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Tribune

Robert Boyer

Economiste

La stratégie politique du président de la République combinant soutien massif aux entreprises, contournement des institutions intermédiaires et diabolisation des extrêmes a créé les conditions de son impuissance actuelle, relève l’économiste Robert Boyer, dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 3 min.

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Dès 2022, le flottement et l’imprécision du programme d’Emmanuel Macron laissaient augurer que son second quinquennat à la tête de l’Etat ouvrirait une tout autre période que celle du premier, nettement plus risquée. Le chaos engendré par la gestion négligente et arrogante du président de la République, tout particulièrement la dissolution catastrophique de l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024, marque son échec, encore plus retentissant que ce que l’on pouvait anticiper. En effet, trois échecs se cumulent et se renforcent les uns les autres dans les domaines économique, social et politique.

Tout d’abord, un soutien massif aux entreprises était censé générer un élan de compétitivité qui stimulerait l’investissement et l’innovation entrepreneuriale, et donc la croissance. La désindustrialisation a été enrayée, mais une quasi-stagnation s’est installée. Le produit intérieur brut n’a crû en moyenne que de 1 % par an, soit un rythme insuffisant pour répondre aux demandes de la société, à son vieillissement, à la nécessité d’investir dans la défense et à la lutte contre le changement climatique. Sans oublier l’inscription dans le nouveau paradigme productif inauguré par l’intelligence artificielle.

Ensuite, le président considérait que la verticalité d’un pouvoir technocratique permettrait de surmonter les obstacles de la démocratie, par exemple en légiférant pour réduire les exigences environnementales ou les responsabilités des entreprises. Cela s’est traduit par une détérioration des institutions intermédiaires, à savoir les syndicats, les partis et les associations, ainsi que les acteurs de la société civile.

Système politique en ruine

Le gouvernement d’Emmanuel Macron a créé un vide en matière d’interlocuteurs. En conséquence se sont accumulées successivement les révoltes des « gilets jaunes », la contestation protéiforme face à une réforme des retraites injuste et inefficace, ainsi que les mobilisations des lycéens, qui dénoncent une décennie de manque d’investissement dans les nouvelles générations. Le discours du président, dimanche 18 octobre, témoigne d’une méconnaissance abyssale de ce que vivent les Français.

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Source: Le Monde · Robert Boyer

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