Article rédigé par Laure Cometti - avec Thibaud Le Meneec

France Télévisions

Publié le 29/10/2026 05:44

Temps de lecture : 6min

Raphaël Glucksmann participe à une manifestation contre les violences sexuelles, à Paris, le 7 septembre 2026. (SAMUEL BOIVIN / AFP)
Raphaël Glucksmann participe à une manifestation contre les violences sexuelles, à Paris, le 7 septembre 2026. (SAMUEL BOIVIN / AFP)

Après avoir été enfariné ou hué, le candidat social-démocrate affirme être victime d'un "harcèlement" organisé par le mouvement mélenchoniste. Les insoumis nient tandis que l'équipe de Raphaël Glucksmann s'interroge sur la stratégie pour poursuivre la campagne.

Il a annoncé sa venue à la dernière minute. Il est 18h40, lundi 26 octobre, lorsque Raphaël Glucksmann prévient qu'il se rendra au rassemblement en hommage aux victimes de l'attentat de Trappes. Vingt minutes plus tard à peine, voici le candidat de gauche sur la place Stalingrad, derrière quelques barrières métalliques déployées près de la tribune par SOS Racisme, l'organisateur de la manifestation. Un "carré VIP", selon les mots d'un bénévole, dont l'eurodéputé s'échappe assez vite, juste après le discours d'Emmanuel Grégoire, le maire socialiste de Paris. Des précautions prises par ses équipes depuis que le candidat social-démocrate a été chahuté à plusieurs reprises lors de ses sorties publiques. Celle de lundi soir ne fait pas exception. "Glucksmann dégage !" lance un jeune homme, keffieh palestinien autour du cou.

Quelques minutes plus tôt, un groupe de militants de Place publique a été pris à partie en arrivant au rassemblement et le drapeau européen d'une militante a été arraché par une femme. "C'est très compliqué de venir en manifestation, on est sans cesse interpellés, même ce soir à un événement contre le racisme, une valeur commune à la gauche", soupire Yoann Pavie, élu dans le 19e arrondissement.

Présent ce soir Place Stalingrad au rassemblement en mémoire de Pengo Bossio Wangi, victime de l’attentat raciste de Trappes et La Verrière, ainsi qu’en soutien aux blessés et à leurs proches. Le racisme tue. Face au climat haineux et xénophobe, notre devoir est de défendre notre République. Une, indivisible et anti-raciste.

— Raphael Glucksmann (@rglucks1) October 26, 2026

Depuis le début de la mobilisation lycéenne, certains militants de Place publique ont rejoint les cortèges, parfois sans le drapeau jaune de leur mouvement. Raphaël Glucksmann lui-même a été interrogé sur son absence des manifestations hebdomadaires. "J'étais en soutien à ces jeunes mais je n'étais pas dans les rues (...) parce qu'il y a une campagne de harcèlement de La France insoumise contre moi", a-t-il affirmé lundi sur TF1. "Il n'y a pas un pas que je puisse faire sans rencontrer une hostilité, ça s'est organisé", a-t-il poursuivi, estimant que LFI le cible en raison de sa dynamique après sa victoire dès le premier tour de la primaire socialiste.

Quelques personnes sont en tout cas venues accueillir Raphaël Glucksmann aux cris de "Mélenchon président !" devant le bar du 20e arrondissement où il célébrait son succès, le 11 octobre au soir. "Il y avait des proches de Sophia Chikirou", avance un élu socialiste. Contactée par franceinfo, la députée insoumise n'a pas répondu. Sur une vidéo, au moins deux militants de la section locale de LFI sont reconnaissables. Plus tard, un jeune homme a enfariné le candidat PS-Place publique au moment où il montait dans un taxi. "Jean-Luc Mélenchon doit désavouer formellement le fait que ses supporters agressent", a-t-il réagi le lendemain sur France Inter.

Contrairement au leader de La France insoumise ou à Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, le candidat à la présidentielle n'a pas battu le pavé avec les étudiants et les lycéens. "Il y a une forme de confiscation de la manifestation", constate un cadre de la campagne de Raphaël Glucksmann. Pour ses soutiens, les liens avec LFI font peu de doutes. "Qu'il s'agisse d'une campagne, je ne sais pas, mais il y a des insoumis", note le député socialiste Arthur Delaporte.

"La France insoumise et ses sympathisants considèrent qu'ils peuvent en permanence insulter, harceler et empêcher l'ensemble de la gauche de faire campagne."

Yannick Jadot, sénateur écologiste, soutien de Raphaël Glucksmann

à franceinfo

"Ce sont des méthodes qu'on pensait réservées aux fascistes", enfonce même un cadre socialiste.

D'autres soulignent que ces actions plus ou moins spontanées sont menées par des militants insoumis mais aussi d'extrême gauche ou de collectifs antifascistes. Le 1er mai 2024, déjà, la tête de liste PS-Place publique aux européennes avait été exfiltrée d'une manifestation à Saint-Etienne après avoir été pris à partie par quelques dizaines de personnes. Les Jeunes communistes avaient revendiqué l'opération.

