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Publié le 14/10/2026 05:45

Temps de lecture : 5min

Des armoires réfrigérées d'un magasin Intermarché à Névez (Finistère) ont été vidées après une cyberattaque qui a fait monter la température des installations frigorifiques de centaines de supermarchés en France, le 12 octobre 2026. (FRED TANNEAU / AFP)

Des hackeurs ont perturbé des centaines de supermarchés en France, lundi, en faisant monter la température d'installations frigorifiques accessibles via internet. Un rappel que les objets connectés sont souvent mal protégés face aux cyberattaques.

Pourquoi connecter des frigos à internet, et ainsi les exposer à des actes malveillants ? La question a obsédé de nombreux internautes, lundi 12 octobre, après l'annonce d'une attaque informatique touchant les installations réfrigérantes de centaines de magasins Intermarché, Système U, E. Leclerc ou Monoprix à travers la France. L'incident, qui a fait grimper la température de ces armoires frigorifiques, a engendré des millions d'euros de pertes.

Cette cyberattaque, qui touche notamment des installations des entreprises Danfoss et Dixell, rappelle que les appareils connectés et l'"Internet des objets" (IoT) sont de plus en plus présents dans notre quotidien. Mais aussi que leur sécurité est souvent insuffisante, avec des conséquences parfois graves.

De plus en plus d'objets ou de machines sont connectés à internet, tant chez des particuliers que dans les entreprises. Pour les professionnels, les avantages sont multiples : ces appareils connectés peuvent être pilotés à distance, ce qui évite de se déplacer physiquement sur chaque site, et réduit ainsi les coûts de maintenance. Ils peuvent aussi être manœuvrés de manière groupée, et transmettre des données utiles au suivi de l'activité de l'entreprise.

Or la sécurisation de ces systèmes est rarement la priorité des utilisateurs. "Quand on connecte un objet [à un réseau], on fait entrer le risque informatique dans le monde physique", rappelle pour franceinfo Thomas Gayet, directeur général de Scovery, entreprise française de cybersécurité. Si des machines connectées dans des usines ou sur le réseau électrique sont insuffisamment protégées et ciblées par des attaquants, il est facile d'imaginer des scénarios catastrophe : blessures, destructions, coupure des réseaux… Des appareils IoT ont ainsi déjà été piratés et utilisés pour alimenter des "botnets", des réseaux d'appareils "zombies" instrumentalisés pour mener des cyberattaques par déni de service.

"L'attaque sur [les armoires frigorifiques] Danfoss rend concret un risque que beaucoup d'entreprises sous-estiment encore", analyse pour franceinfo Roland Atoui, fondateur de l'entreprise Red Alert Labs, spécialisée dans la cybersécurité des objets connectés. "Elles ne se rendent pas toutes compte que des hackeurs pourraient s'intéresser à leurs frigos ou autres objets connectés, ajoute le spécialiste. Mais des produits qui ne semblent pas être des cibles peuvent être utilisés pour faire des dégâts dans le monde physique."

Dans son guide sur la cybersécurité des systèmes industriels", l'Agence nationale de sécurité des systèmes d'information (Anssi) relève de nombreuses pratiques dangereuses qui laissent parfois les appareils connectés ouverts aux quatre vents : il existe une habitude "répandue" de "ne rien modifier tant que le système fonctionne" ; "il peut être contractuellement interdit de modifier le système existant, y compris pour implémenter des mesures de cybersécurité" ; "les équipements sont généralement déployés pour au moins 20 ans" et "l'obsolescence limite leurs possibilités de mise à jour"...

Par exemple, des micro-installations hydroélectriques en France, victimes de cyberattaques d'acteurs prorusses, "étaient exposées directement sur internet, administrables à distance avec des dispositifs de protection dérisoires, allant jusqu'à l'utilisation de mots de passe par défaut tels que '1-1-1-1', jamais modifiés", racontait en mai Vincent Strubel, directeur de l'Anssi, devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale.

"Quand l'internet des objets a pris son essor, on a constaté comme un recul en matière de sécurité."

Thomas Gayet, dirigeant de Scovery

à franceinfo

Outre des mots de passe friables, le dirigeant de Scovery évoque des contraintes spécifiques aux appareils connectés qui favorisent l'apparition de comportements dangereux. "Ils fonctionnent parfois avec une batterie limitée, donc on va désactiver les fonctions de sécurité pour économiser l'énergie, détaille-t-il. Ou bien ils n'ont pas une puissance de calcul très élevée, donc on va y intégrer des programmes 'allégés' et rogner sur les capacités de chiffrement."

Certains appareils connectés sont parfois manipulés en dehors du système de l'entreprise, en utilisant une clé 3G, "pour des raisons de facilité". Mais, ce faisant, les utilisateurs sur le terrain "n'ont pas forcément conscience qu'ils font rentrer le ver dans le fruit" en créant une vulnérabilité, décrit Thomas Gayet. "Le prestataire qui installe l'appareil connecté et l'entreprise cliente se renvoient parfois la balle : chacun a le sentiment que c'est à l'autre de gérer la sécurisation de l'objet, et la responsabilité est abandonnée au milieu", ajoute Roland Atoui.

Dans le cas des installations frigorifiques connectées Danfoss, des failles avaient été relevées depuis plusieurs mois. L'entreprise de cybersécurité Claroty avertissait en août sur son site que des milliers d'outils de supervision AK-SM 800A étaient accessibles via l'internet public, et qu'il était possible de contourner le processus d'identification classique en entrant un mot de passe généré à partir de la date du jour – probablement mis en place pour faciliter les opérations de maintenance, mais qui peut devenir une porte d'entrée rêvée pour les attaquants.

Il n'est pas établi que cette faille a été utilisée dans le piratage survenu lundi. Danfoss avait déployé un correctif, et l'entreprise danoise a assuré à franceinfo qu'elle "recommande depuis longtemps de mettre à jour les systèmes et de remplacer les plus anciens", comme les AK-SM800 et AK-SC355, car ils ne reçoivent plus de mise à jour de sécurité. Le site spécialisé en cybersécurité LeMagIT a recensé "près de 3 000" instances de la console web d'administration de Danfoss encore accessibles sur internet lundi en France, dont certaines n'avaient pas été mises à jour depuis 2021.

L'attaque n'est pas terminée, et cible également des appareils de l'entreprise Dixell, selon un bulletin d'alerte de l'Anssi. Les recommandations sont claires : effectuer les mises à jour dès que possible, changer les mots de passe par défaut qui pourraient être utilisés, rendre les appareils inaccessibles depuis internet (ou uniquement via un VPN), et segmenter les accès pour que seuls les professionnels légitimes puissent les piloter.

C'est pour lutter contre ces vulnérabilités des objets connectés que le règlement européen Cyber Resilience Act a été adopté en octobre 2024. Il doit entrer en application progressivement, entre juin 2026 et décembre 2027, et "impose des obligations de cybersécurité aux fabricants, importateurs et distributeurs, dès la conception et tout au long du cycle de vie des produits", explique l'Anssi. Depuis septembre, les fabricants doivent ainsi signaler les vulnérabilités activement exploitées et les incidents graves qui affectent la sécurité de leurs produits. Encore faut-il agir ensuite pour les corriger.

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Source: Franceinfo · Luc Chagnon

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