La fréquentation des géants chinois du commerce en ligne recule nettement ces derniers mois. Les ministres Serge Papin et David Amiel ont dressé, ce mercredi, le bilan des mesures prises depuis un an et détaillé les prochaines étapes.
Un an après le scandale Shein, le gouvernement veut montrer que sa riposte porte ses fruits. Fin octobre 2025, la découverte de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes en vente sur la plateforme chinoise avait provoqué un tollé. «Nous avons réagi immédiatement en frappant fort», a rappelé ce mercredi Serge Papin, ministre du Commerce, lors d’un point presse organisé avec David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.
L’exécutif avait alors engagé une procédure pour suspendre le site de e-commerce en France, tandis que les autorités multipliaient également les contrôles visant Temu et AliExpress. En novembre 2025, une inspection de 200.000 colis Shein à l’aéroport de Roissy avait révélé que de nombreux articles étaient non conformes à la réglementation - huit sur dix, selon un bilan initial de Bercy, 25% (hors textiles) selon les douanes. La justice avait toutefois refusé de bloquer la plateforme en France, en première instance puis en appel.
Malgré ce revers, le gouvernement assure avoir obtenu de premiers résultats grâce à ses actions. Selon les données de Médiamétrie publiées par la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), la fréquentation mensuelle de Shein a chuté de 42,3% en juillet sur un an. C’est -36,4% pour Temu et -10,4% pour AliExpress. Serge Papin a par ailleurs souligné une baisse des ventes de «25% en valeur en septembre» pour ces plateformes. David Amiel a, lui, fait état d’une diminution «de 48% des montants de TVA déclarés au guichet unique européen entre juin et août». Un recul qui, selon le gouvernement, témoigne d’une nette diminution des achats et donc du nombre de petits colis expédiés vers la France, et non plus seulement «d’un déplacement des flux logistiques».
Des petits colis davantage taxés et contrôlés
Pour lutter contre la concurrence jugée déloyale de ces plateformes, l’exécutif a d’abord agi sur les importations. En 2024, 775 millions d’articles de faible valeur sont entrés en France, contre 4,6 milliards dans l’Union européenne, selon les chiffres rappelés par David Amiel. Après une première taxe française instaurée en mars dernier, un droit de douane européen forfaitaire de trois euros par catégorie d’articles est entré en vigueur le 1er juillet pour les envois de moins de 150 euros provenant de pays tiers, qui a remplacé la taxe nationale tricolore.
«S’il fallait retenir une chose des mois écoulés, c’est que la France a pris les devants et l’Europe a pris le relais», a résumé David Amiel. La prochaine échéance est le 1er novembre, avec l’ajout d’une redevance européenne de deux euros par catégorie d’articles, portant le prélèvement total à cinq euros. Parallèlement, les contrôles douaniers ont été renforcés. Depuis le 23 mars, les agents disposent de pouvoirs élargis pour intervenir après l’entrée des marchandises sur le territoire, notamment lors de leur transport.
De nouvelles obligations pour les plateformes
L’exécutif entend désormais renforcer la responsabilité des géants du commerce en ligne. «Nos commerçants respectent les règles, pourquoi les plateformes y échapperaient-elles ?», a interrogé Serge Papin, dénonçant un système dans lequel elles «encaissent les ventes mais se défaussent de leurs responsabilités». Le ministre se rendra la semaine prochaine à Bruxelles pour défendre le «Product Act» afin d’instaurer de nouvelles obligations de vérification, assorties de possibilités de suspension en cas de manquements répétés.
La lutte contre l’ultra fast fashion se poursuit aussi sur le plan environnemental. Depuis le 1er septembre, un malus financier s’applique aux produits de mode ultra-éphémère, pouvant atteindre «cinquante centimes pour des chaussettes et jusqu’à douze euros pour une veste», a relevé Serge Papin. À compter du 1er janvier 2027, la publicité pour ces produits sera également interdite dans les médias. Ces «plateformes sont de faux apôtres du pouvoir d’achat», a lancé le ministre, promettant de poursuivre le combat contre leurs pratiques.
Source: Le Figaro · Emma Confrère
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