C'est l'histoire d'un enfant qui se fie au langage des oiseaux pour guérir ses propres blessures, tant intérieures qu'extérieures. Avec « Le Rappel des oiseaux », l’écrivain français Sébastien Lapaque, 55 ans, décroche le Grand Prix du roman de l’Académie française 2026, avec huit voix au troisième tour du scrutin, contre sept voix pour « La solitude des professeurs est infinie » de Yannick Haenel.
Publié le : 29/10/2026 - 18:02
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« Conduit par le chant des oiseaux, Noé s’engage dans le sillage de François d’Assise. Le Petit Pauvre d’Ombrie devient alors le compagnon nocturne d’une réconciliation secrète entre la science des arcs-en-ciel et la joie parfaite. » Ainsi présente l’éditeur Actes Sud l’ouvrage de son auteur. Avec son histoire autour du personnage de Noé, Sébastien Lapaque promet de nous conduire de l’utile à la méditation, de la logique à la spiritualité.
Au centre du récit, il place un chercheur, emblème de la rationalité et de la précision, qui sera amené à la quête d’une autre vie et d’une paix intérieure, guidée par les blessures de son enfance et son attirance pour l’héritage spirituel et radical de saint François d’Assise : le renoncement, l’ascèse, la fraternité avec les animaux, mais aussi avec le soleil, la lune et la terre, et l’amour pour les plus petits et les exclus…
L’étude des phénomènes lumineux
Le voyage de Noé commence dans les années 1970, dans les vallons de granit du pays de Fougères, en Bretagne. Il grandit auprès de ses grands-parents, surtout auprès de sa grand-mère, qui lui fait comprendre la nature profonde du monde et, par là même, celle de l’être humain. Dans ce paysage rural, la nature n’est pas réduite à un décor. Elle parle, elle possède la capacité de se souvenir des choses, et elle donne de l’énergie aux êtres humains.
Fils de cadres de l’agroalimentaire, Noé est prédestiné à suivre une vie conventionnelle. Mais il choisit un autre chemin, il veut devenir chercheur et dédier sa vie professionnelle à l’étude des phénomènes lumineux, comme les arcs-en-ciel, l’énigmatique éclipse d’Azou ou encore la disparition de son grand amour, emblème d’une blessure intime.
Une trentaine d’années après son enfance en Bretagne, il se rappelle de la puissance du chant des oiseaux et, face aux collines ensoleillées d’Assise, il se tourne aussi vers les enseignements de François d’Assise. Pour faire dialoguer la science et la spiritualité, pour associer la recherche à la foi, Sébastien Lapaque a recours à la fois à la narration romanesque, à la méditation et à la réflexion spirituelle. Il célèbre un amour sans contrepartie, la beauté vierge d'un paysage, une fraternité entre les êtres humains et les animaux, la joie retrouvée après une blessure.
Des « Barricades mystérieuses » au « Rappel des oiseaux »
Sébastien Lapaque est né le 2 février 1971 à Tübingen, ville allemande qui a accueilli les plus grands philosophes comme Hegel, Schelling, Hölderlin, l’astronome Johannes Kepler ou l’intellectuel Ernst Bloch. Il a étudié l’histoire et la philosophie à l’université Paris-Sorbonne.
En 1998, il publie son premier roman, Les Barricades mystérieuses, « un roman de formation à l’ironie amère, qui accompagne son héros vers le naufrage des illusions, et l’apprentissage de l’échec. » Son livre suivant, Les idées heureuses, sera distingué en 2000 par le prix François-Mauriac de l’Académie française. Dès le début, il a montré son intérêt pour Georges Bernanos, l’auteur de Sous le soleil de Satan et du Journal d’un curé de campagne, une figure hautement controversée en raison de son penchant pour l’antisémitisme et le fascisme, ainsi que de sa fascination pour Charles Maurras.
Sébastien Lapaque consacre à Bernanos plusieurs de ses livres : Georges Bernanos encore une fois et Vivre et mourir avec Georges Bernanos (« autant une célébration qu’une biographie »). Ce dernier roman a reçu en 2023 le prix Emile-Faguet de l’Académie française. En 2024, Lapaque décroche le prix Renaudot de l’essai avec « Échec et mat au paradis », une enquête intime sur le suicide de Stefan Zweig en 1942 à Petrópolis, au Brésil, peu de temps après sa visite à Georges Bernanos…
Avec Le chant des oiseaux, Sébastien Lapaque a visiblement décidé de s’orienter davantage vers la lumière, la beauté et la possibilité d’un éternel recommencement.
Source: RFI · Siegfried Forster
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