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Tribune

Collectif

De la loi Duplomb à la loi d’urgence agricole et, aujourd’hui, à la loi omnibus X, le gouvernement soumet peu à peu l’expertise scientifique indépendante de l’Agence nationale de sécurité sanitaire aux exigences économiques des industriels de l’agrochimie, dénoncent plus d’une centaine de scientifiques, dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 19h30 Temps de Lecture 3 min.

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Depuis la loi Duplomb sur l’agriculture, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), chargée de l’évaluation et de l’autorisation des pesticides, est devenue la cible privilégiée de l’agro-industrie. Jeudi 24 septembre, le ministère de l’agriculture a transmis à ses agents une injonction sans précédent : évaluer, en deux mois seulement, les risques d’un pesticide néonicotinoïde, le flupyradifurone.

En imposant ce délai insensé, à la demande de l’industrie de la betterave sucrière, pour réautoriser cet insecticide interdit, le pouvoir politique place l’agence sous haute pression au moment même où ses ressources humaines et ses capacités financières s’amenuisent. Ce calendrier absurde n’a rien d’un accident. Il est le signal d’alarme d’un choix politique délibéré : celui de soumettre progressivement l’expertise scientifique indépendante de l’Anses aux exigences économiques de l’agrochimie.

Loi Duplomb, loi d’urgence agricole, loi omnibus X… En déroulant, texte après texte, l’agenda des industriels, nos dirigeants commettent une faute majeure. L’Anses est née dans le sillage des grands scandales sanitaires des années 1990, avec pour mission d’éclairer la décision publique par une science rigoureuse et indépendante. Le but : éviter que se reproduisent les tragédies de l’amiante et du chlordécone, nées, elles aussi, de ces mêmes compromissions politiques.

Affaiblissement financier

Or, désormais, cette indépendance est doublement menacée, d’une part, par des pressions politiques. Le 8 juillet 2025, le jour même de l’adoption de la loi Duplomb, le gouvernement a fait passer ce qu’il n’avait pas réussi à obtenir devant le Parlement : un décret de priorisation des usages des pesticides, qui permet au ministère de l’agriculture d’imposer ses priorités dans le traitement des demandes d’autorisation. Une machine folle qui fait que, aujourd’hui, près d’un dossier sur deux traités par l’Anses est considéré comme prioritaire, pour satisfaire les intérêts économiques des filières agricoles.

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Source: Le Monde · Collectif

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