Le vainqueur de la Route du Rhum, très ému, avait du mal à réaliser la portée de sa performance sur le ponton d’arrivée à Pointe-à-Pitre.

Tom, que se passe-t-il dans votre tête après cette incroyable victoire ?

Tom Laperche : C’est un rêve d’enfant qui a grandi à l’âge de six-huit ans à la Trinité-sur-Mer et qui a rêvé un jour de naviguer sur ces grands bateaux. J’ai toujours vu des images incroyables d’arrivées ici, de grands champions depuis des décennies. C’était mon rêve de réussir à courir la classe reine des multicoques, et de jouer la victoire. Je suis impressionné par l’accueil et le bruit que le public a fait, ça me touche énormément. Je savais que ça ne serait pas facile. On ne gagne pas la Route du Rhum avec les mains dans les poches. J’ai adoré. J’ai retrouvé tout ce que je voulais trouver : la pleine vitesse, la sensation où tout se déroule de manière assez fluide et un état de grâce.

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C’est une victoire obtenue avec un bateau qui arrive à maturité aussi… 

L’équipe a fait un travail extraordinaire. Ils ont énormément travaillé pendant des années pour que ce trimaran, ça va être sa cinquième année, soit à son meilleur niveau. On voit qu’aujourd’hui, on a énormément progressé. J’étais tout seul en mer, mais je peux vous dire qu’à terre, ils ont fait un boulot extraordinaire. Ils m’ont fait confiance il y a quatre, cinq ans alors que je n’avais pas encore ces résultats. C’est une super belle entreprise (SVR Lazartigue) et je suis très fier d’avoir partagé et d’avoir travaillé avec eux. Ça promet encore de très belles choses.

Quelles ont été les conditions météo de cette traversée ? 

Ce fut une météo particulière. Il n’y a pas eu ce vent des alizés qui arrive de l’est sur les Antilles et du coup on a dû prendre des routes assez au nord. J’en ai discuté avec Charles Caudrelier qui disait que ce n’était pas une météo facile. Il a fallu faire beaucoup d’ajustements et les manœuvres ont été très longues. J’ai dépensé beaucoup d’énergie et je me suis remobilisé en permanence mais j’ai adoré dans cette difficulté. Je prenais un plaisir énorme de dépassement de soi, à repousser des limites qu’on ne soupçonne pas et à chaque fois être heureux d’avoir gravi chaque petit palier.

Le tournant c’est le chavirage d’Armel Le Cléac’h

Tom Laperche

À quel moment s’est jouée la course selon vous ? 

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Le gros tournant, c’est quand on s’est retrouvé assez proche avec Armel Le Cléac’h et Banque Populaire et qu’ils ont chaviré (le 4 novembre, NDLR). Je peux vous dire que quand on apprend ça seul au milieu de l’océan, c’est une sacrée émotion. Ça glace le sang. Je ne savais plus trop quoi faire et j’étais vraiment fébrile avant de repartir. J’ai une grosse pensée pour eux. C’est sûr qu’in fine, à un moment donné, par rapport au score, ça change un tout petit peu le rythme des heures qui suivent l’événement. Ces bateaux sont exceptionnels, mais on est toujours sur un fil, ce qui fait qu’on vit des émotions folles. En fait, ce n’est presque pas descriptible verbalement. On est tout le temps à fleur de peau. Chaque chose qui nous arrive, c’est un engagement total, mais qu’on ne retrouve nulle part ailleurs non plus.

Quand vous étiez enfants, vous aviez rencontré Laurent Bourgnon, le double vainqueur de l’épreuve, pour lui faire part de votre intention de faire cette course, racontez-nous… 

Je voulais faire la Route du Rhum. Laurent Bourgnon, il avait du mal à me convaincre que ce n’était pas possible puisqu’il l’avait fait en petit catamaran de sport quelques années avant (à 20 ans en hobie cat, NDLR). Après, il a eu les résultats qu’on connaît avec les victoires ici. Ça a été pour moi une référence dans le pilotage et dans la mise au point de ces bateaux de course.

Vous avez fait une transat avec votre père à 14 ans. Est-ce à ce moment-là que vous avez attrapé le virus de la course au large ? 

Oui, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont mené naviguer en croisière, un papa qui a fait la Route du Rhum, qui est arrivé ici en 2010. Pour le coup, c’était une belle expérience de ramener le bateau et de passer des nuits et des jours en mer. Ce qu’on a rarement l’occasion de faire et qui permet de voir si, déjà, si tu es bien et si tu aimes ça. Parce que finalement, tu es loin de tout dans un petit environnement et il faut aimer se retrouver avec la nature, d’être à l’écoute d’une machine et à l’écoute des éléments pour passer la meilleure route. Après, tu rajoutes la compétition qui fait que ça devient vraiment extraordinaire.

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L’hommage à François Gabart

Vous êtes entré au sein de l'écurie de course au large MerConcept comme stagiaire en 2019, pris sous l’aile de François Gabard. Que de chemin parcouru en si peu de temps… 

J’ai fait un stage chez MerConcept aux côtés de François Gabart en 2019 et ce magnifique trimaran SVR Lazartigue était encore en phase de construction et de fin de conception. Je ne savais pas à quoi ça mènerait mais je me suis très bien entendu avec François et on a pu courir en double. Je crois que je ne le remercierai jamais assez pour cette opportunité et surtout pour avoir cru en moi. Il était convaincu que j’étais capable de mener ces grands bateaux avant que moi-même j’y croie et que j’obtienne cette confiance en moi. Il avait perçu ça. Un grand merci à lui. Je remercie aussi Pascal Bidégorry et Franck Cammas. Franck était encore avec nous au routage pendant ces six jours de course non-stop. Ça me serre la gorge parce qu’ils m’ont tous donné tout ce qu’ils pouvaient pour que je sois au meilleur niveau.

Un truc que je n’ai pas réussi à faire c’est un tour du monde

Tom Laperche

Maintenant que vous avez gagné la Route du Rhum, de quoi rêvez-vous ? 

Gagner une deuxième fois ! Non, on a un sport, la voile, la course au large, qui évolue énormément et il y a encore plein de beaux défis. Un truc que je n’ai pas réussi à faire, c’est le tour du monde sur ces bateaux-là et ça reste important dans les choses que j’ai envie de faire.

Dans quel état est le bateau à l’issue de cette course ? 

On arrive avec un bateau qui est au 100 % de son potentiel. Il n’a pas eu d’avarie. Je suis content parce que c’est vite fait de faire une erreur et de casser du matériel. On va faire plein de contrôles. Ce sont des bateaux complexes, il y a plein de choses à vérifier, mais je crois qu’il est en très bon état.

Quel lien vous unit à ce bateau désormais ?

C’est vrai qu’à un moment donné, tu lui parles et il y avait aussi cette musique «Vole, vole» (un morceau que lui a envoyé un compositeur et qu’il n’a cessé d’écouter durant la course, NDLR). J’avais envie que ce bateau vole, qu’il soit stable et qu’il aille le plus vite possible. Il y a des moments, il ne demandait que ça et ça fait plaisir d’essayer d’être au même niveau que lui.

De Mike Birch à Tom Laperche, les marins qui ont écrit la légende de la Route du rhum depuis 1978

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Source: Le Figaro · Gilles Festor

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