L'association de défense des libertés constitutionnelles et le Syndicat de la magistrature qui déposent ce recours reprochent au président de la République ses propos, jeudi, annonçant que seules les manifestations organisées à la demande des syndicats seraient autorisées dans les prochains jours.
France Télévisions
Publié le 22/10/2026 22:08
Temps de lecture : 3min
Des propos qui ne passent pas. L'Association de défense des libertés constitutionnelles (Adelico), et le Syndicat de la magistrature ont déposé, jeudi 22 octobre dans la soirée, un recours devant le Conseil d'Etat, sous forme de référé-liberté, après la déclaration faite à la mi-journée par Emmanuel Macron, à l'issue d'un conseil de sécurité, révèle franceinfo.
"Pour ce qui est des prochains jours, et en particulier de samedi, (...) la recommandation générale, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation, avait déclaré le chef de l'Etat. Les gens qui veulent continuer à manifester, quand ce sont des organisations syndicales, les préfets proposeront des tracés alternatifs. Quand ce ne sont pas des organisations syndicales, partout où on le peut, on interdira." Il s'exprimait à l'issue d'une réunion avec les services de renseignement, accusés d'avoir mal anticipé la mobilisation du 17 octobre.
Les associations à l'origine du recours demandent à la plus haute juridiction administrative de "suspendre l'exécution de la décision du président de la République (...) et de toute instruction prise pour son exécution." Pour Jean-Baptiste Soufron, avocat au barreau de Paris et conseil de l'Adelico, cette déclaration constitue "un abus de pouvoir" de la part du chef de l'Etat.
Une lecture contestée par l'exécutif. "Le président connaît très bien la Constitution et n'outrepasse absolument pas ses prérogatives. C'est bien le préfet qui est décisionnaire et se fonde sur un critère d'ordre public", assure à franceinfo un conseiller de l'exécutif, pointant une "incohérence" entre "des commentateurs qui regrettaient que le président n'ait pas été loin plus sur les mesures de restrictions de liberté pendant son allocution" et "les remarques du jour".
Les interdictions partielles ou totales de manifester se sont bien multipliées jeudi en prévision du week-end et en particulier de la nouvelle journée de mobilisation prévue samedi. Les préfectures ont ainsi interdit toute manifestation ce jour-là à Lyon et à Marseille, ainsi que dans tout le reste du département des Bouches-du-Rhône. A Paris, un cortège à l'initiative de la CGT a été autorisé, entre les places de la Bastille et de la Nation, mais celui proposé par le collectif étudiant Interfac et les gilets jaunes, entre Bastille et Opéra, a été interdit.
Selon les requérants, l'annonce élyséenne est problématique à plusieurs titres. D'abord, "en arrêtant lui-même une doctrine d'interdiction destinée aux préfets, le président de la République a pris une décision qu'aucun texte ne lui permet de prendre", peut-on lire dans le recours. "J'ai du mal à comprendre en quoi cela relève du pouvoir du chef de l'Etat" de faire ce type d'annonce, assure Jean-Baptiste Soufron. "C'est incroyable comme déclaration. Emmanuel Macron sort complètement de son rôle constitutionnel qui ne lui confère pas le soin d'assurer l'ordre public", affirme aussi à franceinfo Paul Cassia, professeur de droit à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l'Adelico. "Il n'est ni ministre de l'Intérieur, ni préfet."
Les associations reprochent aussi à Emmanuel Macron de donner comme "recommandation générale" l'interdiction des manifestations. Or, souligne Jean-Baptiste Soufron, la liberté de manifester est un droit fondamental garanti par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et la Convention européenne des droits de l'homme. Elle doit "bien sûr être conciliée avec la sauvegarde de l'ordre public", poursuit-il, "mais l'interdiction de manifester doit toujours être une mesure de dernier recours qui s'apprécie au cas par cas."
Les requérants contestent aussi le fait qu'Emmanuel Macron fasse une distinction entre les organisations syndicales et le reste des citoyens. "C'est discriminatoire", relève Jean-Baptiste Soufron. "La liberté syndicale, garantie par le sixième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, n'emporte aucun monopole syndical de la manifestation. Le droit de manifester appartient à chacun, qu'il soit membre d'un syndicat, d'une association, d'un parti, d'un collectif ou d'aucun groupement", peut-on lire dans le recours. "L'atteinte est nationale, elle vise une catégorie entière de citoyens et elle exerce un effet dissuasif immédiat sur tous les organisateurs non syndicaux."
