Il flottait comme un air de défilé de carnaval : de la musique à fond, des chars, des paillettes aux couleurs du Brésil... Plusieurs centaines de militants se sont rassemblés mercredi 21 octobre dans le quartier populaire de Bangu, dans l’ouest de Rio de Janeiro, en soutien à Flavio Bolsonaro.

Au même moment, à une quarantaine de kilomètres de là, au cœur de la favela d’Acari, quelques dizaines de membres du Parti des travailleurs (PT) de Luiz Inacio Lula da Silva ont tenté de mobiliser les troupes en distribuant des tracts aux derniers indécis. Mais à Bangu comme à Acari, l’esprit n’était plus à la fête.

Mobilisation de l'"armée" numérique de Lula

Car depuis l’annonce des résultats extrêmement serrés du premier tour le 4 octobre, la guerre est officiellement déclarée entre les deux candidats. Et c’est loin d’être une expression. Autoproclamé "général en chef du président", le député fédéral du Minas Gerais André Janones, réélu en octobre pour un troisième mandat, a créé "l’armée de Lula", un canal WhatsApp ayant réuni en quelques jours plus de huit millions d'abonnés. Cette chaîne de diffusion a pour objectif de mobiliser les militants et les antibolsonaristes en leur lançant des défis, tour à tour sur les réseaux sociaux ou dans la rue.

Critiquée pour son immobilisme avant le premier tour, la campagne de Lula s’est réveillée grâce à ses soldats numériques. Trop tard ? En réunion avec des parlementaires alliés, le chef de l’État a reconnu : "C’est la campagne la moins organisée à laquelle j’aie participé depuis 1989, et on récolte ce que l’on sème." De son propre aveu, surpris de ne pas être arrivé en tête, Lula a donné les clés de sa campagne à la jeune génération d’élus du PT.

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L’octogénaire a donc commencé récemment à se filmer lui-même en prenant soin d’être toujours accompagné de militants de moins de 30 ans, l’objectif étant de séduire la jeunesse qui n’a pas voté, soit 6,9 millions de Brésiliens. Un nombre largement suffisant d'électeurs pour faire basculer le résultat du second tour.

Pour Josué Medeiros, coordinateur de l’Observatoire politique et électoral (Opel) à l’Université fédérale de Rio de Janeiro, ce réveil digital pourrait faire la différence : "Le nombre d'indécis a augmenté, ils sont de 7 à 14 %, et c’est un bon signe pour celui qui est en deuxième position au premier tour, parce que ce sont des personnes qui doutent et qui pourraient changer leur vote. Cela veut dire que cette mobilisation numérique fonctionne, elle provoque le doute et diminue le sentiment de rejet du président Lula, qui se faisait beaucoup ressentir avant le premier tour."

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Bataille devant les tribunaux

Le camp bolsonariste n’est pas resté les bras croisés, bien au contraire. Face à cette "armée" de Lula, Flavio Bolsonaro a lâché ses "troupes", dirigées par le jeune député fédéral du Minas Gerais Nikolas Ferreira, qui sait activer à la demande ses 25 millions d'abonnés. Leur spécialité ? L’utilisation de contenus générés par intelligence artificielle dénigrant les rassemblements de la gauche.

La bataille numérique a aussi pris la direction des tribunaux. Accusé de favoriser le candidat de droite, le géant américain Meta a été dénoncé par le camp de Lula pour "manipulation algorithmique". Ce dernier a même demandé l'annulation de la candidature de Flavio Bolsonaro au Tribunal supérieur électoral (TSE).

Une manifestation de partisans de Lula devant les locaux de Meta à Sao Paulo, au Brésil, le 19 octobre 2026.
Une manifestation de partisans de Lula devant les locaux de Meta à Sao Paulo, au Brésil, le 19 octobre 2026. Andre Penner, AP

Le sénateur conservateur accuse lui aussi le président sortant d’"abus de pouvoir" pour avoir inondé WhatsApp de contenus vantant le bilan du gouvernement. Sous la pression du Tribunal supérieur électoral, qui menaçait l’entreprise d’une amende d'environ 500 000 réais (près de 90 000 euros) par jour, Meta affirme désormais avoir mis en place des mesures garantissant un traitement égal aux deux candidats.

