Vendredi 23 octobre, un suspect identifié par la police comme "Kévin T." est placé en garde à vue pour avoir tué un homme de 26 ans d’origine africaine et blessé sept autres personnes dont une fillette de 12 ans, à Trappes puis à la Verrière, dans les Yvelines. Selon les informations du Monde, le suspect de 39 ans aurait déclaré, lors de son interpellation, avoir pris pour cible des "noirs et des arabes" afin de "venger les commerçants" dont les boutiques ont été pillées le 17 octobre.
Après ces aveux, le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l'appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée".
Lors de la perquisition réalisée au domicile du suspect, un exemplaire de Mein Kampf, un Coran ainsi qu’une Bible auraient été retrouvés. Le suspect, diagnostiqué schizophrène, a vu sa garde à vue suspendue après un examen psychiatrique le samedi 24 octobre, a rapporté l’AFP le 25 octobre au matin.
Les premières intox sur le profil de Kévin T.
Depuis ce drame, les théories sur le profil de l’assaillant ont afflué sur les réseaux sociaux. Les internautes ont mené leur enquête afin d’identifier le suspect, mais ont rapidement fait fausse route.
La photographie d’un homme de 39 ans, prénommé Kévin et dont le nom de famille commence par la lettre T, domicilié à Plaisir dans les Yvelines, est devenue virale. Des internautes ont rendu public ses profils Facebook et LinkedIn ainsi que ses antécédents psychiatriques. Le service de vérification de l’information de Libération, Check News, a prouvé l’absence d’un quelconque lien entre cette personne et le suspect de l’attentat raciste de Trappes.
Un homme "solitaire en recherche de contact"
Dimanche 25 octobre, une nouvelle hypothèse et un nouveau visage circule sur les réseaux sociaux. L’utilisateur @SwordofSalomon, très actif sur X et connu pour tenir des propos pro-israéliens, a dévoilé des images (archivées ici) censées représenter Kévin T., le suspect de l’attaque raciste. La publication cumule plus d’un million de vues.
Le compte affirme que l’homme en question est un "militant pro-palestinien qui a participé à l’événement de l’@AFPSOfficiel organisé à Guyancourt en 2018." L’homme figure sur la photo de groupe d’un événement de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), organisé le 19 février 2018.
Dans son enquête publiée le lundi 26 octobre, le site d’investigation Mediapart cite des proches du suspect qui affirment que ce dernier a participé à "deux actions antipub dans les Yvelines" ainsi qu’à "des soirées d’une association étudiante contre le greenwashing ou en soutien de la Palestine en 2017 et 2018".
Ces images ont suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, notamment chez des internautes proches de l’extrême droite, qui contestent les premiers éléments de l’enquête. Sur son compte X, l’influenceuse d'extrême droite Mila Orriols écrit : "On avait donc raison. Kevin T était un militant d’extrême gauche pro palestinien, schizophrène et drogué."
Interrogée par Les Observateurs, l’AFPS affirme qu’aucun Kévin T. ne figure dans leurs registres. L’association précise tout de même que "les évènements sont ouverts au public", avant d’ajouter qu'elle ne peut donc pas "savoir qui vient ou qui ne vient pas".
Une "proximité militante" avec la gauche ?
La deuxième supposition établie par l’internaute @SwordOfSalomon est la "proximité militante" entre le suspect et Olivier Pareja, ancien adjoint au maire de Guyancourt, dans les Yvelines.
Sollicité par les Observateurs, l’ancien élu de gauche, qui affirme être proche des idées du parti Europe Écologie Les Verts, reconnaît avoir vu l’homme sur les photos "quelques fois à l’occasion d’actions militantes", en précisant qu’il s’appelle Kévin, avec un nom de famille commençant par un T. La photo ci-dessous montre toujours le même homme, désigné comme le suspect de la fusillade, aux côtés d’Olivier Pareja lors d’une opération anti-pub en février 2018, comme l’a souligné Mediapart.
Olivier Pareja confirme que cet homme, présent sur les photographies, se nomme bien Kévin T. S’il défend le connaître personnellement, l’ancien élu de gauche affirme que cette personne "était quelqu’un de solitaire, qui cherchait des contacts". Sans affirmer qu’il s’agit du suspect, l’ancien adjoint au maire raconte avoir "eu vent qu’il s’était mis en tête des idées fascistes, racistes et d’extrême droite."
L’IA utilisée pour mettre un visage sur le suspect
Ces photographies ont rapidement été réutilisées par des internautes afin de modifier l’image authentique du suspect, prise le jour de son arrestation et relayée par BFMTV. Sur celle-ci, on voit Kévin T., le visage flouté, entouré par des policiers et adossé contre une voiture.
Grâce à l’intelligence artificielle, des internautes ont regroupé les deux images, remplaçant le floutage par le visage de l’homme présent sur les photos de 2018 (résultat ci-dessous).
La rédaction des Observateurs a vérifié cette image avec SynthID, l’outil de détection développé par Google. Des traces de modification ou de génération par un outil de Google AI (voir leur détecteur) ont été détectées dans le visuel (pour plus d’explications, lire notre article sur le sujet).
Un homme converti à l’Islam, une piste suivie par l’extrême-droite
À ce stade de l’enquête, le Parquet national antiterroriste a retenu les motivations racistes de l’attaque. Selon Le Monde, les membres de la famille de Kévin T. le décrivent comme étant "raciste". D’autres proches du suspect, interrogés par Mediapart, ajoutent que "Kevin écoute beaucoup trop les chaînes d’info. Il relie tout à l’immigration."
Certains comptes favorables à l’extrême droite réfutent cette affirmation et proposent un nouveau profil censé correspondre aux caractéristiques physiques du suspect Kévin T. Ils publient des captures d'écran d’un profil Facebook d’un homme converti à l’Islam et s’étant inscrit sur un groupe de rencontre entre personnes musulmanes.
Contacté par les Observateurs, l’homme en question nous a répondu n’avoir aucun lien avec le tueur. “Ce sont des personnes (encore bienveillantes) qui m'ont alerté que certaines personnes malveillantes des réseaux sociaux auraient utilisé ma photo de ma description que j’avais posté dans un groupe Facebook (...) ils l'auraient utilisé pour porter atteinte à mon image, à ma réputation et me lier de façon totalement erronée au terroriste d'extrême droite de Trappes", nous assure t-il dans un message daté du lundi 26 octobre.
Source: France 24 · Les Observateurs, Jade Lucas
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