Les quatre tableaux révélés par le chef d’orchestre Federico Maria Sardelli ont été dévoilés au public début octobre au musée Médicis de Florence. Musée Médicis de Florence

Jusqu’à présent seuls trois tableaux représentant le virtuose du XVIIIe siècle étaient connus des experts. La découverte par Federico Maria Sardelli, musicien italien de renom, de quatre nouvelles peintures apporte des précisions inédites sur l’auteur de La Stravaganza.

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Si tout le monde connaît les quatre saisons de Vivaldi, beaucoup moins visualisent l’artiste à l’origine de ce concerto baroque. Il est désormais possible de le (re)découvrir au travers de quatre portraits inédits exposés jusqu’au 31 octobre au musée Médicis à Florence.

Une découverte rendue possible grâce au travail d’enquête du virtuose italien Federico Maria Sardelli. Passionné par l’œuvre d’Antonio Vivaldi (1678-1741), le chef d’orchestre est déjà l’auteur de deux livres sur le prêtre roux, dont L’Affaire Vivaldi qui retrace la découverte en 1926 de deux manuscrits écrits par le compositeur.

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L’histoire des quatre tableaux commence lorsqu’un luthier et collectionneur italien se rapproche de Federico Maria Sardelli pour lui présenter une huile sur toile. Peinte dans un style rococo, l’œuvre représente un homme dans une chemise déboutonnée, les joues rondes avec front bombé orné de sourcils arqués et le nez bien dessiné. Des caractéristiques ressemblant en tous points aux précédents portraits déjà connus de Vivaldi. La toile, signée du peintre Vénitien du XVIIIe siècle : Giuseppe Nogari(1699-1763), était accompagnée d’un certificat de 1982. Sur celui-ci était indiqué sa vente par un luthier italien du XXe siècle, Leandro Bisiach (1864-1946), à une famille de la noblesse italienne, les Durazzo-Da Passano.

La réalisation de cette toile est attribuée au peintre Vénitien du XVIIIe siècle Giuseppe Nogari (1699-1763). Musée Médicis de Florence

Mais lors d’une conférence de presse donnée le 3 octobre au musée Médicis de Florence, Federico Maria Sardelli a expliqué avoir eu des doutes sur l’authenticité de la toile. « D’un point de vue historique, tout concordait », a-t-il affirmé, mais quelques « dissonances stylistiques » persistaient. Le dessin ne « semblait pas être de la main de ce peintre vénitien du début du XVIIIe siècle ». En effet, le tableau représente le compositeur né en 1678, la trentaine passée. L’œuvre doit donc avoir été réalisée au début du XVIIIe siècle. Or, Giuseppe Nogari est né en 1699 et il n’a commencé à peindre qu’à partir du milieu des années 1720.

Sceptique, le musicologue et créateur de l’ensemble baroque Modo Antiquo entreprit de poursuivre ses recherches sur le peintre. L’enquête révéla l’existence d’une seconde toile, en tout point équivalente à la première, mais d’une facture supérieure. Le tableau, appartenant au chef d’orchestre Francesco Molinari Pradelli, se trouve finalement être l’œuvre originale. Le concertiste pensait posséder une œuvre cataloguée comme un « simple » Portrait de musicien, sans avoir connaissance de sa véritable valeur. En comparant les deux peintures, il fut établi que la première était une copie d’époque du Portrait de musicien de Pradelli, réalisée « par une main moins habile ». Le virtuose du XVIIIe siècle est représenté avec « des cheveux blond-roux, des yeux clairs gris-vert et un sourire plein d’esprit ». Il s’agit de l’image la plus réaliste et la plus vivante de toutes celles déjà connues du « prêtre roux », atteste Federico Maria Sardelli.

Portrait de musicien est dans les collections privées du chef d’orchestre italien Francesco Molinari Pradelli. Musée Médicis de Florence

Les plus étonnantes révélations arrivent ensuite avec la mise au jour de deux nouveaux portraits. Les deux représentent le violoniste, dans la même position avec le col ouvert et son instrument à la main. Mais cette fois-ci, il est accompagné d’une seconde personne, rapidement identifié comme étant Giovanni Battista Piazzetta (1683-1754), un peintre vénitien de renom connu durant la même période de Vivaldi. Le premier, nommé Allégorie de la musique, a fait sa réapparition lors d’une vente aux enchères de la Maison Cambi en 2020, à Gênes. Signé de la main de Domenico Fedeli (1713-1794), dit Maggiotto, disciple de Giovanni Battista Piazzetta, le portrait est daté de 1710. La dernière peinture, intitulée Couple de jeunes gens est également attribué à Maggiotto. C’est une réplique en noir et blanc de l’œuvre originale.

Allégorie de la musique (à gauche) a été retrouvé lors d’une vente aux enchères organisée à Gênes. Couple de jeunes gens était répertoriée dans la photothèque d’un historien d’art italien, Federico Zeri. Musée Médicis de Florence

Pour Federico Maria Sardelli, ces quatre tableaux suggèrent une hypothèse : Antonio Vivaldi aurait posé devant un miroir avec le peintre Giovanni Battista Piazzetta, ce qui explique que le musicien tienne son violon de la main droite. Le double portrait aurait été réalisé au début du XVIIIe siècle. Maggiotto aurait effectué des copies du tableau. Et les œuvres de Giuseppe Nogari seraient une version simplifiée de l’originale commandée par Vivaldi lui-même au peintre italien. Ainsi les quatre portraits émaneraient tous d’un seul et même portrait. Cette théorie pourrait également résoudre une énigme chronologique car Maggiotto et Nogari étaient trop jeunes pour avoir peint Antonio Vivaldi alors qu’il n’avait que trente ans.

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Ces découvertes soulignent trois points. Elles élargissent le petit corpus de répliques déjà connues du compositeur et confirment les traits de son visage. Jusqu’à présent seuls trois portraits d’Antonio Vivaldi étaient connus : un tableau conservé au musée de la Musique de Bologne, la gravure de François Morellon La Cave, et la célèbre caricature réalisée par Pier Leone Ghezzi. Enfin elles révèlent l’existence d’une relation personnelle jusqu’alors inconnue, d’Antonio Vivaldi avec Giovanni Battista Piazzetta, soit l’un des peintres vénitiens les plus importants du début du XVIIIe siècle. Ce qui fait de ces quatre nouvelles œuvres, de précieux témoignages sur le compositeur et son époque.

Quatre portraits inédits d’Antonio Vivaldi révèlent des informations inédites sur le compositeur

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Source: Le Figaro · Maureen Fournier

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