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Les sondages se resserrent

Arrivé en tête du premier tour avec environ 47 % des voix contre 45 % pour Lula, Flavio Bolsonaro semblait avoir creusé un écart définitif sur Lula. AtlasIntel, un institut de sondage, le créditait le 9 octobre de 52,8 % des votes valides au second tour. Dix jours plus tard, le même institut ne le donnait plus qu’à 51,1 %, contre 48,9 % pour le président sortant. Les autres instituts de sondages (Datafolha, Quaest, CNT/MDA) ne prédisaient plus qu’un à deux points d’écart entre les deux candidats.

Entre-temps, Lula a remporté une victoire de taille au Congrès : le vote de la fin de la semaine de six jours travaillés. L'approbation massive de cette mesure au Sénat (75 voix contre une) a transformé cette réforme du droit du travail en un argument stratégique de l’entre-deux-tours. Au départ opposé à cette mesure, le camp bolsonariste a fini par s'y rallier.

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À gauche, on assure que s’il est élu président, Flavio Bolsonaro, soutien actif du patronat et de l’agrobusiness farouchement opposés à la loi, reviendra dessus. "Il est important de se rappeler que nos adversaires ont décidé hier de voter pour cette mesure. Mais restons vigilants ! Ils l’ont voté par opportunisme électoral", a souligné Lula dans une vidéo publiée sur son compte Instagram.

L'adoption de cette mesure a donné le ton du débat très tendu entre les deux candidats organisé dimanche dernier – alors que Lula avait refusé de débattre avec son adversaire avant le premier tour.

Un débat plus angoissant que convaincant

Pendant deux heures, en direct sur la chaîne Band, les Brésiliens ont pu assister à une bataille frontale. Au menu ? Peu de précisions apportées sur leurs programmes respectifs en matière de sécurité, de santé ou d’économie, mais une avalanche d’invectives et de piques faisant référence aux multiples soupçons de corruption qui entachent les deux camps.

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Si ce rendez-vous télévisé était destiné à convaincre les 33 millions d’abstentionnistes – sur quelque 158 millions d’électeurs – de voter dimanche, "les débats sont de moins en moins regardés par les Brésiliens et n’influencent pas beaucoup les intentions de vote", pointe Joao Ferres, politologue à l’Université de Rio de Janeiro. Selon lui, "cette confrontation a surtout desservi Flavio Bolsonaro, qui s’est montré agressif. L’électorat brésilien n’aime pas ce genre de comportement."

Flavio Bolsonaro (à gauche) et Lula (à droite) se sont affrontés lors d'un débat télévisé le 18 octobre 2026.
Flavio Bolsonaro (à gauche) et Lula (à droite) se sont affrontés lors d'un débat télévisé le 18 octobre 2026. Andre Penner, AP

Une ambiance électrique qui a envoyé le député André Janones en soins intensifs quelques instants après le débat pour une arythmie cardiaque sévère déclenchée par le stress et la fatigue. Et il n’est pas le seul à avoir été remué… Le débat a provoqué chez certains téléspectateurs des sueurs froides, des crises de panique, d’irritabilité ou d’insomnie, analysées en détail par des psychologues sur les réseaux sociaux.

Les Brésiliens suspendus au verdict des urnes

Quelques jours plus tard, Flavio Bolsonaro a fini par accepter le défi lancé par Lula : rendre publics leurs comptes bancaires et leurs conversations téléphoniques.

"Allez voter avant midi le dimanche 25 octobre. Après, on ne s’est pas ce qu’il peut se passer", recommande le compte Instagram "Brasil Fora da Caverna", un média indépendant et progressiste.

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Les partisans de Lula invitent les électeurs à se rendre aux urnes le plus tôt possible. "En cas de problèmes de transport, de changement de bureau de vote, de files d'attente ou de tout autre imprévu, vous aurez encore le temps de trouver une solution et de faire valoir votre droit de vote", expliquent-ils sur Instagram.

Un appel qui traduit la nervosité de la gauche à l’approche d’un scrutin que tout le monde s’attend à voir se jouer dans un mouchoir de poche.

Source: France 24 · Aliénor DE MATOS, Fanny LOTHAIRE

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