Une manifestation du collectif Interfac, d'abord interdite par la préfecture, a finalement pu se tenir, de façon statique, après une décision de justice. Une victoire "symbolique" pour les organisateurs.

France Télévisions

Publié le 22/10/2026 20:53 Mis à jour le 22/10/2026 21:01

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Des manifestants devant un cordon de gendarmes lors d'une manifestation étudiante à Paris, le 22 octobre 2026. (IBRAHIM EZZAT / ANADOLU / AFP)

Le 17 octobre, Julia était dans la rue pour soutenir les lycéens et protester contre une société qu'elle juge dysfonctionnelle. Des revendications dans la continuité de son engagement depuis le début du mois d'octobre, où elle est de tous les blocages devant sa fac, l'université Gustave-Eiffel à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne). Mais, jeudi 22 octobre, cette étudiante en sciences humaines et sociales est venue jusqu'à Paris pour une autre raison : dénoncer les interdictions de manifester qui se multiplient depuis la journée du 17 octobre, où des violences et pillages ont accompagné la mobilisation sociale.

La manifestation à laquelle elle participe, organisée devant l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à l'appel du collectif étudiant Interfac IDF, a d'ailleurs bien failli ne pas avoir lieu. Mercredi après-midi, la préfecture de police de Paris l'avait interdite, "face à l'incapacité de l'organisateur à éviter des exactions" lors de précédents rassemblements les 13 et 17 octobre. Jeudi, en début d'après-midi, elle a finalement été autorisée, après un recours fructueux devant le tribunal administratif. La préfecture a malgré tout interdit aux participants de déambuler jusqu'à la place de la Bastille, ne permettant qu'un rassemblement statique près de l'hôpital, encadré par un important dispositif des forces de l'ordre.

"Il y a une volonté de faire taire par la répression", dénonce Coppélia Moreau, porte-parole du collectif Interfac IDF, qui rassemble des étudiants des assemblées générales de différentes universités. Même message du côté de Gaël Quirante, syndicaliste chez Sud et porte-parole du parti d'extrême gauche NPA-Révolutionnaires : "Ce qui se joue, c'est la volonté d'interdire tout droit de manifester. Le gouvernement ne va pas devoir réprimer, il va aussi devoir répondre aux revendications sociales des travailleurs et de la jeunesse". Le militant a vu dans le maintien de la manifestation une victoire "symbolique", au moment où plusieurs rassemblements ont été interdits jeudi et d'autres le seront encore samedi partout en France.

"Interdire, c'est une manière de nous faire taire et d'invisibiliser nos revendications", estiment Winner et Chloé, deux étudiantes en lettres mobilisées depuis plusieurs semaines devant leur université à Paris. Elles pensent que les scènes de violences et de pillages, qu'elles ne cautionnent pas, permettent à l'Etat de durcir sa réponse sécuritaire tout en occultant les revendications des lycéens et d'une partie de la société.

Une pancarte brandie dans le cortège parisien. (IBRAHIM EZZAT / ANADOLU / AFP)
Une pancarte brandie dans le cortège parisien. (IBRAHIM EZZAT / ANADOLU / AFP)

Plus loin, un militant du parti d'extrême gauche Révolution Permanente, installé sur un camion, dénonce, sous les applaudissements, un "Etat dont les interdictions de manifester prouvent qu'il a peur" et appelle à amplifier le mouvement. "Il faut qu'on prépare une grève générale, qu'on abroge Parcoursup et qu'on dégage cette clique politicienne."

Dégagisme, violences policières, conditions d'études des jeunes, avenir... Pour Arthur, cette multitude de revendications et d'inquiétudes entendues dans le cortège n'est que le miroir d'une jeunesse "révoltée". "On n'est pas écoutés, et en plus on est maltraités. Et maintenant, on va déployer l'armée [les militaires de la force Sentinelle seront déployés samedi, principalement pour des missions de "sécurisation statique"]. Si ça, ce n'est pas le signe d'un Etat qui devient autoritaire." Comme les autres jeunes interrogés, Arthur considère que les pillages de commerces et les violences vont participer à "décrédibiliser le mouvement".

"On parle toujours des violences, mais jamais des causes. On envoie la police lors de la manifestation et on s'étonne que les jeunes répliquent", dit-il en tenant sa pancarte. D'un côté, un fameux refrain de Bob Marley, "Get up, stand up, stand up for your right". De l'autre, un message qu'il attribue à Victor Hugo : "Quand la dictature est un fait, la révolution devient un droit".

Ervin et Julia, étudiants en Seine-et-Marne, appellent à amplifier la mobilisation. (PAOLO PHILIPPE / FRANCEINFO)
Ervin et Julia, étudiants en Seine-et-Marne, appellent à amplifier la mobilisation. (PAOLO PHILIPPE / FRANCEINFO)

Julia, l'étudiante de Champs-sur-Marne, et son amie Amira se disent, elles aussi, choquées par le déploiement sécuritaire qui a suivi le 17 octobre et l'interdiction de certaines manifestations. Mais les deux étudiantes ne partagent pas la même analyse des violences et pillages. Amira déplore que "les casseurs invisibilisent la mobilisation", tandis que Julia juge que ces scènes ne sont que la réponse, certes violente, d'une jeunesse ignorée. Pour elle, les restrictions imposées au mouvement ne peuvent que le renforcer : "A force de tout interdire, ça va encore plus péter".

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Source: Franceinfo · Paolo Philippe

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