Au Sénégal, 72 heures de grève générale ont été décrétées à compter de ce mercredi 21 octobre. Le mouvement est lancé par le Front syndical pour la défense du travail (FSDT), un collectif qui rassemble 13 syndicats – incluant le secteur de la santé, l’éducation ou encore le transport. Malgré l’appel à reculer lancé par le gouvernement mardi, les travailleurs maintiennent leur mot d’ordre.

Publié le : 20/10/2026 - 22:01Modifié le : 21/10/2026 - 09:20

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Avec notre correspondante à Dakar, Pauline Le Troquier

Les syndicats n'entendent pas céder aux demandes du gouvernement ; leur plan d'action est prévu depuis plusieurs jours et va se dérouler comme prévu. Pas question de reculer, donc. La grève générale a été jugée « illicite » par le ministère de la Fonction publique et du Travail. Dans un communiqué mardi 20 octobre, il a estimé que le préavis unique sur lequel elle se base ne couvrait pas l’ensemble des travailleurs engagés. Ces derniers, prévient le gouvernement, risquent des retenues sur salaires et des sanctions disciplinaires.

« L’État est resté braqué sur ses positions. Ils ont fait adopter un nouveau Code du travail avec des dispositions scélérates. Il y a eu des licenciements massifs de travailleurs. Nous ne pouvons pas accepter cela. Nous avons alerté. Il n'y a pas eu de négociations. Nous sommes en train aujourd'hui de dérouler notre plan d’action. La grève est purement totale, elle est légale, elle est licite ! », réagit Pape Birama Diallo, le coordonnateur technique du Front syndical pour la défense du travail (FSDT), à l’origine du mot d’ordre.

De nombreuses revendications

À l'image des syndicats représentés lors de la manifestation de mardi – les enseignants, les soignants, les transporteurs entre autres –, les revendications sont nombreuses, mais elles se rejoignent. On retrouve par exemple la révision du nouveau Code du travail du Sénégal, promulgué le 3 septembre 2026. Celui-ci laisse la possibilité à un employeur de garder un salarié en CDD pendant quatre ans, ce que les syndicats jugent inacceptable. Eux se battent pour plafonner cette durée à deux ans.

Moussa Ba, agent au ministère de la Santé, est venu réclamer, comme de nombreux collègues, la prime de logement dont il devrait bénéficier avec ce statut. Certains de ses collègues perçoivent des primes de logement depuis des années : « Nous sommes de la même catégorie, on a le même niveau de responsabilité, on fait le même job... mais nous, par contre, on y a pas droit. C'est absurde. » Moussa Ba voudrait que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, « fassent la paix ». « S'ils continuent leur guéguerre, c'est la population qui va en pâtir. On en a marre de tous les deux », ajoute-t-il.

Recul du pouvoir d'achat

Parmi les manifestants réunis ce 20 octobre, il y avait beaucoup d'amertume vis-à-vis de l'ancien duo Diomaye-Sonko. Les deux hommes politiques sont accusés d'avoir beaucoup promis à leur arrivée au pouvoir. Mais les syndicats estiment qu'il n'y a pas eu d'avancées concrètes depuis. Pire, ils dénoncent même des reculs. En cause notamment : une vague de licenciements jugés abusifs dans de grandes sociétés nationales, ainsi qu'un recul du pouvoir d'achat des travailleurs. C'est sans doute ce point-là qui réveille la colère actuelle.

Pour le gouvernement, cette grève n'a pas lieu d'être : la contestation a lieu en pleine rentrée scolaire et à seulement 11 jours du début des Jeux olympiques de la jeunesse au Sénégal. Pour le ministre de l'Éducation nationale, choisir ce moment pour contester revient à saboter les efforts de toute une nation. « Le patriotisme aurait dû imposer le respect de l'image du pays », une « trêve », « le temps que les visiteurs retournent chez eux », estime-t-il. De leur côté, les syndicats pointent une manœuvre dilatoire et répondent que leurs revendications ne sont pas nouvelles. Ils appellent les travailleurs à maintenir leur cap en l’absence de garantie solide pour leurs droits.

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Source: RFI

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