périscolaires de Paris alertent vendredi 6 novembre sur franceinfo sur les longueurs des procédures d'enquête. Face à la vague de plaintes et signalements, ces parents dénoncent les délais d'attente pour l'audition de leurs enfants par les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs.

Selon les informations de franceinfo, cette brigade traite actuellement près de 230 dossiers. Si elle s'est réorganisée pour faire face à cet afflux, des parents attendent encore, depuis le dépôt de leur plainte il y a plusieurs mois, que leurs enfants soient entendus. Cette audition doit être faite selon un protocole bien défini pour préserver leur parole.

"Ma fille avait trois ans à l'époque des faits, elle a cinq ans maintenant. Ma fille est en train d'oublier", témoigne sur franceinfo cette maman qui attend l'audition depuis plus de sept mois. Elle a porté plainte en mars contre un animateur pour violences et viol sur sa fille, en maternelle dans le 15e arrondissement. "Je pense qu'il y a beaucoup de souvenirs qui ne seront plus là avec suffisamment de précisions pour qu'elle puisse faire un témoignage qui soit entendu. Alors qu'il y a six mois, elle était vraiment capable de le faire." Si l'animateur a été suspendu, elle se dit "extrêmement démunie" et "très en colère", car il y a selon elle "un vrai risque que la personne qui l'a agressée ne soit pas condamnée".

Antoine est le père d'une fille handicapée. En avril, il a porté plainte pour agression sexuelle, contre un animateur d'une école maternelle du 13e arrondissement de Paris qui accompagnait son enfant. L'animateur a aussi été suspendu, mais depuis six mois, il n'a "aucune nouvelle" de sa plainte. "On a cette plainte plongée dans un trou et rien n'a bougé", s'indigne Antoine. "Le fait qu'elle n'ait pas été entendue, ça vient intensifier cette expérience d'avoir été laissé tomber par les institutions." Ce papa juge que le "plus inquiétant" est d'avoir "l'Éducation nationale, la mairie de Paris, la police et l'institution judiciaire qui ne sont pas en capacité de protéger nos enfants".

D'autres familles attendent également l'audition de leurs enfants par la brigade de protection des mineurs à Paris. Me Lise Bornes, l'avocate des deux petites filles de maternelle, pointe un "problème majeur" pour les procédures en cours. Selon elle, les "délais d'attente pourrissent le dossier". Et elle alerte : "Au-delà d'un mois, la mémoire d'un enfant de moins de cinq ans peut s'effacer progressivement ou devenir beaucoup plus confuse". À l'inverse, elle souligne que l'adulte "saura parfaitement s'exprimer au moment de son audition, pour argumenter sur le fait qu'il ne souvient pas ou qu'il ne se reconnaît pas dans les faits qui lui sont reprochés". Lise Bornes s'attend "à un classement sans suite à terme" de ces dossiers et craint que s'il est renvoyé devant le tribunal correctionnel, ce soit "très compliqué".

De son côté, la préfecture de Police de Paris dit comprendre l'inquiétude des parents. Elle reconnaît que les délais peuvent être importants dans certaines procédures, car la brigade de protection des mineurs fait face à une "augmentation significative" du nombre de dossiers. Mais elle se veut rassurante, "cela ne signifie pas que la parole de l'enfant perd de sa valeur, ni que l'enquête est compromise". La préfecture assure que les enquêteurs de la brigade de protection des mineurs s'efforcent de réduire les délais. C'est l'une de leurs priorités.

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Source: Franceinfo · Lauriane Delanoë

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