C’est une vidéo Instagram comme on en voit beaucoup. Musique, soleil, montage rythmé, sourire, café, et trois personnes cueillant des olives. Mais la description replace la scène dans une réalité de violences : "Ça nous a pris quatre bonnes heures. Vous êtes invités à participer à la mise en valeur de la terre d’Israël et à venir récolter des olives". 

Ces images ont été tournées en Cisjordanie occupée, et la colonie israélienne illégale de David Kela est identifiée sur la publication. 

Cette vidéo publiée le 28 septembre 2026 montrent trois personnes cueillant des olives dans une ambiance conviviale en Cisjordanie occupée. Pourtant, une colonie illégale est identifiée sur la publication et la description de la vidéo appelle les internautes à les rejoindre mettre “en valeur la terre d’Israël”.

Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

La période de récolte des olives a officiellement commencé le 15 octobre 2026 et elle s’étend jusqu’à fin novembre. Depuis plusieurs années, elle est synonyme de violences accrues à l’encontre des Palestiniens, commises par l’armée et les colons. D’ailleurs, beaucoup de Palestiniens ont commencé leurs récoltes deux semaines en avance afin d’éviter les risques de violences.

Ce contexte n’empêche pas des Israéliens de mettre en avant, sur les réseaux sociaux, une récolte agréable et conviviale avec des images souvent accompagnées d’un message invitant les internautes à les rejoindre. On trouve des dizaines de publications de ce genre sur les réseaux sociaux. 

Dans une vidéo publiée par @nehoraichushinski le 11 octobre 2026, accompagnée d’une musique calme, on voit un homme cueillir des olives et apercevoir des gazelles. La personne qui tient ce compte apparaît régulièrement en tenue de soldat dans ses publications. La description dit : “On récolte les olives avant que quelqu’un du village ne nous devance… Et les gazelles sont déjà venues voir ce qu’il leur reste."

Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Certaines colonies ont même leurs propres moulins à huile. Le colon Elisha Yered a partagé une affiche invitant les internautes à récolter des olives pour en faire de l’huile dans la colonie illégale d’Itamar et la ferme illégale d’Avihai. La description suggère aux internautes de cueillir des olives "dans le verger le plus proche, situé juste derrière la clôture de votre localité" et invite à venir "renforcer la présence juive sur les terres de notre pays".

Publication du colon Elisha Yered le 30 septembre 2026 d’une affiche sur laquelle on lit “Partez à la découverte des grands espaces, récoltez des olives, reconquérez la terre et faites vivre le sionisme ! Venez apprendre à produire de l’huile d’olive pure dans notre moulin à huile.”

Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Au 15 octobre, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) recensait près de 200 attaques ayant fait des victimes ou causé des dégâts matériels et affecté la saison de récolte des olives.

Il affirmait que le nombre d’attaques menées par des colons en Cisjordanie, affectant la récolte des olives, avait déjà dépassé les 185 incidents recensés en 2025

“Ils nous ont interdit d’entrer dans notre oliveraie”

Omar (pseudonyme) vit dans le gouvernorat d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Depuis le 16 juin 2026, l’accès à son oliveraie a été bloqué par l’armée.

"Le mardi 16 juin, nous avons découvert qu’une dizaine de colons étaient venus dans notre oliveraie. C’est une terre qui m’appartient par héritage de mon père et de mon grand-père.

Ils frappaient les oliviers avec des bâtons. 

Nous avons appelé la police israélienne qui est venue sur place, mais ils ne sont pas allés jusqu’à eux pour les faire partir. Ils sont simplement restés sur la route principale. Ensuite l’armée est arrivée, et les soldats se sont dirigés vers les colons et en ont fait partir certains, mais pas tous.

Les colons qui sont restés ont alors commencé à saccager les oliviers. Ils frappaient les arbres avec des bâtons et choisissaient les plus beaux arbres. Les colons ont pris une partie des olives et ont piétiné l’autre partie.

Ils ont alors fait venir environ 200 moutons, ils les ont amenés dans l’oliveraie et les ont laissés paître dans toute la zone. Les colons sont restés avec leurs troupeaux du matin jusqu’au coucher du soleil.

Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Quant à nous, ils nous ont interdit d’entrer dans notre oliveraie, en affirmant que cette terre se trouvait dans une zone militaire. Nous ne savons pas quoi faire."

Les oliviers bénéficient à des dizaines de milliers de Palestiniens, en Cisjordanie. Selon l’OCHA, en 2019, les plus de 10 millions d’oliviers représentaient une source de revenu principale ou secondaire pour 80 000 à 100 000 familles. Dans son rapport "The Elimination Project", l’ONG israélienne de défense des droits humains B’Tselem affirme qu'en moyenne, le secteur oléicole rapporte chaque année 170 millions de dollars, soit plus de 151 millions d’euros, à l’économie de la Cisjordanie occupée.

Les diverses restrictions et violences de l’année 2025 en lien avec la récolte – telles que la désignation d’oliveraie comme zone militaire ou parc national, les actes violents et contraignants ou les ordres militaires empêchant les Palestiniens de faire leurs récoltes – ont fait perdre plus de 46 millions de dollars de revenus, soit plus de 40 millions d’euros, à l’économie palestinienne, selon l’OCHA. 

