Le réseau des médias audiovisuels publics européens a élaboré une carte commune des incidents liés à la "guerre hybride" de la Russie sur les six derniers mois, qui s'étendent jusqu'à l'Europe de l'Ouest même si les pays proches de l'Ukraine sont les plus touchés.

France Télévisions

Publié le 23/10/2026 05:59

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Un panneau d'interdiction de drones à la frontière entre la Lettonie et la Biélorussie. (GINTS IVUSKANS / AFP)
Un panneau d'interdiction de drones à la frontière entre la Lettonie et la Biélorussie. (GINTS IVUSKANS / AFP)

La "nature de l'agressivité russe et des menaces en Europe change", prévenait Emmanuel Macron le 18 septembre, à l'issue d'une réunion à l'Elysée avec les chefs de parti et candidats à l'élection présidentielle de 2027. Plus de quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les actions de la Russie menacent le territoire de l'Union Européenne. Depuis plusieurs mois, les actes attribués à Moscou par des gouvernements européens, qu'il s'agisse de survols de drone, de menaces ou de tentatives d'attaques, se multiplient.

Face à la recrudescence de ces événements, 17 médias du réseau de l'Union européenne de radio-télévision (EBU), dont France Télévisions, ont documenté et recensé sur une carte interactive les actions qui ont été publiquement qualifiées d'"attaques hybrides" et liés à la Russie par des responsables de la sécurité du pays, des responsables gouvernementaux ou des médias. Seuls les actions physiques et les cas d'espionnage amateur intervenus entre le 1er avril et le 15 octobre ont été retenus dans cette carte. Elle exclut ainsi les cyberattaques, les opérations d'influence et l'espionnage attribué à des agents de renseignement formés.

La carte révèle une zone particulièrement touchée à l'est de l'Europe. Les pays qui bordent la mer Baltique ont connu plus d'une dizaine d'incidents depuis avril dernier. Ainsi en août, un incendie chez un fabricant de drones à Talinn, la capitale de l'Estonie, a eu un retentissement dans toute l'Union européenne. "Nous pouvons conclure avec certitude que l'attaque incendiaire contre les locaux de Milrem Robotics (...) a été un acte de sabotage commandité par les services spéciaux de la Fédération de Russie", a déclaré sur X le ministre des Affaires étrangères estonien. Le Kremlin a, lui, rejeté toute responsabilité dans cet incendie, parlant de "déclarations infondées".

Au-delà des incendies, c'est également par les airs que Moscou teste ses capacités de nuisance. La Finlande, qui partage 1 340 km de frontière avec la Russie, a détecté deux violations de son espace aérien par des avions militaires russes, la première en mai dernier et la deuxième en août, à chaque fois pendant quelques minutes. Des drones ont également été abattus par des avions de chasses de l'Otan en Lituanie et en Lettonie. L'origine de ces appareils n'est pas toujours claire, et des enquêtes sont systématiquement ouvertes pour la déterminer. Mais pour les pays baltes, la lutte contre les incursions de drones fait quoi qu'il arrive partie intégrante de la défense contre la "guerre hybride" menée par la Russie.

Si l'Europe de l'Est est en première ligne face aux menaces russes, l'ouest du continent n'est pas à l'abri de subir des attaques sur son territoire. En témoigne l'attaque au drone à l'aéroport de Leipzig, en Allemagne, en août. Un appareil transportant un engin explosif a été découvert sur une piste et un avion-cargo est entré en collision avec un autre "objet volant non identifié", ont révélé les autorités allemandes. En septembre, deux suspects, l'un Russe et l'autre Biélorusse, ont été identifiés par les autorités. Cette attaque a suscité un émoi dans toute l'Europe. La France a ainsi convoqué le chargé d'affaires russe à Paris pour "protester très vivement" contre ce que la cheffe de la diplomatie européenne, l'Estonienne Kaja Kallas, a qualifié d'acte de "terrorisme soutenu par un État".

En France, c'est près de Toulouse que ces menaces se sont concrétisées, devant une usine spécialisée dans la fabrication de drones, dont certains ont déjà été livrés à l'Ukraine. Le 1er juin, l'entreprise est ciblée par plusieurs jets de cocktails molotov, a révélé Le Parisien. Deux jours plus tard, un ressortissant biélorusse de 48 ans, domicilié en Espagne, est interpellé par les gendarmes aux abords de l'usine alors qu'il "filmait un prototype de drone" de ce fournisseur des armées française et ukrainienne, d'après le parquet de Paris. La Direction générale de la Sécurité intérieure a établi que cet homme "aurait envoyé une vidéo à un interlocuteur en Russie". Le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire. Le suspect, lui, a été placé en détention provisoire.


Cette carte a été réalisée grâce au travail de 17 médias de service public européens : France Télévisions, Radio France, France 24, RTVE (Espagne), 3Cat (Espagne), NRK (Norvège), ORF (Autriche), TVP (Pologne), ZDF (Allemagne), LRT (Lituanie), LSM (Lettonie), SRF (Suisse), VRT (Belgique), BR (Allemagne), SVT (Suède), Yle (Finlande), DR (Danemark), Vot Tak (Pologne) et l'Union européenne de radio-télévision.

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Source: Franceinfo · franceinfo, Les Révélateurs

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