Écrivain et journaliste, diplômé en géographie et en philosophie, Philippe Vasset s’est montré heureux d’avoir été choisi « pour un livre aussi improbable », dit-il. À 54 ans, il a décroché lundi 2 novembre le prix Médicis 2026 avec Dans les grandes lignes, édité par Flammarion. Son roman raconte avec beaucoup d’audace comment un homme se confie aux tracés des lignes à haute tension pour parcourir la France, en racontant les paysages, les gens et son ressenti.

Publié le : 02/11/2026 - 15:06Modifié le : 02/11/2026 - 15:20

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Comment habiter le monde ? Comment se chercher soi-même ? Philippe Vasset a choisi son camp. Pendant deux ans, il a pris son bâton de pèlerin romanesque pour se lancer dans une randonnée exceptionnelle. Sans carte, il s’est confié aux aléas des lignes à haute tension pour se perdre lui-même et perdre ses repères pour entrer pleinement dans une aventure personnelle, physique et spirituelle.

Dans une interview donnée au journal le Monde, il avait confié : « J’écris des livres pour qu’il m’arrive des choses. » Et c’est aussi l’état dans lequel ses lectrices et lecteurs se retrouveront en parcourant le livre.

« Un livre fascinant, concret, géographique »

Pascale Roze, présidente du jury, a expliqué qu’elle avait choisi un auteur « qui se tient dans les chemins écartés, cette fois sous les grandes lignes, de pylône en pylône. Cela donne un livre fascinant, concret, géographique, scientifique, drôle et poétique ». Dans le livre, les lignes électriques donneront au personnage l’énergie à franchir les obstacles, à continuer vers un avenir incertain, mais désiré. En se confiant à l’incertitude pendant des centaines de kilomètres, il commence à découvrir et à apprécier des contrées invisibles, des paysages inclassables et souvent méprisés par monsieur tout le monde.

Philippe Vasset se décrit volontiers comme passionné de romans policiers, de science-fiction et de littérature d’aventure, citant notamment Jules Verne, mais aussi Philip K. Dick ou Jean Echenoz. Son langage littéraire a été souvent décrit comme à la fois documentaire et poétique, à la fois précis et sensuel. La description minutieuse des détails lui permet de faire surgir les rythmes, les vibrations et la sonorité du monde, en partant des pylônes pour arriver aux profondeurs de ses émotions.

Né le 7 juin 1972, Philippe Vasset est titulaire de deux maîtrises, en philosophie et en géographie, à l’université Paris-IV. Il a également étudié à la School of Advanced International Studies de la Johns Hopkins University à Baltimore, aux États-Unis. À partir de 2001, il a commencé à travailler sur des questions économiques, politiques et stratégiques en tant que rédacteur en chef d'Africa Energy Intelligence, puis d'Intelligence Online. Il a poursuivi sa carrière en tant que directeur de l'ensemble des rédactions d'Indigo Publications qui incluent La Lettre A, Africa Intelligence et Intelligence Online.

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Une aventure menée à pied

Philippe Vasset avait reçu son premier prix littéraire – le prix du Jeune Écrivain, organisé par le Monde - pour ses premières nouvelles, écrites entre 19 et 21 ans. Après ses études, grâce à ces activités professionnelles, il a fréquenté beaucoup d’univers peu connus et peu accessibles au grand public : des économies de l’ombre, des industries de l’armement, des réseaux d’influence. Une expérience qui va nourrir son œuvre littéraire, commencée en 2003 avec la publication des Éditions Fayard d’Exemplaire de démonstration, suivie de Carte muette (2004), Bandes alternées (2006) et Un livre blanc. Ce dernier, paru en 2007, raconte – déjà – une aventure menée à pied, dans les territoires laissés vierges sur les cartes IGN de la région parisienne. Un mélange poétique créé par une rencontre inédite entre la géographie, l’observation et l’expérience vécue « en direct » par le narrateur.

Avec Dans les grandes lignes, Philippe Vasset s’affirme une nouvelle fois comme journaliste, enquêteur, géographe et écrivain voyageur tout en espérant que les lecteurs accepteront, eux aussi, le défi d’un inattendu majeur, la rencontre avec une infrastructure banale, hissée au rang d’un héros malgré lui d’un roman.

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Six romancières et un lauréat

Le choix final du jury du prix Médicis était lui aussi inattendu. Dans sa deuxième sélection, les neuf jurés (parmi eux Marie Darrieussecq, Anne F. Garréta et Andreï Makine, au total, cinq hommes et quatre femmes) avaient choisi six romancières, et Philippe Vasset s’est retrouvé seul homme parmi les sept auteurs en lice. Moins inattendu était le choix du jury de ne pas retenir le roman du Canado-Haïtien Thélyson Orélien. C'était ça ou mourir, encore présent dans la première sélection, a été éliminé après avoir été accusé d'avoir été écrit en grande partie par l'intelligence artificielle. Autre particularité de cette édition 2026, la poussée de livres défendus par de petites maisons d'édition, comme Les Intranquilles, ou qui viennent d'être créées,  comme les Cambourakis ou les éditions des Syrtes.

Dans la catégorie des romans étrangers, le Médicis a été décerné à l'Espagnole Eva Baltasar, pour Déclin et fascination (Verdier) et, pour les essais, à Jean-Baptiste Del Amo pour Une éclaircie (Stock).

Source: RFI · Siegfried Forster

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