Le chanteur de bientôt 80 ans continue de commenter la vie politique française, qu’il observe de très près depuis sa résidence de Bormes-les-Mimosas, dans le Var.
Retiré sur les hauteurs de Bormes-les-Mimosas dans le Var, où «personne ne l’emmerde», Michel Sardou a reçu les journalistes de La Tribune Dimanche pour évoquer son humeur du moment. Et sa nouvelle vie de retraité, rythmée par un dîner à 18h tous les jours, des soirées passées devant Netflix et un brunch hebdomadaire avec des habitants du secteur organisés par son épouse, Anne-Marie. Quand on lui demande si ses adieux à la scène étaient bien définitifs, Michel Sardou acquiesce et fait un rappel de rigueur : «Je vais avoir 80 piges en janvier» et «à partir de 50 ans , la voix perd un ton tous les dix ans». Revenir au théâtre ne tente pas non plus cet incorrigible pessimiste, car «le secteur s’écroule et les gens ne sortent plus voir de pièces».
Si le chanteur en a bien fini avec sa carrière d’artiste, il poursuit celle de commentateur de la vie politique française, dans le langage peu châtié qu’on lui connaît. À six mois de l’élection présidentielle, il suit la campagne de façon pointilleuse, et ne manque aucune polémique. Dernièrement, il a admiré l’attitude de Sarah Knafo face aux journalistes de France Info (dans une interview du 28 octobre, NDLR) : «Vous avez vu les couilles qu’elle a quand elle "démonte" les intervieweurs ?» Pour lui, l’eurodéputée Reconquête est «concrète, précise et connaît parfaitement ses dossiers». «En plus, elle est mignonne», ajoute-t-il. Néanmoins, celui qui se dit «de droite», mais «pas d’extrême droite», «n’appelle pas à voter pour elle».
Si Mélenchon passe, «je ne me tirerais pas»
C’est plutôt Christine Lagarde qui aurait ses faveurs si elle se présentait. Elle seule, selon lui, «peut nous sauver de la merde». «Elle connaît l’économie sur le bout des doigts et saura nous éviter un scénario à la grecque avec la France gérée par le FMI», estime Michel Sardou. Dans le scénario hypothétique d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon, le chanteur avait promis de quitter la France… Mais retire ses propos. «Non, je ne tirerais pas, mais je le combattrais», lance-t-il. Il croit davantage dans une victoire de Marine Le Pen, mais déplore «des mensonges» dans son programme, comme la retraite à 60 ans. «Si les Français s’arrêtent à cet âge-là, ils passeront en moyenne vingt-cinq ans à la retraite. Comment tu fais pour financer ça ?»
Le climat social tendu en France est suivi de près par Michel Sardou, qui juge certaines revendications de la jeunesse «légitimes», «mais de là à déclarer une guerre civile, avec des casseurs qui se greffent aux manifestations, non !» «Franchement, aujourd’hui, je n’aimerais pas être flic», poursuit-il. «OK, il y a parfois des bavures, mais on ne les combat pas comme ça.» En politique internationale, l’auteur des Ricains (1967) n’adhère pas du tout à Donald Trump, qu’il qualifie de «connaud». «Ce qu’il a fait à l’Europe avec les accords sur les droits de douane, c’est dégueulasse! Pareil pour l’Ukraine et le Moyen-Orient», grince Michel Sardou, qui ne veut plus retourner aux États-Unis où il a pourtant longtemps vécu.
Orelsan, «on ne comprend pas un mot de ce qu’il dit»
S’il parle librement de ses opinions politiques de droite, Michel Sardou sait bien qu’il est la cible régulière de critiques. Quand la journaliste lui parle du rappeur Orelsan, qui brocarde dans son dernier titre «XXX» «les fachos» qui «veulent manger du porc et chanter du Sardou», l’intéressé se dit peu remué. «Il a parfaitement le droit de se moquer de moi.» Néanmoins, il ne se prive pas d’éreinter à son tour le rappeur dont il n’a «rien à foutre». «Je sais juste que, quand il chante, on ne comprend pas un mot de ce qu’il dit car il ne sait pas ouvrir la bouche ni articuler.» Le néo-Varois assume également de «manger du porc» et se dit fier qu’on chante Le Connemara, non seulement dans les fêtes de famille mais aussi «à HEC, dans les ferias, ou même au stade d’Eindhoven» aux Pays-Bas (les supporters du PSV diffusent régulièrement cette chanson, NDLR).
Celui qui a été «traité de facho toute sa vie», parce qu’il était «le seul chanteur de droite alors que tous les autres étaient de gauche» est habitué à être mis à l’écart par le milieu culturel. «Au cours de ma carrière, j’ai dû passer cinq fois maximum sur France Inter», plaisante-t-il. Mais, désabusé, Michel Sardou qui a connu tous les affres de la célébrité, laisse désormais parler ses contempteurs. Il se moque de ce que l’on pense de lui, et bien que Jack Lang prétende qu’il fait partie du patrimoine français, lui n’y croit pas. «Les chanteurs passent très vite», pense-t-il, défaitiste. «On se souvient de quelques titres et puis c’est tout.» «Regardez Maurice Chevalier : c’était le plus grand chanteur français, qui s’en souvient aujourd’hui ?»
Source: Le Figaro · Solène Vary
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