Par Justin Boche, Le Figaro Lyon

Publié le 22/10/2026 à 08h05

La jeune femme a travaillé à la modération des publications Facebook et Instagram pendant trois ans. myboys.me / ADOBE STOCK

Inès M., 34 ans, a mis fin à ses jours début octobre lors d’une soirée entre amis. Un suicide lié, selon sa famille, aux conséquences psychologiques de son ancien emploi chez un sous-traitant de Meta.

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Inès M, 34 ans, s’est donné la mort le 4 octobre dernier en se défenestrant depuis le cinquième étage d’un immeuble à Lyon, lors d’une soirée entre amis. Derrière ce suicide, l’effondrement psychologique de cette employée d’un sous-traitant de Meta en Espagne, chargée de modérer les contenus en ligne. Selon le magazine espagnol Equinox, la jeune femme a travaillé à la modération des publications Facebook et Instagram pendant trois ans.

« Ça l’a brisé », a confié sa mère à France 3 Occitanie. Confrontée quotidiennement aux images violentes, vidéos de suicides et autres agressions, la trentenaire avait tenté une première fois de mettre fin à ses jours en 2023. En arrêt de travail durant plus d’un an, elle a quitté en 2025 le sous-traitant de la plateforme numérique, CCC Barcelona Digital Services, racheté depuis par le groupe canadien Telus Digital.

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De retour en France pour vivre chez sa mère, Inès peine à remonter la pente, toujours marquée par les images qu’elle devait modérer quotidiennement. « 600 à 650 contenus par jour avec 20 minutes pour manger et 10 minutes de pause », expliquait Inès, dans un email envoyé à un avocat peu avant sa mort pour dénoncer ses conditions de travail, et consulté par la télévision locale. « Parmi les contenus les plus perturbateurs que j’ai dû examiner figuraient : du matériel d’abus sexuel sur mineurs, des homicides violents commis avec des armes à feu ou par la torture, des suicides filmés, des agressions sexuelles contre des femmes, des images de corps démembrés ou de personnes mutilant des cadavres ; de la torture et de la cruauté envers les animaux, etc. », écrivait-elle.

Meta déjà condamné aux États-Unis

Assez pour détériorer durablement son esprit. Elle décrit les difficultés de concentration sur des tâches simples du quotidien, l’augmentation de sa consommation d’alcool et de tabac, les paniques nocturnes, « l’impression constante qu’il y a des prédateurs sexuels et des personnes violentes partout ». Aujourd’hui sa famille envisage de poursuivre les démarches entamées par Inès contre son employeur. « Je suis obligée de continuer son combat », conclut sa mère auprès de France 3.

Fin 2024, 140 salariés d’un autre sous-traitant de Meta au Kenya, dédié à la modération, ont entamé une action en justice à cause du stress post-traumatique engendré par leur travail. En 2018, aux États-Unis, la société Meta avait déjà été poursuivie par plusieurs modérateurs, exposés à des contenus graphiques nocifs. Elle avait été condamnée à reverser 52 millions de dollars à 10 000 travailleurs dans tout le pays.

Source: Le Figaro · Justin Boche, Le Figaro Lyon

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