Le patron du Tour se félicite d'un tracé riche en pièges, qui pourrait mettre à mal la domination sans partage d'un Tadej Pogacar, triple tenant du titre.

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 22/10/2026 12:16

Temps de lecture : 8min

Le directeur du Tour de France Christian Prudhomme au départ de la 13e étape entre Dole and Belfort, le 17 juillet 2026. (LOIC VENANCE / AFP)
Le directeur du Tour de France Christian Prudhomme au départ de la 13e étape entre Dole and Belfort, le 17 juillet 2026. (LOIC VENANCE / AFP)

Le tracé de la 114e édition du Tour de France a été dévoilé, jeudi 22 octobre. De la Grande-Bretagne jusqu'à Montmartre, les coureurs auront l'occasion de s'écharper sur une multitude de terrains, dont deux contre-la-montre longs et six étapes de montagne. Directeur emblématique de la Grande Boucle depuis 2007, Christian Prudhomme s'épanche sur ses choix pour franceinfo: sport.

Franceinfo: sport : Comment avez-vous imaginé le tracé des trois étapes en Grande-Bretagne ?

Christian Prudhomme : Ce que nous allons chercher en Grande-Bretagne, c'est ce que nous avons trouvé à Londres en 2007 et dans le Yorkshire en 2014, c'est-à-dire des foules impressionnantes, de la ferveur, de l'enthousiasme, de la passion, tout un peuple au bord de la route pour voir passer les champions du Tour de France. Le départ d'Écosse est inédit, mais aussi le plus septentrional de l'histoire du Tour car plus au nord que Copenhague en 2022.

Le parcours du Tour de France 2027, d'Edimbourg à Paris (ASO)
Le parcours du Tour de France 2027, d'Edimbourg à Paris (ASO)

C'est un triptyque de l'Écosse à l'Angleterre jusqu'au pays de Galles avec une première étape qui est faite sans le moindre doute pour les sprinteurs, avec des paysages splendides. La deuxième présente toute une série de côtes à mi-parcours. On aura sûrement une bagarre entre les sprinteurs qui passent les bosses comme Mads Pedersen et les sprinteurs purs. Et puis la troisième étape sera franchement dure, dans le bassin minier gallois, avec une ferveur qui sera hallucinante et un parcours type Liège-Bastogne-Liège.

Londres ne figure pas parmi les villes-étapes, pourquoi ?

La volonté de nos amis britanniques, c'était tout simplement d'accueillir le Tour dans ses versions masculines et féminines. Et ce sera la toute première fois en dehors de la France qu'un même pays accueille le départ des deux épreuves. Il y a un parcours orienté à l'ouest pour le Tour hommes avec Édimbourg, Liverpool et Cardiff, et un parcours plus à l'est pour la version féminine avec les deux villes qui ont déjà accueilli le Grand Départ du Tour : Leeds et le Yorkshire en 2014, et Londres en 2007. La volonté que nous avons avec Marion Rousse est de faire en sorte que le Tour de France femmes suive les pas du grand frère.

On arrive ensuite en France à Cherbourg-en-Cotentin, alors que le peloton aurait pu rouler sur les pavés, certains monts du Nord ou passer par le bocage normand. Pourquoi avoir opté pour Cherbourg ?

Quand on est à Cardiff, le plus logique, est d'aller là au plus près, donc en Normandie. C'est une logique géographique. La première semaine du Tour de France ressemblera dans son esprit à celle de 2025. Les gens qui ne suivent pas vraiment le Tour vont se dire qu'il y aura huit arrivées au sprint, alors qu'en vérité, ce n'est pas du tout ça. Le Cotentin offrira des paysages magnifiques puisqu'on aura de très nombreux kilomètres le long de la mer, mais aussi de nombreuses côtes, avec une bosse à 10 % à 10 km de l'arrivée. Puis une cinquième étape avec une arrivée en montée elle aussi à 5 % pendant 1 500 mètres, avec un circuit final autour de Plumelec pour la fameuse bosse de Cadoudal, où les meilleurs s'affronteront.

Et puis avec l'étape du Creusot, par le fameux signal Duchon, qui avait donné lieu en 2021 à une bataille formidable : une échappée avec Mathieu van der Poel et Wout van Aert, la victoire de Matej Mohoric avec des pentes très raides. Ce sont des sommets de plaine qui sont peut-être moins connus, mais sur lesquels les champions du Tour, les puncheurs, les baroudeurs et les favoris auront tout loisir de s'exprimer.

Il y aura deux contre-la-montre, du côté de Chambord, et puis un peu plus tard à Toulouse. Pourquoi avoir choisi des tracés plutôt plats ? Paul Seixas sera là et aime l'exercice, ça peut aussi l'avantager ?

Deux chronos individuels, ça n'a rien d'exceptionnel. En revanche, la distance, oui : 33 kilomètres d'un côté, 38 de l'autre. 71 kilomètres, ce sera la plus longue distance en contre-la-montre depuis 15 ans. Vous me parlez de Paul Seixas parce que vous êtes Français, les Belges me parleront de Remco Evenepoel. C'est lui le grand maître de l'exercice. Une sorte de rééquilibrage entre ceux qui dominent en montagne et ceux qui peuvent prendre du temps en contre-la-montre, c'est évidemment quelque chose d'important.

Mais on ne travaille jamais pour [favoriser] un coureur en particulier. Pour un type de coureur, en revanche, oui, sans le moindre doute. On l'a fait depuis une demi-douzaine d'années pour les puncheurs, avoir des étapes plus attrayantes, mais aussi parce que c'est très compliqué et dangereux d'arriver en ville avec un peloton lancé à 60 à l'heure. Là, c'est une volonté, oui, de rééquilibrage, de donner aux rouleurs un peu plus de chances. Après, si vous vous dites que c'est un tour anti-Tadej Pogacar, n'oubliez pas que la première fois où il est entré dans un secteur pavé sur le Tour (en 2022), il a étiré tout le peloton et s'est s'échappé. Dans les chemins blancs autour de Troyes (2024), une échappée était devant avec Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel. Les meilleurs sont toujours devant et s'adaptent. Le parcours devient ce que les coureurs en font.

Les deux contre-la-montre sont effectivement plats. Celui des châteaux, splendide de Blois à Chambord en passant par Cheverny, c'est vraiment fait pour un hyper-spécialiste. Le chrono de Toulouse est différent : un aller-retour le long de la Garonne tout à fait plat, mais avec la bosse de Pech David, qui avait fait sensation lors du Tour 2025, 800 mètres à plus de 12 %, le pied à 20 %. Il y aura une foule massive et des favoris qui voudront soit creuser des écarts, soit rattraper du temps.

Le jeune Français Paul Seixas (Decathlon CMA CGM), dans l'exercice du contre-la-montre par équipes, lors de la 1re étape du Tour de France, le 4 juillet 2026 à Barcelone (Espagne). (LOIC VENANCE / AFP)
Le jeune Français Paul Seixas (Decathlon CMA CGM), dans l'exercice du contre-la-montre par équipes, lors de la 1re étape du Tour de France, le 4 juillet 2026 à Barcelone (Espagne). (LOIC VENANCE / AFP)

Il n'y a pas que deux étapes alpestres et deux pyrénéennes, et donc quatre étapes de montagne. Il y en a bien six. 

Christian Prudhomme, directeur du Tour de France

à franceinfo: sport

Parlez-nous des étapes de montagne, alpestres et pyrénéennes...

Les Alpes et les Pyrénées sont incontournables. Il y aura le Jura avec le Grand Colombier, avec une vraie étape de montagne (étape 9). Je ne peux pas vous en vouloir de ne pas la considérer comme une étape de montagne celle allant de Montpellier à Mende (étape 14). Mais il y aura 4 300 mètres de dénivelé. On va aller là où on va très rarement, par les Cévennes, sur les Causses, le somptueux Cirque de Navacelles... Une étape absolument redoutable, avec une ascension nouvelle qui s'appelle la côte de l'Estrade, de près de six kilomètres à plus de 8%, avec le col de la Lusette que le Tour a emprunté une seule fois, en 2020. Le final est à plus de 12%.

Pas de cols inédits dans cette édition du Tour de France ?

Il y a surtout des cols rares. Le col du Portet qui a été introduit en 2018. Ce sera seulement le troisième passage et la première fois qu'il est associé au col du Tourmalet. Ce sera aussi le retour des cols basques, Burdincurutcheta et Bagargui, qu'on n'a pas vus sur le Tour depuis 2003. Dans ce sens-là, il faut même remonter à 1987. Burdincurutcheta, c'est le col dans lequel Bernard Hinault a tout fait péter en 1986. On se disait qu'il allait gagner un sixième Tour de France, mais le lendemain, il a eu une défaillance dans Superbagnères. De son côté, le Grand Colombier est arrivé après plus d'un siècle d'absence. Maintenant, il est là régulièrement, ce sera aussi la troisième arrivée. Le Grand Colombier c'est un dimanche juste avant la journée de repos, donc les favoris du Tour de France pourront tout donner, d'autant qu'il n'y aura pas eu d'autre col avant.

On finira par la butte Montmartre, une nouvelle fois. C'est désormais une tradition bien ancrée sur le Tour ?

La rue Lepic, la butte Montmartre sont ce que le public du Tour en a fait. C'est un succès absolument phénoménal. On a la chair de poule quand on monte. Merci aux Jeux olympiques, sans eux il n'y aurait jamais eu Montmartre sur le parcours. Et puis le final des deux dernières années... Wout Van Aert la première fois, Mathieu Van Der Poel qui garde quelques centimètres pour aller triompher en 2026, les quatre champions du monde ou anciens champions du monde qui sont échappés dans le final… C'était incroyable. Je n'ai pas du tout envie de retirer Montmartre du parcours. Je vous le dis très clairement pour couper court à toute spéculation.

Quelle est l'étape reine de ce tracé ?

C'est assez simple. C'est l'étape qui ira de Pau jusqu'au col du Portet (l'étape 18), qui sera terrible avec 5 400 mètres de dénivelé : le col du Soulor par Ferrières, son côté le plus dur, puis le Tourmalet par Barèges, là aussi très dur, la Hourquette d'Hancizan qui est splendide, et puis les seize kilomètres à 8,7 % de moyenne pour monter jusqu'au sommet du col du Portet. Ce que nous avons décidé avec Thierry Gouvenou, c'est de faire en sorte qu'il y ait, partout pendant trois semaines, des possibilités d'attaque.

Le profil de la 18e étape du Tour de France 2027, dans les Pyrénées entre Pau et Saint-Lary-Soulan (Col du Portet). (ASO)
Le profil de la 18e étape du Tour de France 2027, dans les Pyrénées entre Pau et Saint-Lary-Soulan (Col du Portet). (ASO)

Nous sommes sortis du catenaccio pour employer un terme de football (un style fermé et défensif), qui existait autrefois dans le peloton. Depuis six, sept, huit ans, ça attaque de partout. Ça a commencé en 2019 avec Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot. Aujourd'hui, on a Pogacar, Van der Poel, Van Aert et Evenepoel, pourquoi pas Seixas demain… On se rend compte que, finalement, les étapes de montagne font presque moins de différences parce qu'il y a la possibilité de cadenasser. Ce qu'on cherche nous, c'est que si le favori gagne, pas de problème, mais que ce soit un peu plus rude [pour lui], qu'il y ait davantage de bagarre.

Que souhaitez-vous améliorer dans les années futures ?

Il y a toujours des choses à changer. Après le Tour de France, il y a toujours un autre Tour de France. Ce n'est pas comme les Jeux olympiques qui viennent chez vous et puis il va falloir attendre 40 ans pour que ça revienne. On a des choses dans les cartons pour l'année prochaine et les années suivantes. Face à un champion ultra-dominateur, on essaie de mettre des choses qui pourraient permettre un peu de surprise.

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Source: Franceinfo · Théo Gicquel

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