Un porte-avions nucléaire en opération, 2 000 personnes enfermées en mer : un cadre idéal pour un thriller au casting cinq étoiles.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 23/10/2026 14:49
Temps de lecture : 10min
Le Charles de Gaulle, fleuron de la marine militaire française, doit affronter des groupes hostiles non identifiés dans le canal de Suez. À bord, un nouveau commandant en second est nommé : Héléna Duval, jouée par Elodie Yung. Elle opère aux côtés du commandant Devred, incarné par Jacques Gamblin, quand tout à coup, un marin manque à l'appel à son poste, mettant en danger le Rafale qui approche. Une première disparition inquiétante qui va donner le ton de cette série en forme de thriller, aux images spectaculaires. Le Charles est diffusé à partir du vendredi 23 octobre sur Prime Video. Son créateur, Henri Debeurme, nous a raconté un tournage lui-même sous tension à bord du porte-avions.
Franceinfo Culture : Pourquoi avoir choisi de faire une série à bord du Charles de Gaulle ?
Henri Debeurme : Parce que c'est une arène ultra-cinématographique, exceptionnelle. On s'est dit qu'un porte-avions, c'était génial, parce que c'est un huis clos sans être vraiment un huis clos, puisqu'il est à ciel ouvert et qu'il abrite 2 000 personnes. Cela donne la possibilité de raconter une intrigue très vaste et spectaculaire, tout en conservant la tension et le côté oppressant d'un thriller. Et puis, il y avait aussi le rêve de gosse. J'ai grandi avec Indiana Jones, Top Gun et ce genre de films qui m'ont fait rêver et qui sont sans doute l'une des raisons pour lesquelles je fais ce métier. Quand j'ai vu Top Gun Maverick, ça a ravivé cette envie et je me suis dit : "J'aimerais tellement faire ce genre de choses !"
Le point de départ, c'est donc d'abord le lieu, puis l'intrigue est venue après ?
Oui, le Charles de Gaulle est un univers que l'on peut raconter parce qu'il fait partie de notre patrimoine. Ensuite, il a fallu trouver un point d'entrée pour amener les spectateurs dans cet endroit. Même si le monde militaire fait rêver, il peut aussi sembler opaque. Je voulais que ma fille de 12 ans comme ma mère de 80 ans puissent avoir envie de regarder. Avec Mathilde Arnaud, avec qui j'ai créé la série, nous avons donc imaginé un thriller pour prendre les spectateurs par la main et leur dire : ce n'est pas une série militaire, c'est un thriller dans une arène militaire.
Qu'est-ce que le porte-avions permet de raconter qu'un autre décor ne permettrait pas ?
Il y a d'abord quelque chose de très rare dans la vie actuelle : des personnes qui exercent des métiers très différents et qui vivent ensemble. Sur un porte-avions, il y a des commandants, des ingénieurs atomiciens, des coiffeurs, des cuisiniers, des médecins, des infirmières, des postiers, des mécaniciens, des informaticiens... Un kiné, un chirurgien viscéral, un psychologue, un aumônier qui est à l'écoute des musulmans, des catholiques comme des juifs… C'est vraiment un village flottant. C'est un univers extrêmement riche pour créer des personnages et raconter une sorte de mini-société.
Et il faut que le collectif fonctionne. Si ça ne marche pas, les missions ne marchent pas. Dans une société très fracturée et très polarisée, je trouve intéressant de raconter un endroit où les choses s'organisent. Et puis c'est aussi un endroit dangereux, avec des missions et potentiellement des ennemis. Pour une série ou un film, avoir des antagonistes est évidemment un formidable ingrédient. Enfin, il y a le spectacle. Nous voulions quelque chose de majestueux, où puissent se mêler le spectaculaire et la tension.
Vous avez tourné une partie de la série en mer. Comment cela s'est-il passé ?
C'était exceptionnel, mais aussi assez éprouvant. La série a été tournée à 60-70% dans de vrais décors, principalement à quai. Et nous avons eu l'autorisation de tourner une douzaine de jours en mer, pendant un exercice. Nous ne devions en aucun cas perturber l'activité du navire. Si nous voulions filmer un appontage de Rafale, il fallait être présents au bon moment et être autorisés à nous installer sur le pont d'envol. Ce sont des endroits très dangereux, donc il fallait être extrêmement rigoureux. Quand un Rafale est catapulté à 300 km/h à côté de vous, je peux vous dire que vous ne faites pas le malin ! S'il y a un coup de vent, on peut vite être en danger. Cela a mis tout le monde au diapason, dans une sorte de bulle de justesse.
Il fallait également vivre à bord. Nous dormions dans des couchettes, dans des cabines partagées. J'ai, par exemple, partagé une cabine avec Jacques Gamblin. J'étais comme un gosse. Nous mangions aussi avec les marins dans les carrés, les restaurants du bord. Et il fallait constamment s'adapter à leur planning, qui pouvait changer en fonction des conditions météorologiques ou de contraintes matérielles et logistiques. Nous devions être extrêmement souples.
Vous avez eu peur pendant le tournage ?
Tout le temps ! C'était un tournage pendant lequel j'ai dû perdre dix kilos. Ma grande peur, c'était justement que le décor soit tellement époustouflant que l'intrigue passe au second plan.
Comment avez-vous évité cet écueil ?
C'est la grande force de Julien Despaux, le réalisateur, de ne pas s'être laissé envahir par le côté Top Gun et le spectaculaire. Il a tenu à conserver, même dans les petites séquences anecdotiques, une tension permanente. Pour les marins, un Rafale qui apponte plusieurs fois par jour, c'est presque le métro. Nous, évidemment, nous créons du suspense autour de ces scènes. Julien voulait donc garder ce fil conducteur de tension permanente et éviter de tomber dans quelque chose de trop grandiloquent ou de trop "Top Gun". Mais nous sommes quand même dans un endroit majestueux. Il fallait trouver un équilibre entre le spectaculaire, parce que c'est une série grand public et que nous voulons faire rêver les gens, et le côté haletant et prenant.
Vous avez également parlé d'une forme d'admiration mutuelle entre les marins et l'équipe du tournage.
Oui. Ce sont des métiers de passion. Et peu importe la nature de la passion, il y a déjà un gros point commun. Nous avons découvert à quel point ils étaient efficaces et brillants. Pour qu'un pilote puisse être catapulté, chacun doit parfaitement jouer son rôle. Nous, c'est la même chose. Le stagiaire électricien a un rôle essentiel parce qu'il faut qu'il branche une prise à 500 mètres du décor pour que le comédien puisse être éclairé et jouer sa scène. Nous formons aussi une sorte d'équipage, avec une organisation très hiérarchisée : le chef décorateur a son équipe, la chef costumière a la sienne… C'est finalement assez proche.
Vous avez dû vous adapter en permanence. Vos feuilles de tournage n'ont pas vraiment été respectées, si j'ai bien compris...
Parfois, nous n'en avions même pas. Ce tournage a été tellement improbable dans sa fabrication ! Le calendrier de tournage de la série, nous ne l'avons tenu que le dernier jour. Tous les autres jours, nous avons dû nous adapter et nous réajuster en permanence. Eux aussi ont des feuilles de service extrêmement précises. À 17 heures 12, il y aura tel appontage, à 18 heures 12, tel exercice. Tout est prévu à la minute près, mais évidemment, tout peut tout le temps changer.
Aviez-vous aussi envie de montrer l'armée française sous un autre angle, en vous éloignant du côté strictement militaire ?
Franchement, à la base, non. Pour moi, l'armée, c'était surtout le cinéma : Full Metal Jacket, USS Alabama, Le Chant du loup. Je n'étais pas particulièrement intéressé par cet univers. Mais ce que j'adore dans la fiction, c'est découvrir des univers et apprendre plein de choses. Le projet était donc avant tout de raconter une histoire divertissante dans un lieu original et spectaculaire.
Néanmoins, en côtoyant les marins, j'ai rencontré des gens qui ont des valeurs, qui s'investissent pour leur pays, et dont je respecte et j'admire énormément l'engagement. À bord du porte-avions, je me suis dit que c'était quand même assez incroyable d'être français. Je me souviens d'une discussion avec un marin qui nous avait beaucoup aidés. Je lui disais en quelque sorte : "Vous, vous sauvez le monde, vous risquez votre vie. Vous faites un vrai métier. Nous, on ne fait que du divertissement." Il m'a répondu quelque chose dont je me souviendrai toute ma vie : "Vous aussi, vous sauvez le monde. Vous nous faites rêver." Le but n'était donc pas de faire la promotion de l'armée ou de la Marine. Mais si les spectateurs peuvent découvrir cet univers avec un regard nouveau, pourquoi pas ?
