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« Le dilemme. » On a beau se revendiquer progressiste, voire féministe, des « Tu ne vas pas t’habiller comme ça ? » s’échappent parfois. Non pas à destination d’un ado au jean tombant sous les fesses, mais d’une ado ventre à l’air. Ou l’éternel retour de la question du contrôle du corps féminin…
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Dans la si longue série des phrases que les jeunes gens, avec un candide orgueil, se promettent de ne jamais prononcer une fois parents (« Je me fiche des notes des autres », « Tu t’es cru à l’hôtel ? », « Un jour, tu me remercieras »…), il en est une que seul un très solide surmoi permet de retenir au seuil des lèvres une fois en situation : « Tu comptes vraiment sortir dans cette tenue ? » L’honnêteté contraint de reconnaître qu’elle a, s’il faut employer un euphémisme, quelques chances supplémentaires de s’adresser à des filles qu’à des garçons. Et que son énonciation surgira après évaluation du pourcentage de peau couvert par ladite tenue. Lequel sera lui-même sans doute corrélé au port d’un crop top, ces hauts qui laissent à nu une partie du ventre, increvablement à la mode en toute saison, ou quasi, depuis une dizaine d’années. Ils sont adulés des marques de fast-fashion, auxquelles ils ne coûtent pas bien cher en tissu et qui peuvent même vertueusement s’appuyer, pour les vendre, sur la vogue body positive promouvant la diversité des corps.
Avec leur coutumier génie linguistique, nos cousins québécois nomment « chandail bedaine » ces demi-vêtements occasions de passes d’armes soutenues à l’intérieur des familles ainsi que des établissements scolaires. Et objets du présent dilemme, dont la simple formulation devrait mener tout droit au poteau d’exécution, selon un nombre élevé d’adolescentes chères à notre cœur : peut-on laisser nos filles porter des crop tops ? (Oui, il existe des garçons et des personnes non binaires adeptes de l’exhibition du nombril, mais un sujet à la fois, voulez-vous ?)
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Source: Le Monde · Raphaëlle Leyris
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