"Il n'y a évidemment pas besoin d'être un syndicat pour organiser une manifestation en France. N'importe qui peut déclarer une manifestation, appuie Paul Cassia. En affirmant cela, Emmanuel Macron préconise un tri entre manifestants, c'est contraire au principe d'égalité de traitement." La requête de ces associations est à présent entre les mains du Conseil d'Etat, qui a 48 heures pour trancher.
Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?
Sur le même thème
-
vidéo
"Il faut assumer de dire que ça doit être une démonstration de force" : un dispositif de sécurité XXL samedi, renforcé à Orléans en marge du congrès du RN
-
vidéo
Connu des services de police, 66 ans… Le profil du second suspect interpellé dans l'enquête sur l'incendie de la mairie de Limoges
-
vidéo
"Pour que le calme soit là" : Emmanuel Macron annonce l'interdiction des manifestations non syndicales pour samedi, une décision critiquée
-
vidéo
Limitation des manifestations le 24 octobre : "Il était temps", réagit Guilhem Carayon, vice-président délégué de l'UDR d'Éric Ciotti, qui appelle à "un réarmement régalien" de l'État
-
Mobilisation du 24 octobre : autoriser uniquement les manifestations des syndicats est "parfaitement illégal", affirme la LDH qui envisage des recours
Shorts
-
Les manifestations non syndicales interdites
vidéo 2 minutes 11 -
Cisjordanie occupée : récolte d'olives sous très haute tension
vidéo 2 minutes 26 -
Des députés albanais se battent en plein hémicycle en raison des manifestations
vidéo 41 secondes -
Faut-il suspendre les réseaux sociaux ?
vidéo 2 minutes 1 -
Des drones ont survolé la base navale de Toulon
vidéo 1 minute 16 -
Il aide des restaurants en difficulté
vidéo 1 minute 53 -
Ces mineurs détenus de façon "indigne"
vidéo 1 minute 52 -
Dans l'univers de Julien Neel, créateur de la bande dessinée Lou !
vidéo 2 minutes 42 -
Deux contre-la-montre sur le Tour 2027, "une volonté de rééquilibrage pour donner aux rouleurs un peu plus de chances"
vidéo 37 secondes -
Dette française, alerte sur les taux d'emprunt
vidéo 1 minute 58 -
Les premières images du nouveau programme libre de Laurence Fournier Beaudry et de Guillaume Cizeron
vidéo 1 minute 13 -
Ces adolescents sont dans une unité hospitalière pour leur phobie scolaire, ils racontent
vidéo 2 minutes 20 -
Pourquoi de multiples sites ont été inaccessibles lors de la panne d'internet ?
vidéo 1 minute 56 -
De Leeds au départ à l'arrivée au sommet du Puy de Dôme, découvrez le tracé du Tour de France femmes 2027
vidéo 39 secondes -
Les cinq infos à retenir du tracé du Tour de France 2027
vidéo 47 secondes -
La présidentielle ne sert-elle plus à rien ?
vidéo 2 minutes 2 -
L'armée ukrainienne sauve un soldat isolé du front grâce à un drone
vidéo 56 secondes -
Où sont interdites les manifestations ce 24 octobre ?
vidéo 1 minute 28 -
"Le gouvernement ne peut pas traiter uniquement d'un manière sécuritaire un sujet qui est d'abord politique", dénonce Olivier Faure
vidéo 2 minutes 13 -
Des habitants piégés par les eaux
vidéo 2 minutes 2 -
Les manifs étudiantes et lycéennes de retour
vidéo 1 minute 23 -
Quatre morts et un disparu dans les intempéries dans le Sud
vidéo 1 minute 10 -
Des policiers ont-ils volé dans un magasin en marge des manifestations du 17 octobre ?
vidéo 1 minute 20 -
Pourquoi ils retourneront manifester samedi
vidéo 2 minutes 32 -
Plongée dans le quotidien d'Armel Le Cléac'h, avant le départ de la Route du Rhum
vidéo 1 minute 51 -
Les conditions de détention des mineurs au dépôt du tribunal de Bobigny dénoncées par des avocats
vidéo 1 minute -
Quand Trump fait campagne sur le dos de la France
vidéo 1 minute 59 -
Lignes à haute tension : les réparateurs de l'extrême
vidéo 1 minute 51 -
Pillages en Italie : G. Meloni envoie l'armée et veut faire payer les parents
vidéo 1 minute 8 -
"La violence ce sont les jeunes qui rentrent au lycée avec un œil en moins, des dents en moins ou une main explosée" : Soumaya Sarré, présidente de la Fédération Lycéenne des Quartiers (FLQ)
vidéo 1 minute 33
Source: Franceinfo · Margaux Duguet
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira