Dans la presse espagnole, le romancier s’interroge sur l’identité politique du Rassemblement national, qu’il refuse de classer à l’extrême droite et range parmi les « nationalistes, conservateurs ou très conservateurs ».
Le journaliste ne s’embarrasse pas de manières. « Êtes-vous un facho ? », demande en cours d’entretien El País à Michel Houellebecq, à l’occasion de son passage à Bilbao, dans un festival de littérature et d’humour baptisé Ja !. Le romancier, qui a l’habitude de peser ses mots entre deux silences et onomatopées méditatives, répond : « Eh bien, je ne crois pas ».
Commencé autour de la thématique de l’humour - Houellebecq estime faire plutôt preuve d’« ironie » dans son œuvre -, l’entretien avec le principal quotidien espagnol prend une tournure politique. Interrogé sur son étiquette d’écrivain conservateur, que Houellebecq traîne depuis deux décennies, l’écrivain se montre stoïcien : « C’est assez épuisant de se faire traiter d’écrivain facho, mais on finit par se résigner ».
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Facho, un terme mis « à toutes les sauces »
« Quand j’étais jeune, on traitait déjà n’importe qui de facho, reprend-il. Voyez-vous, le fascisme a existé et, en tant qu’idéologie, il avait des composantes et des caractéristiques très précises (…) et maintenant, on emploie ce mot un peu à toutes les sauces, pour insulter n’importe qui. La même chose s’est produite avec la notion d’extrême droite. Bon, c’est inévitable, et je crois qu’en France c’est intimement lié à la montée du Rassemblement national. Mais je ne crois pas que Marine Le Pen ait hérité des obsessions de son père ». Une référence à l’homophobie ou la contestation de crime contre l’humanité pour lesquelles le dirigeant historique du Front national, décédé en janvier 2025, a été condamné.
À l’échelle européenne, nous sommes face à un mouvement assez généralisé, celui des nationalistes ultraconservateurs
Michel Houellebecq dans «El País»
Pour Michel Houellebecq, Marine Le Pen et son parti n’appartiendraient pas à l’extrême droite, et seraient encore moins « fascistes ». Il les classe parmi les « nationalistes, conservateurs ou très conservateurs ». De là, l’absence d’inquiétude exprimée par l’auteur à l’égard d’une arrivée au pouvoir du RN. « Je ne crois pas que ce serait très différent de ce que fait Giorgia Meloni en Italie », commente-t-il. Une fois au pouvoir, la présidente du Conseil des ministres italien aurait davantage fait preuve de pragmatisme que de conservatisme, brouillant son positionnement politique.
Une Europe qui vire à droite
Au Figaro, le politologue Jean-Yves Camus rappelait qu’il n’existe pas de définition « scientifique » de l’extrême droite. « Que le FN soit né à l’extrême droite ne fait guère de doute. Son évolution le place désormais plus près d’une “droite radicale” selon la terminologie allemande », commentait-il. À savoir, « une droite illibérale qui ne fait pas l’apologie de la violence et peut s’opposer à certains aspects de la démocratie libérale, comme les droits des minorités, mais sans vouloir la supprimer ».
En 2023, alors que le Rassemblement national espérait faire modifier une circulaire du ministère de l’Intérieur, le Conseil d’État a considéré que l’étiquette « extrême droite » pouvait légitimement s’appliquer à ses candidats. Au grand dam du parti à la flamme, qui essaie de se défaire de ce qualificatif.
« À l’échelle européenne, nous sommes face à un mouvement assez généralisé, celui des nationalistes ultraconservateurs. Ce qui fait que, par contrecoup, la gauche devient chaque jour plus agressive, qu’elle a peur et qu’elle finit par classer tout le monde à l’extrême droite », affirme dans El País Michel Houellebecq, que le spectre d’une « guerre civile » dans les sociétés européennes, à ses yeux toujours plus fragmentées, inquiète toujours.
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Nos voisins ne se lassent pas d’interroger l’écrivain français qui, cette année, a publié un disque de chansons et un recueil de poésie. En juin 2025, dans la presse danoise, le septuagénaire prophétisait la mort à venir du christianisme, s’interrogeait sur la réalité de l’existence du « wokisme » et remettait en cause le supposé triomphe de la droite dans le débat d’idées. Un constat avec lequel il ne semble plus s’accorder, si l’on en croit ses propos sur le regain de conservatisme en Europe. Il n’est pas certain, d’ailleurs, que cela lui cause des regrets.
Source: Le Figaro · Benjamin Puech
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