En novembre 2020, en pleine crise sanitaire, Michel Zecler est interpellé par une patrouille policière devant son studio parisien pour non-port du masque. Il est ensuite frappé à une trentaine de reprises.
Six ans après l'agression filmée du producteur noir Michel Zecler, qui avait provoqué une onde de choc en France, trois policiers sont jugés à partir de lundi devant la cour criminelle de Paris. Poursuivis pour violences volontaires en réunion et faux en écriture publique par personne dépositaire de l'autorité publique, les trois accusés, dont le procès durera deux semaines, encourent 15 ans de réclusion criminelle. Un quatrième policier sera jugé lui en correctionnelle.
L'affaire, qui avait suscité la «honte» d'Emmanuel Macron, avait relancé le débat sur les violences et le racisme dans la police en France, jugés systémiques par des victimes et chercheurs, mais relevant d'actes isolés selon l'institution et les syndicats de police. Le 21 novembre 2020, alors que la France, en pleine crise sanitaire du Covid, vit son deuxième confinement, Michel Zecler est interpellé par une patrouille policière devant son studio de musique parisien pour non-port du masque et suspicion de consommation de cannabis.
«Une avalanche de coups»
Poussé par les policiers à l'intérieur du sas étroit de l'entrée de son local, le producteur subit alors un passage à tabac très violent, enregistré par la caméra de surveillance du studio. «Une avalanche de coups», comme l'écrivent les enquêteurs. Entre 19h42 et 19h47, le producteur est frappé à une trentaine de reprises au visage et sur l'ensemble du corps, avec des coups de poing et de matraque. L'expertise médicale relèvera un traumatisme crânio-facial, une plaie à la lèvre et au cuir chevelu, une rupture complète du tendon du biceps, justifiant une ITT (interruption totale de travail) de 45 jours.
Révélées par le site Loopsider six jours après les faits, les images de la vidéosurveillance mettent à bas la version des policiers. Leur procès-verbal d'interpellation indiquait que le producteur leur avait porté des coups et avait tenté de s'emparer de leur matraque. Après son interpellation, Michel Zecler avait été placé en garde à vue pour «violences» et «rébellion», avant le classement de l'enquête décidé après l'exploitation de la vidéosurveillance.
Les accusés ont contesté la dimension raciste de l’agression
Confrontés à ces images, les policiers, Aurélien L., Pierre P. et Philippe T., aujourd'hui âgés de 29, 37 et 50 ans, avaient pendant l'enquête reconnu que le producteur n'avait pas porté de coups, mais assuré avoir eu peur pour leur vie. Suspendus de la police, deux d'entre eux avaient par ailleurs été incarcérés pendant un mois. Les accusés ont tous en revanche contesté la dimension raciste de l'agression, qui n'a pas été retenue par la justice faute de preuves. Michel Zecler affirme avoir été traité de «sale nègre», ce que nient les policiers. Leurs avocats, sollicités par l'AFP, n'ont pas souhaité s'exprimer.
Michel Zecler, aujourd'hui âgé de 47 ans, a toujours des séquelles physiques - il a une ancre en titane dans le bras gauche suite à la rupture de son tendon. Il reste surtout très marqué moralement. «Six ans, c'est très très long», et à l'approche du procès «plein de choses reviennent, comme les cauchemars», a-t-il confié à l'AFP. Michel Zecler, qui assiste régulièrement aux procès où des policiers sont mis en cause, «ne croit plus du tout» au concept de «brebis galeuses» dans la police, et s'interroge toujours aujourd'hui sur «la facilité» avec laquelle il a été agressé.
«C'est une agression qui ne devait pas arriver», soupire le producteur, qui espère a minima que son procès permettra de faire en sorte que «ce genre de choses se produise moins souvent». «Mais il n'y a pas tout le temps de vidéo», constate-t-il amèrement. L'affaire Zecler avait entraîné «le Beauvau de la sécurité», organisé par le gouvernement avec les syndicats de police, une consultation de sept mois sur des thèmes tels que la formation, l'encadrement, la captation vidéo.
«Une montagne qui a accouché d'une souris», selon M. Zecler, qui a toujours «l'impression d'être face à une institution qui refuse de croire que certains de ses membres puissent commettre des erreurs». Les forces de l'ordre «portent un uniforme, représentent la loi, et se doivent d'être irréprochables», estime le producteur. «Je respecte beaucoup le métier de policier. Quand il est bien fait.»
Source: Le Figaro · Le Figaro avec AFP
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