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Publié le 25/10/2026 19:32 Mis à jour le 25/10/2026 19:34

Temps de lecture : 5min

Marine Le Pen lors de son meeting de lancement de campagne présidentielle, le 25 octobre 2026, à l'Arena d'Orléans (Loiret). (ALAIN JOCARD / AFP)
Marine Le Pen lors de son meeting de lancement de campagne présidentielle, le 25 octobre 2026, à l'Arena d'Orléans (Loiret). (ALAIN JOCARD / AFP)

Pour sa quatrième candidature, la patronne du Rassemblement national a lancé sa campagne dimanche lors d'un meeting à Orléans, accompagnée par Jordan Bardella et Eric Ciotti.

"Levez les mains ! Je veux voir tous les drapeaux !" Le chauffeur de salle ne ménage pas ses efforts pour faire chanter le public sur Edith Piaf, Céline Dion ou Michel Delpech, avant l'arrivée de Marine Le Pen lors de cette seconde journée du congrès du Rassemblement national. La quadruple candidate à la présidentielle a choisi de lancer sa campagne dans une ambiance de karaoké, à l'Arena d'Orléans, dimanche 25 octobre. A six mois de l'élection suprême, les mines sont réjouies, sous les stroboscopes. "On grappille d'année en année, l'espoir est plus marqué, on sent un courant qui se lève", souffle David, venu en famille du Loiret. "On y croit cette fois !", sourit Sophie*, en attendant le début du meeting.

A l'extérieur, des camionnettes bleues et de nombreux policiers et gendarmes gardent les lieux. Le congrès se déroule dans une ville placée sous très haute surveillance : la préfecture a déployé 3 000 policiers et gendarmes et interdit toute manifestation dimanche, ce qui n'a pas empêché une centaine de militants antifascistes de se rassembler, à bonne distance de l'Arena. "C'est un peu inquiétant, et plus on va s'approcher du vote, plus ça va être tendu", souffle Vincent, 22 ans, qui a fait la route depuis Nîmes.

"Ils pensaient vous intimider, ils pensaient vous dissuader de venir, vous êtes 8 500 rassemblés ici", se réjouit Jordan Bardella, confortablement réélu la veille à la présidence du parti lors d'un scrutin sans suspense. Mais son discours, axé sur l'autorité, est interrompu par une altercation dans les gradins. Pour couvrir l'incident, le président du RN fait entonner La Marseillaise au public, tandis que le service d'ordre évacue plusieurs militants de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) venus dénoncer "l'antisémitisme et le racisme" du parti. Deux journalistes qui filmaient la scène sont à leur tour expulsés brutalement, selon Mediapart.

Numéro 2 sur le ticket présidentiel, le trentenaire a été éclaboussé par des révélations de Mediapart sur des propos antisémites passés qui lui sont attribués. "Ça n'a aucun impact auprès de nos électeurs", balaie Jean-Lin Lacapelle, membre du bureau national du RN. Mais samedi, les journalistes de Mediapart ont été brutalement exfiltrés de la salle du congrès par le service d'ordre du RN, après avoir été pris à partie par des militants. "Anecdotique", évacue un cadre. "Mediapart a provoqué des militants, notre service d'ordre a préféré les sortir pour les protéger. On continuera d'accréditer tous les médias". Les journalistes ont pu ensuite regagner la salle.

Ces incidents et les manifestations récurrentes d'opposants ponctuent une campagne que les lepénistes souhaitent "positive". "On n'est pas du tout bunkérisés, assure un parlementaire. L'extrême gauche veut faire penser ça et nous faire passer pour un groupuscule de cinglés alors qu'on est à 35% dans les sondages."

Samedi, entre 13 000 et 26 000 personnes ont défilé dans le calme de l'autre côté de la Loire pour s'opposer au RN, dans un centre-ville quasi bouclé, où les commerces étaient fermés et barricadés. En tête de cortège, le patron des socialistes, Olivier Faure, a accusé le parti de Marine Le Pen d'être "responsable" d'un "climat délétère, raciste, xénophobe depuis très longtemps", au lendemain d'un attentat raciste, qui a fait un mort et plusieurs blessés. "Faire un lien entre ce qui s'est passé à Trappes et nous n'est pas digne, mais la gauche continuera à le faire car elle n'a rien d'autre à dire", a réagi Marine Le Pen devant des journalistes samedi.

Porté par de bons sondages, le RN estime que la victoire n'a jamais été aussi proche de la victoire, grâce à la stratégie de normalisation et au contexte politique. "On a gagné la bataille des idées et de la crédibilité, il reste celle des urnes", résume Jean-Lin Lacapelle. "Mon optimisme vient du fait que je pense qu'on a eu raison sur tout, estime Marine Le Pen, en privé, tout en restant prudente, après trois élections perdues. Rien n'est jamais acquis. Il faut faire campagne comme si on était à 13 ou 14%" dans les sondages.

Pour l'emporter, le RN doit séduire au-delà de son socle électoral et lorgne les électeurs de droite. Sur scène avant les deux leaders du RN, Eric Ciotti, chef de l'UDR (Union des droites pour la République), veut incarner ce rapprochement, deux ans après avoir quitté avec fracas Les Républicains pour rallier Marine Le Pen. "Cette alliance est fondatrice, ensemble nous avons fracturé le mur du politiquement correct pour bâtir une union inédite dans l'histoire de France (...). J'appelle solennellement mes anciens amis des Républicains à nous rejoindre !", harangue-t-il sous les applaudissements.

La salle est chauffée à bloc lorsque Marine Le Pen arrive sur scène, peu après 16h20. "Ce qui fait notre force, c'est que nous avons toujours refusé le déni et osé affronter la réalité en face, sans tabou, sans interdit", clame-t-elle. "Tout le monde en France est maintenant d'accord avec nous !" Pendant une heure, la fille de Jean-Marie Le Pen convoque l'image de Jeanne d'Arc, déclinée sur les produits vendus à la boutique du RN, pour promettre "la renaissance de la France", dans un discours aux accents positifs. "Notre seule boussole, c'est la France, son redressement et le bonheur des Français", lance la députée du Pas-de-Calais. Sans pour autant faire l'impasse sur ses fondamentaux, comme la lutte contre "l'immigration qui submerge nos villes" ou encore "l'Etat prédateur" qui "spolie" les héritages, devant un public acquis à sa cause.

Les événements survenus en marge de manifestations le 17 octobre irriguent aussi les discours. "Quand l'extrême gauche prône le chaos, le parti de l'ordre, c'est nous", affirme Yoann Gillet, directeur adjoint de la campagne. "La violence des pilleurs a certainement servi de révélateur à certains de nos compatriotes qui étaient peut-être dans le déni", affirme la candidate en privé, alors que le parti assure enregistrer un pic d'adhésions depuis, et revendique 160 000 militants.

Cet enthousiasme se heurte toutefois à quelques difficultés. La candidate n'a toujours pas décroché de prêt bancaire pour financer sa campagne. Elle reste par ailleurs soumise à une échéance judiciaire : la Cour de cassation doit se prononcer juste avant le premier tour dans l'affaire des détournements de fonds du Parlement européen, pour laquelle elle a été condamnée en appel le 7 juillet. Elle risquerait alors de devoir purger sa peine d'un an de prison ferme, aménageable sous bracelet électronique. Une perspective que personne n'envisage aujourd'hui au RN. Pas même la principale intéressée.

*Le prénom a été modifié à la demande des intéressés.

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Source: Franceinfo · Laure Cometti

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