Dès février 2027, le plafond du livret A sera relevé "entre 25 000 et 30 000 euros", a annoncé mardi le gouvernement. Une fausse bonne idée, selon Philippe Crevel, économiste et directeur général du Cercle de l’Épargne.

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Publié le 04/11/2026 11:57

Temps de lecture : 2min

L'économiste Philippe Crevel, le 31 janvier 2024. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Pour financer le plan et le programme d'adaptation au changement climatique des bâtiments et des infrastructures publics, Sébastien Lecornu a annoncé mardi 3 novembre un relèvement du plafond du Livret A "en février, en même temps que la mise à jour du taux qui lui aussi sera amené à augmenter." Le plafond du Livret A sera relevé "entre 25 000 et 30 000 euros", contre 22 950 euros actuellement. "On transforme un peu le livret A en mille-feuille", a réagi sur franceinfo l'économiste Philippe Crevel.

franceinfo : Le gouvernement est-il obligé de passer par cette mesure pour financer notamment l'adaptation au changement climatique des infrastructures publiques, dont les lycées ?

Philippe Crevel : Le gouvernement doit faire face à des problèmes financiers extrêmement importants en ce qui concerne le budget. Il est en extrême difficulté pour faire adopter la loi de finances de 2027. Donc, il essaie de trouver des solutions et d'indiquer aux manifestants et aux lycéens qu'il se préoccupe de la situation, de leurs conditions de vie en permettant aux régions d'emprunter davantage et plus facilement auprès de la Caisse des dépôts, en utilisant les ressources du livret A, qui aujourd'hui étaient prioritairement affectées au logement social et aux collectivités locales. Donc là, on va ouvrir le champ du livret A vers la rénovation des lycées.

Est-ce que cela permet de répondre à l'urgence selon vous ?

Utiliser l'argent du livret A, ça permet à l'État de trouver des capacités d'endettement supplémentaires. Les régions vont s'endetter ou l'État va s'endetter davantage à travers le financement de la transition écologique, mais ça répond à une urgence. D'autre part, c'est un peu en incohérence ou en contradiction par rapport à la politique que menait le gouvernement depuis des années, qui était d'allonger l'épargne, de dire : "Il faut qu'on ait une épargne plus longue." Il avait mis en place le plan d'épargne retraite, il avait incité les Français à aller vers le financement d'entreprises et là on fait un petit peu marche arrière, on change de cap en disant qu'on est sur de l'épargne courte pour répondre à des besoins d'urgence et on a un petit peu un jeu de bonneteau qui va se faire, les Français qui avaient mis de l'épargne sur des livrets ou sur l'assurance vie vont être incités à revenir sur le livret A.

Avec cette mesure, le gouvernement appelle indirectement ceux qui ont une capacité d'épargne assez élevée ?

Le gouvernement demande à ceux qui ont des livrets A au plafond, ce qui représente près de neuf millions de personnes, d'épargner davantage de telle façon que la Caisse des dépôts puisse faire des prêts supplémentaires, afin de construire les centrales nucléaires ou pour rénover les lycées. C'est de l'indirect, on passe par le livret A, on va transformer l'argent du livret A en prêt auprès des régions. C'est l'usine à gaz du livret A, mais qui existe déjà depuis des années pour le logement social. C'est ainsi qu'on finance le logement social en France. Là, on va financer les lycées.

On transforme un peu le livret A en mille-feuille, parce qu'il va y avoir une couche pour les centrales nucléaires, une couche pour le lycée, et puis une couche pour d'autres priorités gouvernementales. Donc au fur et à mesure, ça va être très complexe à gérer le livret A, mais c'est le travail de la Caisse des dépôts.

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