Cet article vous est offert

Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous.

Se connecter

Vous n’êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement

L’esplanade Pergaud a été inaugurée le 02 avril 2024. Un espace construit récemment dans le cadre du renouvellement urbain opéré par l’ANRU (L'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) qui offre un city stade, un espace de jeux, un espac
CAMILLE MILLERAND/DIVERGENCE

Par Ariane Chemin

Publié aujourd’hui à 12h22

Article réservé aux abonnés

RécitL’attentat terroriste raciste du 23 octobre a remis cette ville pauvre des Yvelines sous le feu des projecteurs. Berceau de la main-d’œuvre immigrée durant les « trente glorieuses », la commune de quelque 35 000 habitants raconte aussi trois quarts de siècle d’histoire contemporaine.

Une nouvelle fois, depuis quelques jours, la France n’a que « Trappes » à la bouche. Plusieurs habitants de cette ville des Yvelines y ont été ciblés en raison de leur couleur de peau, vendredi 23 octobre : Pengo Bossio Wangi, agent de sécurité qui occupait un emploi d’insertion à l’accueil du secteur d’action sociale de Trappes, un protestant évangélique de tout juste 26 ans, est mort ; quatre autres personnes sont grièvement blessées, dont une enfant de 11 ans criblée de balles. Trappes ne compte pas tout à fait 35 000 habitants mais fait de nouveau la une de l’actualité, comme si elle était maudite. N’est-ce pas plutôt qu’elle raconte, mieux que Versailles sur la même ligne de train depuis Paris-Montparnasse, l’histoire tourmentée de la France contemporaine ?

Tout commence par un nœud, celui d’une gare de triage, écheveau d’aiguillages et de rails en impasse, à moins de trente kilomètres de la capitale. Lourdement bombardée durant la seconde guerre mondiale en raison de cet emplacement stratégique, Trappes est dans les années 1950 une cité cheminote d’abord peuplée de Bretons venus chercher du travail et logés autour de la gare dans des cités-jardins aujourd’hui inscrites aux monuments historiques. Des photos sépia les montrent casquette sur les yeux dans les volutes de leurs Gitanes et les effluves d’un Ricard, accoudés au comptoir de L’Etoile d’or ou dans les murs d’une section du Parti communiste français (PCF), tout-puissant dans la ville. « Trappes sera un laboratoire », décrète dans les années 1950 le PCF, sans imaginer le poids de ces mots.

A la fin des années 1960, Trappes, noyée dans les champs de blé (le nom de la rue où vivra la famille de l’acteur Jamel Debbouze), compte moins de 10 000 âmes mais un millier de militants. Une « contre-société », écrivait l’historienne communiste Annie Kriegel (1926-1995) : le dimanche, pendant que certains immigrés italiens, espagnols ou portugais prient à la messe, d’autres vendent avec les « cocos » L’Humanité et Pif Gadget en frappant aux portes des cages d’escalier. Dans les réunions de cellule, on rappelle que la ville avait été parmi les premières de la « ceinture rouge » à s’éclairer à l’électricité et on établit à l’avance l’ordre du jour du conseil municipal.

Il vous reste 82.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Source: Le Monde · Ariane Chemin

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira