À bord du Maxi Edmond de Rothschild, Charles Caudrelier a une ambition claire : naviguer aussi vite qu'il y a quatre ans et accoster le premier en Guadeloupe. Le skipper participe à sa seconde Route du Rhum, après avoir remporté la première en 2022. Dimanche 1er novembre, il partira avec l'envie d'aller égaler le seul skipper à avoir gagné deux fois le Rhum en 1994 et 1998, son idole Laurent Bourgnon.
Outre-mer La1ère : Quel est votre premier souvenir de la Route du Rhum ?
Charles Caudrelier : J’ai toujours entendu parler de la Route du Rhum. Je me rappelle très bien de celle de Florence Arthaud, mais le souvenir marquant et déterminant pour moi en tant que marin c’est le départ de la course que gagne Florence justement, en 1990. Je me souviens de ce passage où Laurent Bourgnon passe en tête le cap Frehel. Il est sur son flotteur en haut à la barre, et je me suis dit : un jour j’ai envie de faire ça. Je m’identifiais à lui, il me faisait rêver. C’est ce souvenir-là qui est ancré en moi et qui a déterminé beaucoup l’évolution de ma carrière.
J’ai attendu d’avoir presque 50 ans pour ma première Route du Rhum, en 2022. Ça a été une grande frustration pour moi de voir tous les départs de la Route du Rhum depuis le début de ma carrière, surtout depuis que j’ai gagné la solitaire du Figaro.
Mais quelle récompense en 2022, je me retrouve sur la ligne de départ en tant que favori. Sur un bateau qui a tout gagné, et sur un bateau encore plus beau que celui qui me faisait rêver à l’époque de Laurent Bourgnon ou de Florence Arthaud. Un bateau de 32 mètres par 23 mètres, et qui vole. La récompense valait le coup d’attendre.
OM La1ère : Quelle est l'image qui reste gravée de votre victoire en 2022 ?
C.C : L’arrivée ! Ce sont les images qui m’ont inspiré. Je me souviens de l’arrivée de Florence Arthaud, de Laurent Bourgnon… Toutes ces arrivées sont magiques, parce qu’il y a du public, une euphorie. Et en plus quand tu la passes en tête, moi c’était de nuit, ça a été un moment très fort émotionnellement pour moi.
C’est rare que je verse quelques larmes sur un bateau et là pendant tout le chenal personne ne me voyait. J’étais tout seul, mais j’étais plein d’émotions.
OM La1ère : À quoi peut-on comparer la Route du Rhum en termes d'intensité ?
C.C : Aujourd’hui, à la vitesse à laquelle on traverse : 6 jours et demi, pour nous les Ultim c’est presque du sprint. Enfin, c'est du 400 mètres. C’est très intense. Il y a un peu de stratégie mais maintenant on va tellement vite que c’est beaucoup de la vitesse et du placement. Mais tout le monde fait à peu près les mêmes bords.
C’est vraiment une course de vitesse où on s’engage à 100 % et il faut pousser ses limites. Quand on dort on va un peu moins vite que quand on ne dort pas, mais quand on ne dort pas on fait un peu n’importe quoi. Ça s’apparente beaucoup à ce que j’ai fait sur la solitaire du Figaro qui est la course en solitaire la plus dure en termes de sommeil, et de performances. C'était ma première Route du Rhum, ma première course en solitaire sur un gros bateau mais j'ai été très à l'aise tout de suite parce que j'avais cette culture de la solitaire du Figaro qui est la meilleure école de course au large au monde.
OM La1ère : Il y a de nouvelles normes de sécurité, des équipes derrière vous, mais à bord vous êtes tout seul. Est-ce que la notion de danger existe toujours ?
C.C : Le danger est toujours là, on a progressé sur les dangers. Le vrai danger du multicoque c’est qu’il se retourne, contrairement à un monocoque qui va se coucher sur l’eau. On sait très bien que le multicoque on est toujours sur un fil de rasoir. La technologie a apporté un peu de sécurité mais les bateaux sont de plus en plus gros. On va beaucoup plus vite donc quand la sortie de route est là elle est importante.
C’est vrai que quand tu fais du multicoque, tu vis toujours avec cette épée au-dessus de sa tête en se disant : "là, je peux chavirer". Il y a ce stress-là. Maintenant mon stress est plutôt au niveau de la course et des résultats qui me permettent d’oublier le danger.
OM La1ère : Maintenant on dit qu'on vole sur ces bateaux, est-ce que ça a changé votre façon de naviguer ?
C.C : On vole mais c'est toujours l'eau qui nous porte. Avant elle portait nos coques, maintenant elle porte nos foils, nos petites ailes. Ça a changé beaucoup de choses. On a dû apprendre une façon différente de voler, de régler les voiles, de comportements, d’équilibres qui étaient un peu différents.
Mais ce n’est pas parce que nos bateaux sont bourrés de technologie qu’on n’est plus des marins et qu’on n’a pas le sens marin, pas les sensations. Ce que j’ai appris sur mon petit figaro ou mon optimist sans électronique me sert tous les jours pour faire aller plus vite le Maxi Edmond Rothschild.
OM La1ère : Vous détenez le record de la course, en 6 jours et 19 heures. Peut-il être battu ? L'ambition pour vous, c'est de suivre les traces de Laurent Bourgnon, votre idole, et de remporter deux fois d'affilée la course ?
C.C : Mon record peut évidemment être battu. Les bateaux vont un peu plus vite, pas tellement plus vite non plus donc c’est plutôt la météo qui va choisir. On est sur l’ère des bateaux volants, ils ont la capacité de traverser l’Atlantique en 5 jours et demi ou 6 jours et demi. Si la météo est là, le record sera battu. On va certainement pousser les bateaux encore plus que la dernière fois, le plateau va être hyperrelevé, hyperhomogène donc ça va pousser à aller encore plus vite.
Aujourd’hui, jusqu’à l’arrivée je me bats pour gagner cette Route du Rhum. Je suis très concentré sur le développement du bateau, donc ça me permet d'oublier cette pression. J'ai eu la chance déjà de la gagner donc j'ai moins cette quête absolue de ceux qui l'ont tenté. Quand on y a goûté, on a envie de plus ! Ça reste la plus belle course, ce sont mes Jeux Olympiques en solitaire. Je vis, je dors et je mange Route du Rhum comme toute l’équipe jusqu’à l’arrivée.
Par Emma Jaconelli , Eric Cintas
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Source: Franceinfo
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