Mardi 3 novembre, à 21h05, sur France 5, l'émission Enquête de santé propose le documentaire "Migraine, la fin du casse-tête ?". Cette pathologie frappe près de 11 millions de Français. Au CHU de Clermont-Ferrand, une expérimentation scientifique inédite à l'échelle mondiale, pilotée depuis l'Auvergne, nourrit de grands espoirs.
La migraine est loin de se résumer à un banal mal de tête. Avec 11 millions de personnes touchées en France, cette affection demeure pourtant sous-estimée. "C'est une maladie très fréquente qui n'est pas toujours bien reconnue", explique le Pr Xavier Moisset, Professeur à l’Université Clermont Auvergne et au CHU de Clermont-Ferrand, chercheur à l’unité Inserm Neuro-Dol. C’est la deuxième cause de handicap dans le monde quand on tient compte du nombre de jours vécus avec la maladie.
Sur le plan biologique, la migraine repose sur un terrain génétique complexe associant plus de 120 gènes identifiés. Ce patrimoine interagit avec divers facteurs environnementaux comme le stress, la fatigue ou les cycles hormonaux. Le neurologue décrit volontiers les migraineux comme présentant une forme d'intolérance aux changements de rythme : "Tout ce qui va changer le rythme habituel, sommeil, alimentation, peut être un facteur favorisant les crises".
La pathologie frappe par ailleurs trois fois plus les femmes que les hommes, en raison des variations hormonales subies durant la période reproductive et à la périménopause. Cette prédominance féminine a pu contribuer à la minimisation de la maladie par la société et les décideurs. En entreprise, la souffrance reste souvent invisible : "Pouvoir se poser pendant une heure dans une pièce sombre n'est pas quelque chose de possible dans toutes les entreprises", souligne le médecin.
Pour distinguer une vraie crise migraineuse d'une céphalée classique, plusieurs signes ne trompent pas : l'hypersensibilité au bruit et à la lumière, les nausées, ainsi qu'une aggravation marquée lors d'un effort physique. "Le mal de tête que n'importe qui peut avoir passe parfois en allant faire un footing. Dans la migraine, faire un effort aggrave les choses" rappelle le Pr Xavier Moisset.
Sur le plan thérapeutique, les règles d'hygiène de vie constituent la première ligne de défense. "Avoir une activité physique régulière, une bonne hydratation, un rythme de sommeil correct... Ça marche aussi bien qu'un traitement de fond", insiste le Pr Xavier Moisset.
Les praticiens disposent d'anciens médicaments issus de la prise en charge de l'hypertension, de l'épilepsie ou de la dépression, peu coûteux (moins de 10 euros par mois). Pour les formes chroniques sévères (plus de 15 jours de crise par mois), des injections de toxine botulique, de Botox, permettent également d'interrompre la transmission des messages douloureux.
Une révolution est survenue en 2018 avec l'arrivée des anti-CGRP, des biothérapies par anticorps monoclonaux qui ciblent spécifiquement la protéine responsable de l'inflammation et de la dilatation des vaisseaux pendant la crise. "Quand on bloque cette protéine, on bloque complètement la migraine chez deux tiers des patients", précise le spécialiste.
Revers de la médaille, ces traitements se heurtent en France à un frein financier majeur : leur coût s'élève à 250 euros par mois et ils ne bénéficient d'aucun remboursement par la Sécurité sociale. La Haute Autorité de Santé (HAS) doit de nouveau réévaluer leur accès en novembre.
C'est face à ces impasses thérapeutiques et pour les patients en échec médicamenteux qu'un essai clinique unique au monde a été lancé. Piloté à l'échelle nationale par le Pr Xavier Moisset, ce projet novateur rassemble 120 patients répartis sur cinq CHU (Clermont-Ferrand, Lyon, Saint-Étienne, Grenoble et Nice). Clermont-Ferrand constitue le centre principal avec 40 personnes incluses. "On a une équipe Inserm avec plus de 100 personnes qui travaillent sur la douleur à Clermont. On s'intéresse en particulier aux traitements non médicamenteux par stimulation du cerveau", explique le Pr Xavier Moisset.
L'expérimentation repose sur la stimulation magnétique transcrânienne. La technique, totalement non invasive, consiste à poser une bobine sur le crâne du patient. Lors de chaque séance de 20 minutes, la machine délivre 2 000 impulsions magnétiques qui génèrent un microcourant électrique au niveau des neurones pour modifier le traitement du signal douloureux. Le point d'impact choisi est le cortex moteur primaire, utilisé comme porte d'entrée vers les réseaux profonds de la douleur.
Le protocole prévoit 5 séances réparties sur dix semaines (une toutes les deux semaines). Afin de garantir une rigueur scientifique absolue, la moitié des 120 participants reçoit un traitement placebo. La machine émet les mêmes claquements audibles, mais sans délivrer d'énergie magnétique.
Cette technologie a déjà prouvé son efficacité dans d'autres formes de douleurs neuropathiques réfractaires, en améliorant nettement 50 % des malades en échec de traitement. L'équipe clermontoise espère obtenir des résultats comparables pour la migraine.
La méthode présente un profil de tolérance exceptionnel. Contrairement aux médicaments au long cours, susceptibles de provoquer prise de poids, fatigue ou troubles de la concentration, la stimulation magnétique n'entraîne quasiment aucun effet secondaire, si ce n'est une légère fatigue passagère de quelques heures.
Le Pr Xavier Moisset tient toutefois à conserver une certaine prudence face aux attentes des malades : "Il y a un espoir grâce à ces nouvelles thérapies, mais ce n'est pas pour demain, c'est pour après-demain". Les résultats définitifs de l'étude sont attendus d'ici deux à trois ans, le temps de finaliser les inclusions et d'obtenir les validations réglementaires nécessaires.
"C'est une vraie maladie. Ce sont des patients qui ne sont souvent pas pris assez au sérieux", conclut le professeur. Le message porté par l'équipe clermontoise reste clair : il faut oser consulter, sensibiliser la société et poursuivre l'innovation scientifique pour offrir enfin des perspectives durables aux malades.
Mardi 3 novembre, vous pourrez découvrir cet essai clinique à Clermont-Ferrand et le Pr Xavier Moisset dans un documentaire intitulé "Migraine, la fin du casse-tête ?". Il est diffusé à 21h05 sur France 5. L'émission est présentée par Marina Carrère d'Encausse, avec la participation d'Enora Malagré.
Source: Franceinfo · Catherine Lopes
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