Qu'est-ce qui vous a le plus surpris à bord du porte-avions ?
Le premier sentiment, c'est qu'en arrivant, on a l'impression d'être dans un décor de cinéma. C'était un peu comme lorsque je suis arrivé à New York pour la première fois : on est immédiatement projeté dans un film. Ce qui m'a beaucoup surpris, c'est à la fois le très grand professionnalisme, l'organisation et l'extrême efficacité, mais aussi le calme. Je ne m'attendais pas à découvrir un univers aussi calme, alors même que tout est extrêmement bruyant.
Y a-t-il des choses que vous avez découvertes et que vous avez voulu ajouter au scénario ? Ou, au contraire, des choses trop sensibles que vous n'avez pas pu raconter ?
Nous avons découvert certaines choses pendant l'écriture et l'embarquement que nous avons ensuite intégrées au scénario parce qu'elles nous donnaient des idées. Par exemple, le personnage du maître d'hôtel, que nous trouvions très intéressant, ou celui du commandant adjoint équipage (joué par Patrick Mille), que nous ne connaissions pas et qui nous faisait penser à une sorte de shérif ou de maire de ce village flottant. Ce que nous montrons ne ressemble évidemment pas à la véritable zone nucléaire du porte-avions, et nous n'y avons pas eu accès. Nous avons tout de même fait des choses qui relèvent d'un niveau de fiction assez élevé. Quand on raconte une cyberattaque, par exemple, ce n'est pas forcément quelque chose qu'ils ont envie de voir raconté dans le détail…
Vous n'avez pas craint la réaction des marins lorsqu'ils ont découvert la série ?
Si, j'étais pétrifié lorsque je leur ai montré les deux premiers épisodes. C'est un peu comme si on faisait un biopic sur ma mère et qu'on me montrait le film : il y a de grandes chances que je déteste. C'est à la fois le meilleur public et le pire public. Ils connaissent tout par cœur, donc ils vont voir toutes les ficelles, tout ce qui ne va pas. Et ils peuvent aussi se sentir, sinon trahis, du moins mal à l'aise. Je me prépare donc à ce que certains marins détestent la série, comme à ce que d'autres l'adorent. Je pense malgré tout qu'ils seront globalement assez contents de ce qu'ils vont voir, parce que la série est assez fidèle à l'esprit qui règne à bord. Et puis s'ils sont pris par l'histoire, si le suspense fonctionne, c'est finalement cela qui compte le plus.
On a vraiment l'impression de visiter le Charles de Gaulle avec vous.
Oui, et je trouve que c'est quelque chose que l'on aime beaucoup en tant que spectateur : être une petite souris dans un endroit que l'on ne connaît pas. Dans Succession, on adore être dans les coulisses des grands médias et des milliardaires. Dans The White Lotus, on est une petite souris dans les coulisses d'un hôtel. Dans Urgences, on a l'impression d'être dans la salle avec les médecins. C'est l'une des forces de la fiction : elle permet de découvrir des endroits auxquels on n'aurait jamais accès. Il faut être suffisamment précis pour donner l'impression que l'on est dans quelque chose de réel, mais pas trop précis pour que tout le monde comprenne ce qui se dit. C'est pour cela que nous prenons parfois beaucoup de liberté avec les termes techniques et le vocabulaire. Nous sommes à la fois très précis et pas précis du tout, pour que les gens comprennent. Par exemple, une cabine ne s'appelle pas une cabine, mais un "poste". Sauf que si l'on dit au spectateur : "Vous allez au poste de machin", il ne va pas comprendre. Les marins vont nous dire qu'on ne dit pas "cabine", mais si je dis "poste" à ma grand-mère, elle va penser que je parle de son métier ! Ce sont ces petits équilibres qu'il faut trouver en permanence, dans l'écriture comme dans la mise en scène.
La fin de la saison 1 ouvre clairement la porte à une saison 2. Vous en avez envie ?
J'aimerais bien. Rien n'est fermé. Tout dépendra de l'accueil de la série. Personne n'est fermé à cette possibilité. La saison peut se terminer comme ça, mais elle peut aussi s'ouvrir sur une saison 2. Nous avons plein d'idées. Ce qui est super avec une série, c'est que l'on crée un univers et des personnages auxquels les spectateurs s'attachent. J'espère qu'à la fin de la série, on aura envie de retrouver ces personnages. Il y en a plusieurs que j'ai vraiment envie de retrouver, de continuer à écrire avec mes coauteurs, de leur inventer de nouvelles histoires, sur le porte-avions ou ailleurs. Donc oui, ce n'est pas fermé.
