En Somalie, la situation déjà précaire des déplacés internes est aggravée par des vagues d’expulsions à leur encontre. Selon les Nations unies, il y a plus de 2,5 millions de déplacés dans le pays et les camps se multiplient. Ils occupent des terrains privés ou appartenant à l’État. Régulièrement, leurs propriétaires réclament leurs droits et déguerpissent les déplacés. Cette situation concerne particulièrement la capitale, Mogadiscio, et l’État fédéral du Jubaland, dans le sud du pays.
De notre envoyée spéciale de retour de Kismayo,
Abukar Ali Ousman a 64 ans. Il a connu la guerre la majorité de sa vie, depuis l’effondrement de l’État somalien en 1991. Abukar Ali Ousman en a vu beaucoup, mais ne s’attendait pas à être expulsé d’un camp de déplacés. Réfugié dans celui de Mariano, il a dû plier bagage au début du mois. « Un jour, on m’a demandé de partir, sans me dire pourquoi. Peut-être que le propriétaire du terrain voulait construire quelque chose, suppose-t-il. Je n’ai pas demandé, je suis juste parti. Là-bas, j’avais ma propre maison en brindilles et en tissus, maintenant, je dépends de la générosité de ceux qui m’hébergent. Mais une vie de déplacé, ici ou ailleurs, c’est pareil. En quittant Mariano, c’est la quatrième fois que j’ai dû fuir et tout laisser derrière moi. »
Fitah Mahmud Abdi a aussi dû quitter Mariano. La sécheresse et les combats l’avaient poussé à fuir son village, il y a quelques semaines. Il ne s’attendait pas à être de nouveau confronté à la violence une fois arrivé à Kismayo. « On nous a expliqué que le propriétaire du terrain avait des projets. On a essayé de rester un peu, mais on nous a donné un délai de trois jours seulement, dénonce-t-il. Si on ne partait pas, on en souffrirait les conséquences… On a été chassés vertement. On n’a pu prendre que quelques vêtements et ustensiles. Ici, je me sens mal. Je dépends des autres, ma présence leur pèse et ça m’inquiète beaucoup. »
À écouter dans Grand reportageEn Somalie, le Jubaland sous l’emprise des shebabs
Près de 200 camps de déplacés
D’après la Commission du Jubaland pour les réfugiés, Kismayo abrite près de 200 camps de déplacés internes. Il s’en crée chaque année, générant des conflits fonciers. Pour y remédier, l’État du Jubaland a décidé d’accorder des terrains aux déplacés qui ont été expulsés.
« C’est un nouveau village situé à 18 km au nord de Kismayo. Notre gouvernement y alloue un terrain de 600 m² à chaque famille de déplacés victimes d’expulsions, explique Ali Adn Ali, commissaire aux réfugiés. Chaque lot est fourni avec un titre de propriété. Les déplacés deviennent automatiquement propriétaires. On a donc assez de terre, mais on manque de soutien. On a besoin d’aide pour démarquer les lots, on a besoin de moyens de transport, on a besoin de kits de refuge. »
Pour l’heure, seuls 1 000 déplacés ont pu bénéficier de la relocalisation offerte par le Jubaland. D’après le Conseil norvégien pour les réfugiés, plus de 4 300 personnes ont été expulsées entre 2025 et 2026.
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Source: RFI · Gaëlle Laleix
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