L'auteur, compositeur et interprète suisse Stephan Eicher est l'invité exceptionnel, toute cette semaine, du Monde d'Élodie, à l'occasion de la tournée dans toute la France de son dernier album, "Poussière d’or". Épisode 1 : "Hemmige".

Article rédigé par Elodie Suigo - édité par Etienne Présumey

Radio France

Publié le 27/10/2026 13:06

Temps de lecture : 3min

Stephan Eicher, en novembre 2025, à Paris. (Le Parisien / Arnaud Journois / MAXPPP)
Stephan Eicher, en novembre 2025, à Paris. (Le Parisien / Arnaud Journois / MAXPPP)

Stephan Eicher est un musicien qui a toujours su créer des ponts entre les langues, les cultures et les émotions. Avec le titre Déjeuner en paix, sa vie a basculé et, aujourd'hui, il est dans une autre période de son parcours. Il a sorti, en novembre 2025, un album, Poussière d'Or et, à l'automne 2026, il est en tournée dans toute la France. Son parcours est marqué par une constante évolution, mais aussi par une fidélité à certaines idées de la musique. Une musique qui raconte, qui accompagne, qui interroge. Dans un monde où tout va vite, il prend le contrepied en proposant des chansons qui demandent du temps, de l'écoute, de l'attention. Après un succès comme celui de Déjeuner en paix, le regard du public a évidemment changé. Il y a eu des attentes, une envie de retrouver une émotion, une forme, quelque chose de très familier.

franceinfo : Dès le départ, on a compris que vous sembliez chercher ailleurs. Que cherchiez-vous ?

Stephan Eicher : Mon rôle, c'est de mettre des symboles ou des éléments ensemble que seulement moi je vois. Si je vois un corbeau sur cet arbre, je devine où il va et j'attends juste qu'il se décide. Là où il va, est toujours plus intéressant que ce que j'ai imaginé. Je dis quelque chose dont je parle rarement, mais le succès est très lié à des anxiétés énormes, des attaques de panique qui sont réduites, mais qui peuvent resurgir tout de suite. Ça veut dire quelque chose qui n'est pas naturel.

Vous avez toujours une pudeur dans l'intimité. C'est pour ça aussi que vous aimez dire que ce ne sont pas vos textes, mais, en même temps, ces textes vous racontent. Vous les choisissez aussi parce qu'ils vous ressemblent ?

Oui, je suis ces textes, si je les chante, ce sont mes textes.

Il y a toujours eu ce besoin aussi de mettre en avant plusieurs langues, plusieurs cultures. C'est ça aussi pour vous, être artiste ?

Je suis Suisse allemand, mon père est de la culture yéniche, des gens du voyage qui ont leur propre langage. J'ai grandi dans l'est de la Suisse où on parle le grison qui est un dialecte très typé, très beau, très chantant, qui a des mots latins dedans. Mes parents, pour des raisons très personnelles, ont quitté cette partie de la Suisse et ils sont allés s'installer vraiment presque vers les Romands où ça parle français, à Berne, où il y a vraiment un langage très puissant, très fort.

"Je chante le bernois, si vous m'entendez, en Suisse. Les premiers jours à l'école, on m'a tapé parce que je parlais comme un étranger pour eux."

Stephan Eicher

à franceinfo

Peut-être par faiblesse ou pour une envie de survie, je me suis dit, "Apprends très vite leur accent" et j’ai continué de faire ça.

Sur "Hemmige", vous choisissez de chanter dans votre langue quelque chose de très intime, presque ancré dans votre identité.

Hemmige, ça a été écrit par Mani Matter, un chansonnier, troubadour. Avocat brillant, il est mort très jeune. C'était un accident de voiture. Un grand choc, ma mère était un énorme fan. Quand il est mort, à la maison, on l'a senti. Quand j’ai fait ce disque, Engelberg, avec Déjeuner en paix, ma personnalité, pour vous, en France, s'est vraiment formée. Tout à coup, j'ai pris ma guitare et j'ai montré à Manu Katché, une petite chanson en suisse, qui ne vaut peut-être pas grand-chose, mais j'adore la chanter. La prise que vous entendez, je fais "et un et deux". Aujourd'hui, si je ne la chante pas en France, les gens me font la gueule. Hemmige veut dire, "se gêner", en allemand. Le premier couplet, c'est, il n'y a pas grand monde qui oserait comme moi, monter sur scène et vous chanter cette chanson parce que vous vous génériez. Et la fin c'est, et maintenant, si on regarde le monde, il peut exploser à chaque moment. Espérons que les personnes qui touchent le bouton rouge se gênent. Voilà, c'est ça la chanson.

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Source: Franceinfo · Elodie Suigo

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