"Contre la vie chère et l’austérité". Affiché sur de nombreuses banderoles et pancartes, le sujet était au cœur des revendications des manifestants en France samedi 17 octobre et le sera de nouveau samedi prochain. Sur fond de flambée des prix des carburants et de l'alimentation, le thème s'impose de plus en plus dans le débat, en particulier à l'approche de l'élection présidentielle.

Mais ce décrochage du niveau de vie ressenti par de nombreux Français se confirme-t-il dans les chiffres ? Qui sont les Français les plus concernés ? France 24 fait le point sur cette "hausse du coût de la vie".

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Une poussée de l'inflation depuis dix ans

L’inflation, c’est-à-dire l’augmentation générale et durable des prix, est au cœur des inquiétudes et de la colère liées au coût de la vie. Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, en 2017, les prix ont augmenté de 23,4 %. Cette hausse a été continue, avec plusieurs pics, notamment en 2018, lorsque la flambée des prix des carburants a contribué au déclenchement du mouvement des Gilets jaunes, puis entre 2021 et 2023, sous l’effet des conséquences de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine.

Depuis une dizaine d'années, les prix dans de nombreux secteurs ont fortement augmenté, notamment dans ceux de l'énergie (+60 %), de l'alimentation (+35 %) et des services (+20 %). 

Évolution des prix entre 2015 et 2026.
Évolution des prix entre 2015 et 2026 © Studio graphique France Médias Monde

Et depuis mars, la France connaît une nouvelle poussée de l'inflation. La guerre au Moyen-Orient a entraîné une envolée des prix à la pompe, des factures de gaz et d'électricité. Les canicules et la sécheresse de l'été dernier ont également renchéri de nombreux produits. En septembre, l'inflation sur un an atteignait 3,1 %.

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Des salaires qui stagnent

Le problème, c'est que dans un tel contexte de hausse des prix, les salaires ont du mal à suivre. Selon l'Insee, depuis 2017, l'augmentation du salaire médian (+ 22,8 %)  [le niveau de revenu qui sépare la population salariée en deux groupes de taille égale] a peu à peu été gommée par l'inflation (+23,4 %). 

Les salaires réels, c'est-à-dire les salaires ajustés après avoir pris en compte l'inflation, se sont mis à stagner. Et c'est inédit : génération après génération, la hausse était devenue la norme. En France, ils ont augmenté de 1,5 % par an dans les années 1980, de 2,2 % dans les années 1990, de 1,6 % dans les années 2000, de 1,2 % dans les années 2010, selon l'Insee.

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Et au-delà des statistiques générales, la situation fluctue beaucoup en fonction des secteurs d'activité. Dans le privé, certaines professions ont vu leur situation s'améliorer, notait l'Insee en juillet. C'est le cas, par exemple, des professionnels de la santé qui ont bénéficié des mesures du Ségur de la santé en 2020. À l'inverse, la situation des cadres et des professions intermédiaires s'est dégradée.

Pour ce qui est de la fonction publique, la situation est elle aussi critique. Depuis trois ans, le gouvernement gèle le point d'indice salarial, l’une des composantes clés du calcul du salaire d’un fonctionnaire. Celui-ci n’a augmenté que de 5,7 % depuis début 2017, bien en deçà de l’inflation. Ces évolutions disparates contribuent à nourrir un sentiment de déclassement d'une partie de la population. 

Quel pouvoir d'achat ?

Mais entre l'inflation et des salaires qui stagnent, le niveau de vie des Français a-t-il globalement bel et bien baissé ? Pour répondre à cette question, l'Insee compare traditionnellement l'évolution des revenus des ménages et l'évolution des prix de la consommation pour déterminer le pouvoir d'achat global.

Et contrairement à une idée souvent véhiculée, le pouvoir d’achat des Français a augmenté ces dernières années malgré l'accumulation des crises. Il a "augmenté plus fortement en France que dans la plupart des autres pays de la zone euro depuis 2019 et a notamment bien résisté en 2022-2023 au moment du choc inflationniste", explique Pauline Meinzel, cheffe de la division Comptes trimestriels à l'Insee.