"Je déplore la bordélisation de la campagne, mais de là à en faire complot ourdi par LFI..." souffle un élu écologiste. Et de s'interroger : "Pourquoi utiliser du temps d'antenne pour parler de ça plutôt que du fond ?" "Il faut arrêter de dire que LFI est responsable de tout. Monsieur Glucksmann ne devrait pas cotiser à ce jeu, car la seule conséquence de la diabolisation de LFI est la banalisation du Rassemblement national", prévient le député communiste Stéphane Peu, alors que Marine Le Pen se trouve très largement en tête des sondages sur le premier tour de l'élection suprême.

"Le pays vient de connaître un attentat terroriste raciste [à Trappes]. Raphaël Glucksmann ferait mieux de se préoccuper de ça plutôt que de chouiner."

Un sénateur de gauche

à franceinfo

Du côté de La France insoumise, il s'agit de réagir le moins possible aux déclarations de l'eurodéputé. Interrogée mardi, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Mathilde Panot, a esquissé un sourire avant d'affirmer : "On ne parle jamais de Glucksmann, qu'il arrête de parler de LFI !" "Il faut qu'il arrête de jouer à la victime", abonde le député insoumis Eric Coquerel auprès de France Télévisions. Quant à son collègue Antoine Léaument, il assure que "la consigne que nous avons passée à nos militants c'est : 'nous n'avons pas d'adversaire à gauche'".

Ce n'est pas la première fois que la campagne se tend entre le camp Glucksmann et les mélenchonistes. Lors d'un meeting en février, le tribun insoumis avait suscité la polémique en écorchant volontairement la prononciation du nom de famille de son rival. Et c'est sur une promesse de rupture nette avec LFI que l'essayiste a mené campagne lors de la primaire socialiste à l'automne.

En dénonçant un "harcèlement", le candidat social-démocrate marque un peu plus ce clivage. "Beaucoup d'électeurs centristes n'aiment pas LFI. Assumer de dire qu'on est harcelé par LFI, ça permet de leur parler indirectement", analyse un soutien de Raphaël Glucksmann. "On va continuer à dénoncer ces méthodes en espérant qu'à un moment donné tout le monde réalise à quel point ce comportement, qui est accepté, sinon orchestré, par la direction de LFI, est inacceptable", tranche Yannick Jadot.

"Il faudrait que La France insoumise en paie le coût politique."

Yannick Jadot, sénateur écologiste, soutien de Raphaël Glucksmann

à franceinfo

Mais le candidat à la présidentielle peut-il poursuivre sa campagne sans craindre les invectives ou les vidéos virales tentant de le tourner en ridicule, comme celle d'un influenceur se présentant comme un magicien, vue plus d'un million de fois sur TikTok ? Présent lors de la scène, l'eurodéputé socialiste François Kalfon regrette que "ce type d'images éclipse les propos sur le fond. La mécanique est simple, il s'agit de l'empêcher de parler". Mais il relativise : "Dans l'histoire du mouvement ouvrier, les socialistes ont toujours été traités de 'social-traîtres'."

Mais un candidat de gauche à la présidentielle peut difficilement faire campagne sans se joindre aux mouvements sociaux. Raphaël Glucksmann envisage d'ailleurs de participer à la manifestation du 5 novembre, selon nos informations. Le député européen a également besoin de multiplier les déplacements pour travailler son "enracinement". Il a par ailleurs prévu de se rendre vendredi à Trappes, une semaine après l'attentat qui a fait un mort et plusieurs blessés.

Pour ces futurs déplacements, l'équipe de campagne a prévu d'adapter son dispositif. "On est obligés de faire attention, il faut tout réorganiser, y compris la bulle de sécurité autour de lui, mais on ne va pas disparaître du terrain", explique François Kalfon. "Il faut qu'on s'organise pour y aller avec des militants, un service d'ordre. Jusqu'à présent, c'était assez improvisé", reconnaît un cadre socialiste.

"Les socialistes veulent qu'il aille en manif', car c'est un marqueur de gauche, mais j'ai peur que ça fasse des images pourries."

Un soutien de Raphaël Glucksmann

à franceinfo

Au-delà des enjeux de sécurité et de communication, ces perturbations sur le terrain posent une question plus politique au candidat. Pour certains élus de gauche, les attaques ne relèvent pas d'une campagne organisée par les concurrents à sa gauche, mais d'un rejet d'un partie de l'électorat. Lors d'un rassemblement contre les violences sexuelles, place Vendôme, le 7 septembre, une manifestante lui avait reproché d'être "la fausse gauche". "Peut-être que sa ligne de rupture à gauche n'est pas populaire", sourit un parlementaire écologiste. En refusant de s'associer au recours devant le Conseil d'Etat contre les interdictions de défiler le 24 octobre, Place publique s'est aussi attiré les critiques de certains manifestants.

"Il y a un enjeu de radicalité", a reconnu Raphaël Glucksmann au micro de RTL. "Je crois aussi que Jean-Luc Mélenchon a mis en place un écosystème sur les réseaux sociaux extrêmement puissant et que nous, la social-démocratie, il faut que l'on sorte de notre mollesse." Pour y remédier, et alors qu'il peine à séduire l'électorat jeune, son équipe compte mettre en avant davantage de mesures de gauche perçues comme radicales, comme la proposition de régulariser 300 000 travailleurs sans papiers. Le candidat mise aussi sur la présentation de ses "100 jours de la révolution écologique", prévue la première quinzaine de novembre.

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Source: Franceinfo · Laure Cometti

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