“C’est l’ensemble du système qui soutient les colons”

Yair Dvir est porte-parole pour B’Tselem. Il souligne la proximité entre les colons et l’armée, ainsi qu’un système conçu pour restreindre l’accès des Palestiniens à leurs terres.

"Tous les ans, depuis des décennies, on voit la violence s’aggraver à cette période de l’année. Mais chaque année, la violence ne cesse de s’intensifier. Cette violence commise par des colons ou des soldats entraîne des blessés voire des morts. 

La violence inclut également de nombreux vols commis par des colons. Il existe de nombreux témoignages et vidéos montrant des colons en train de voler les olives directement sur les arbres ou d’attendre que les Palestiniens aient terminé leur récolte pour venir simplement s’emparer des olives."

L'ONG de défense des droits humains des Palestiniens Yesh Din publie sur X une vidéo documentant des vols d'olives par des colons en Cisjordanie occupée.

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

"Dans de nombreux cas, on constate que l’armée israélienne participe activement à ces actes : elle est présente sur place et laisse les colons attaquer et voler. Bien souvent, elle participe même aux attaques, arrête des Palestiniens, tire sur eux et utilise des gaz lacrymogènes.

Une chose que l'on observe aussi ces jours-ci, et tout au long de l'année d'ailleurs, mais qui est particulièrement frappante ces derniers temps : on assiste à un défrichement de plus en plus important des oliviers, non seulement par les colons, mais aussi par l'armée."

Dans une vidéo publiée le 9 Octobre 2026 par l’ONG de défense de droits humains Rabbis for Human Rights, des colons, dont un portant un keffieh, s’en prennent à des activistes de l’ONG venu protéger les Palestiniens lors de leurs récoltes des olives.

Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

“On a vu des colons portant des keffiyeh nous attaquer.”

Mohammed (pseudonyme), président du comité d’agriculture d’un village palestinien, explique la place qu’ont les oliviers dans la culture palestinienne.

"La culture de l’olive est historique, culturelle et religieuse pour nous. 

Historiquement, la plupart des Palestiniens en Cisjordanie ne sont pas des réfugiés. Il y a donc des personnes qui n’ont jamais été séparées de leurs terres, qui ont leurs parcelles, récoltent chaque année et produisent leur huile – quelque chose qu’ils ne sont plus en mesure de faire.

Culturellement, le keffiyeh Palestinien présente des coutures représentant des branches d’olivier, la thobe traditionnelle des femmes comporte également des motifs particuliers faisant référence aux oliviers. L’huile d’olive est aussi une graisse essentielle dans l’alimentation des gens.

Dans le Coran, les oliviers et les figuiers – qui ont une relation symbiotique et qui historiquement étaient plantés ensemble en Palestine – sont mentionnés conjointement. Les oliviers sont une partie intégrante dans des textes sacrés du Coran.

Je ne pense pas que c’est possible d’expliquer ce que les oliviers représentent pour nous. C’est au-delà du symbolisme, des pierres tombales de martyrs portent l’inscription : “Nous mourons debout, comme les oliviers de Palestine”.” 

Photo prise par notre observateur à Birzeit la nuit du 12 octobre 2026. Craignant des attaques des colons ou de l’armée, les Palestiniens récoltent parfois la nuit. Ici, notre Observateur nous montre un olivier saccagé.
Photo prise par notre observateur à Birzeit la nuit du 12 octobre 2026. Craignant des attaques des colons ou de l’armée, les Palestiniens récoltent parfois la nuit. Ici, notre Observateur nous montre un olivier saccagé. © Observateur

"C’est révoltant de voir les colons prétendre qu’ils sont autochtones et que leur relation avec l’olivier est naturelle, alors que ce sont eux qui, rien qu’en le cueillant, le détruisent littéralement pendant une décennie.

Nous voyons notre culture nous être volée. Ils ont essayé de s’emparer du thobe [robe traditionnelle arabe et palestinienne, NDLR]. On a même vu des colons portant des keffiyeh nous attaquer."

À Birzeit, dans la nuit du 12 octobre 2026, notre Observateur prend en photo un olivier saccagé dont il ne reste plus que le tronc.
À Birzeit, dans la nuit du 12 octobre 2026, notre Observateur prend en photo un olivier saccagé dont il ne reste plus que le tronc. © Observateur

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, l’armée israélienne a déclaré qu’en cas de "perturbations entravant la récolte", elle prenait "les mesures nécessaires pour permettre sa poursuite ou, si besoin est, pour disperser les personnes présentes, tout en s'efforçant d'éviter de faire des victimes". Elle ajoute : "la plupart des incidents de friction se produisent dans des zones où la récolte des olives ne nécessite pas de coordination et dans des lieux où les forces de sécurité ne sont pas présentes. En revanche, la majorité des récoltes coordonnées se déroulent comme prévu."

Selon l'OCHA, les attaques de cette année affectant la récolte des olives ont fait un mort et plus de 120 blessés Palestiniens, et ont endommagé plus de 2 500 oliviers ou jeunes plants. Depuis 2023, 100 000 oliviers ont été détruits, arrachés ou incendiés en Cisjordanie occupée selon le ministère palestinien de l’Agriculture. 

Source: France 24 · Marguerite Ipek Lacroix, Les Observateurs

At a glance

Topic
World
Country
🇫🇷 FR
Publisher language
FR
Added to Allnira