Il est resté stable dans la première partie de la présidence d’Emmanuel Macron, puis a augmenté jusqu'à fin 2023, précise la spécialiste. Pendant cette période, le gouvernement a pris plusieurs mesures sociales phares pour aider les ménages : il a supprimé la taxe d'habitation, revalorisé la prime d'activité, ou encore partiellement défiscalisé les heures supplémentaires.

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Mais depuis le milieu de l'année 2024, la progression du pouvoir d’achat ralentit en raison, d'une part, du retour de l’inflation, mais aussi de l’arrêt des politiques sociales les plus ambitieuses, Alors que la France est empêtrée dans une crise de la dette, cette dynamique devrait se poursuivre en 2026, selon les projections de l’Insee.

Selon les spécialistes de l'institut, cela peut suffire à donner l'impression d'un décrochage. "Les enquêtes d'opinion mettent depuis longtemps en évidence un décalage entre l'évolution mesurée du pouvoir d'achat et la perception qu'en ont les ménages", notent Cédric Roger-Peyrard, adjoint au chef de la Division Prix à la consommation et Aurélien Daubaire, chef du Département Prix à la consommation et enquêtes ménages. "Une progression plus faible du pouvoir d'achat est naturellement plus difficile à percevoir."

Disparités des situations

"Mais surtout, les données sur le pouvoir d'achat mettent en avant des logiques globales. Elles ne rendent pas compte de la disparité des situations", déplore Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités. "La hausse des prix affecte très différemment les Français selon leur âge, leur niveau de vie, leur métier ou encore leur lieu de vie."

"Il y a un décalage entre les données globales et les vécus", insiste-t-il. "Étant donné que cette poussée inflationniste touche fortement le secteur de l'énergie, une infirmière à domicile en milieu rural, qui a impérativement besoin de sa voiture, sera plus touchée qu'un citadin qui travaille dans un bureau et se déplace en transports en commun", illustre-t-il. "De la même façon, un étudiant qui vit dans une passoire thermique sera davantage touché en plein hiver, quand il faudra allumer le chauffage, qu'une personne de classe moyenne dans un logement bien isolé"...

Pour certains, ces dépenses viennent prendre une place de plus en plus importante dans le budget quotidien. Sauf que celles-ci s'ajoutent à l'ensemble des dépenses "contraintes" : le logement, l’assurance, les abonnements de téléphonie et autres factures d’énergie… "Dans les cas les plus graves, les salaires ne suffisent plus à couvrir les besoins", note Louis Maurin. "Et pour les autres, ça donne l'impression d'avoir moins de marge de manœuvre et de devoir se restreindre sur ses loisirs, par exemple".

Pauvreté et inégalités

"Les revenus modestes restent donc les plus touchés", insiste le directeur de l'Observatoire des inégalités. "Dans ce contexte, une part croissante d'entre eux s'éloigne du niveau de vie des classes moyennes et la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté continue d'augmenter." En 2024, selon l'Insee, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France, contre 8,5 millions en 2016.

Le taux de pauvreté reparti à la hausse.
Le taux de pauvreté reparti à la hausse © Studio graphique FMM

De quoi aussi alimenter une France à deux vitesses. Les inégalités atteignent un "niveau historiquement élevé", notait l’Insee en juillet, les 20 % de ménages les plus aisés captant aujourd’hui "38,8 % de la masse totale des niveaux de vie", notamment grâce à leur patrimoine immobilier et financier.

Gel des allocations familiales, non-revalorisation des aides personnelles au logement, gel du point d’indice pour les salaires de la fonction publique… Les propositions égrenées par Sébastien Lecornu pour le budget 2027 sont loin de rassurer et donnent des raisons de plus à certains de manifester.

Source: France 24 · Cyrielle CABOT

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