Le Charles, série (6x52 min) créée par Henri Desbaumes et Mathilde Arnaud, avec Alban Lenoir, Elodie Yung, Patrick Mille, Jacques Gamblin… À voir sur Prime Video à partir du 23 octobre 2026.
Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?
Sur le même thème
-
Concurrencée par YouTube, Netflix marque le pas et supprime des postes, mais maintient sa stratégie
-
Au festival Lumière, une série avec Bérénice Bejo rend hommage à Alice Guy, pionnière du cinéma longtemps oubliée
-
audio
"Visionquest" : la bataille des intelligences artificielles
-
audio
Netflix, Greta Gerwig et Meryl Streep accusés de "subvertir les symboles du christianisme" dans la dernière adaptation des "Chroniques de Narnia"
-
La série "Girls" de Lena Dunham va faire son retour sur HBO dans une mini-saison de cinq épisodes
Shorts
-
Un tableau de Claude Monet vendu 50 millions d'euros, un record en France
vidéo 30 secondes -
Dans l'univers de Julien Neel, créateur de la bande dessinée Lou !
vidéo 2 minutes 42 -
Thélyson Orélien : l'IA utilisée dans l'écriture de son roman, selon son éditeur
vidéo 51 secondes -
Le dernier soir de Céline Dion
vidéo 1 minute 43 -
Ariane Ascaride : "Je venge ma mère tous les jours !"
vidéo 1 minute 31 -
"Good night et à bientôt" : Céline Dion dit au revoir à Paris avant son retour en 2027
vidéo 27 secondes -
Vincent Lindon incarne Jean Valjean dans "Les Misérables".
vidéo 1 minute 58 -
Moteur imaginaire : quand l'art contemporain réinterprète le patrimoine industriel de Renault
vidéo 2 minutes 57 -
Un nouvel espoir de retrouver l’avion d’Amelia Earhart, disparu en 1937
vidéo 1 minute 55 -
Elles sont la “Génération Paty”
vidéo 2 minutes 10 -
Ces adolescents ont essayé de vivre sans leur téléphone pour limiter leur temps d'écran
vidéo 2 minutes 48 -
De nouvelles mobilisations pour demander la libération de Christophe Gleizes
vidéo 2 minutes 12 -
Christophe Gleizes "tient bon" pour être "à la hauteur de ses soutiens"
vidéo 1 minute 29 -
Les frises du Parthénon au cœur du conflit entre Athènes et Londres
vidéo 1 minute 37 -
Streetfighter de retour au cinéma
vidéo 56 secondes -
Thélyson Orélien reconnaît des plagiats, mais conteste l'usage de l'IA dans son roman
vidéo 1 minute 19 -
Le documentaire sur Gaza qui secoue Israël
vidéo 1 minute 50 -
Les salariés du jeu vidéo sont en grève, interview avec un employé d'un grand studio français
vidéo 1 minute 40 -
Sandrine Bonnaire : "L'amnésie traumatique, c'est de la survie !"
vidéo 1 minute 27 -
On craque tous pour ces animaux !
vidéo 1 minute 30 -
Un portrait d’Angela Merkel affole Berlin
vidéo 2 minutes 45 -
La vie sous surveillance du réalisateur russe Pavel Talankin
vidéo 2 minutes 29 -
"On veut qu'ils ouvrent et qu'ils en vivent" : un nouveau métier pour accompagner les restaurateurs
vidéo 2 minutes 57 -
Paul Mirabel (comédien, humoriste) : "J'ai pris une des plus grosses humiliations de ma vie devant la classe"
vidéo 1 minute 28 -
Peut-on vraiment détecter des romans écrits par l'IA ?
vidéo 2 minutes 59 -
A 18 ans, il rappe sur le Nord
vidéo 1 minute 39 -
Céline Dion fait une apparition surprise au défilé L'Oréal pour l'ouverture de la Fashion Week
vidéo 1 minute 11 -
Alban Ivanov : "J'ai toujours manqué de mots"
vidéo 1 minute 16 -
Joey Tempest raconte la naissance de The Final Countdown
vidéo 1 minute 59 -
Polémique autour du livre de Thélyson Orélien : peut-on vraiment détecter un texte écrit par une IA ?
vidéo 1 minute 26
Source: Franceinfo · Carine Azzopardi
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira