Le journal Novaïa Gazeta a annoncé ce vendredi 30 octobre sa fermeture. Ce bastion de la presse indépendante depuis 30 ans en Russie, qui enquêtait sur la corruption, les violences du pouvoir et les violations des droits humains, abandonne face à la pression des autorités russes. La rédaction du journal était harcelée par le pouvoir depuis plusieurs mois. 

Publié le : 30/10/2026 - 11:43

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Le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Sergueï Sokolov, a annoncé dans une vidéo sur YouTube la mort de son journal : « Pardonnez-moi, je suis très ému. Ce que je vais vous raconter est, pour moi, une histoire profondément personnelle et dramatique. Novaïa Gazeta a été tuée. Novaïa Gazeta cesse d'exister. Le 9 novembre, nous éteindrons les lumières de notre maison — où nous avons vécu pendant 30 ans —, nous couperons les serveurs et nous partirons. Le journal n'existe plus. Les autorités russes, les services spéciaux russes, ont contraint la rédaction à mettre fin à ses activités. »

Plus de locaux, plus de financements

C'est donc le 9 novembre que le journal mettra la clé sous la porte. Dans un communiqué, la rédaction affirme avoir reçu un avis d'expulsion lui ordonnant de quitter ses locaux historiques à Moscou. Plus de bureaux et plus d'argent non plus puisque le système qui lui permettait de recevoir des dons a été bloqué. « Trente ans d'une vie partagée avec le pays et ses citoyens vont se terminer, nous laissant à la rue, sans moyens d'existence, sous la menace constante des répressions », déplore la rédaction.

Le rédacteur en chef Sergueï Sokolov a, lui, accusé le Kremlin d'avoir « anéanti » les droits humains en Russie, dont la défense est « désormais assimilée à un crime ». « Les élections et les instances élues ont été, de facto, supprimées. Les institutions de la société civile ont été démantelées », énumère-t-il.

Un niveau de censure stricte depuis 2022

Novaïa Gazeta est depuis longtemps dans le collimateur de Vladimir Poutine, particulièrement depuis le début de la guerre en Ukraine. En mars 2022, le journal qui sortait en kiosque trois fois par semaine a préféré arrêter toute publication temporairement. Certains journalistes s'étaient exilés en Europe et avaient lancé un nouveau média depuis l'étranger, Novaïa Gazeta Europe, déclaré « organisation indésirable » et interdit en Russie. Mais l'équipe restée à Moscou continuait à publier sous d'autres formats : sur Internet mais aussi avec une version papier tirée à moins de 1 000 exemplaires, ce qui lui évitait de devoir s’enregistrer en tant que média.

Mais la répression s'est accélérée ces derniers mois. La rédaction avait été perquisitionnée et un journaliste arrêté en avril. En septembre, le journal est placé sur la liste des « agents de l'étranger ». Le 15 octobre, le rédacteur en chef Sergueï Sokolov est arrêté, son domicile fouillé par la police, dans le cadre d'une affaire pénale visant l'un de ses collègues, Oleg Roldouguine, arrêté en avril et assigné à résidence dans l'attente d'un procès.

Plus de trente ans de résistance

Novaïa Gazeta était synonyme d'espoir et de résistance en Russie. Créé en 1993 avec le soutien du dernier dirigeant soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, le journal s'est penché en Russie sur tous les thèmes délicats : les crimes de l'armée russe, la corruption des élites, le groupe Wagner, ou encore la répression des homosexuels en Tchétchénie. Le journal avait payé cet engagement au prix fort : six de ses journalistes ou contributeurs ont été tués depuis sa création, notamment Anna Politkovskaïa, qui documentait les crimes de guerre en Tchétchénie et dont le journal a récemment commémoré les 20 ans de son assassinat par balles à Moscou.

Sergueï Sokolov a annoncé qu'un « dernier numéro » du journal Novaïa Gazeta paraîtra avant son extinction.

Source: RFI

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