En pleine crise politique en raison du bras de fer sur la composition du Tribunal constitutionnel, le président polonais a mené ce samedi 31 octobre des consultations avec les représentants des partis de la majorité centriste et de l'opposition nationaliste pour trouver une issue à la crise politique et institutionnelle, sans résultats tangibles. Son adversaire frontal, le Premier ministre Donald Tusk, a de son côté dénoncé ceux qui, selon lui, veulent « détruire la démocratie », allusion au président qui bloque la nomination de nouveaux juges constitutionnels, désignés par la majorité centriste.
Publié le : 31/10/2026 - 22:31
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La crise politique en Pologne entre l'exécutif centriste de Donald Tusk et l'opposition qui couve depuis son retour aux affaires en 2023 a pris un tour dramatique vendredi 30 octobre avec l'intervention de la police au Tribunal constitutionnel à Varsovie.
Le président conservateur Karol Nawrocki a mené tout l'après-midi du 31 octobre des entretiens avec plusieurs chefs de partis, de l'opposition comme de la coalition au pouvoir. À l'invitation du chef de l'État au palais présidentiel ont répondu les nationalistes, l'extrême droite et la gauche radicale, ainsi que deux partis de la coalition centriste au pouvoir.
La gauche, membre de la coalition, a indiqué ne pas avoir reçu d'invitation et ne pas être prête à discuter avec le chef de l'État qui, selon elle, est partie prenante du conflit. La Coalition civique (KO) de Donald Tusk ne comptait y envoyer personne, selon les médias polonais.
Jugé trop dépendant du pouvoir politique par l'Union européenne, le Tribunal constitutionnel a été au cœur d'un bras de fer entre Bruxelles et les nationalistes du PiS (Droit et Justice) pendant leurs mandats (2015-2023). Dès 2015, le gouvernement du PiS y avait nommé des juges engagés politiquement, que ni l'UE ni l'actuel chef du gouvernement Donald Tusk (centre-droit) ne reconnaissent.
La Commission européenne a d'ailleurs pris le parti du Premier ministre polonais Donald Tusk ce samedi en appelant le président polonais Karol Nawrocki à valider la nomination de juges pour dénouer une profonde crise politique à Varsovie.
« Il appartient aux autorités polonaises de veiller à ce que le Tribunal constitutionnel puisse fonctionner conformément à la Constitution polonaise et dans le respect de la jurisprudence pertinente de la Cour de justice de l'Union européenne », a déclaré à l'AFP un porte-parole de la Commission européenne dans la soirée.
Le bras de fer se durcit
Depuis son retour au pouvoir en 2023, Donald Tusk, ancien président du Conseil européen, a promis de résoudre la crise. Sans succès jusqu'ici, puisque les nominations de la Diète (chambre basse du Parlement) au Tribunal n'ont pas été entérinées par le chef de l'État, qui y fait obstacle.
À un peu plus d'un an des législatives, les événements se sont brusquement accélérés ce vendredi 30 octobre. La police anti-émeutes a investi le site du tribunal pour en bloquer l'accès, le ministre de la Justice – également procureur général – a demandé la levée de l'immunité de son président nommé par le PiS et une juge nouvellement nommée par la majorité a annoncé assurer l'intérim. Elle s'y trouvait toujours samedi 31 octobre.
« Depuis des années il existe en Pologne des organisations et des responsables politiques qui veulent détruire la démocratie et l'État de droit », s'est justifié Donald Tusk dans une allocution diffusée samedi soir sur son compte X. Le chef du gouvernement n'a pas suggéré de chemin pour sortir du blocage. « Un État démocratique doit être fort », a-t-il dit.
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Le déploiement des forces de l'ordre est survenu alors que Karol Nawrocki se trouvait à bord d'un avion à destination du Sénégal. Il a aussitôt fait demi-tour et s'est rendu au tribunal dans la soirée, y pénétrant par la force malgré l'opposition de certains magistrats.
« Dans un État de droit, un dirigeant politique ne peut pas entrer dans un tribunal pour donner des ordres ou intimider des juges, même s'il est président », a tonné Donald Tusk.
La perspective des élections de 2027
Des sympathisants du PiS manifestent depuis plusieurs semaines devant le Tribunal constitutionnel pour en soutenir les juges. Effectivement, ce 30 octobre, après l'intervention de la police, tous les hauts responsables de l'opposition nationaliste et d'extrême droite se sont rassemblés devant le tribunal.
Pour Ewa Marciniak, politologue à l'Université de Varsovie, la perspective des législatives de novembre 2027 rend la situation particulièrement explosive. « Nous sommes déjà en campagne électorale, donc dans une phase de mobilisation des électorats », a-t-elle déclaré à l'AFP, soulignant le danger d'une « escalade de la situation ».
Quant à la gouvernance du Tribunal constitutionnel, la confusion restait totale ce 31 octobre au terme d'une nuit agitée : une juge nommée par l'actuel gouvernement, Anna Korwin-Piotrowska, a annoncé la suspension de ses fonctions du président controversé du tribunal, Bogdan Swieczkowski, et indiqué assurer l'intérim. Mais Bogdan Swieczkowski a le soutien de l'opposition et du président et affirme de son côté rester en fonction.
La Fondation Helsinki pour les droits de l'homme (HFPC), une ONG de défense des droits de l'homme en Pologne et en Europe centrale et orientale, a estimé que la suspension du président du tribunal n'avait pas de base légale. Pour autant, elle exhorte le président Nawrocki à entériner la nomination des juges nommés par la Diète. Et elle appelle à réformer la cour de sorte « qu'aucun parti politique ne puisse s'accaparer et politiser l'institution ».
Source: RFI · RFI avec AFP
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