À l'occasion de la troisième édition du forum économique Russie-Afrique, qui s'ouvre à Moscou ce mercredi 28 octobre, le nucléaire civil figure parmi les sujets au cœur des discussions. Pour les pays africains, confrontés à des besoins croissants d'électricité, l'atome représente une piste pour soutenir leur développement industriel. Pour Moscou, ces projets constituent aussi un marché de long terme et un moyen de renforcer son influence sur le continent.
L'Afrique accueillie en majesté à Moscou. La troisième édition du forum économique Russie-Afrique débute ce mercredi 28 octobre, à l'initiative du Kremlin. Le sommet réunit des chefs d'État du continent, mais aussi des dirigeants d'entreprise, avec l'ambition de développer les échanges commerciaux. Parmi les sujets à l'ordre du jour : l'énergie nucléaire civile. Le continent a un immense besoin d'électricité. En Afrique subsaharienne, environ une personne sur deux est raccordée au réseau électrique. Avec la croissance démographique et le développement industriel, les besoins devraient fortement augmenter.
Les gouvernements cherchent donc à produire davantage d'électricité, tout en diversifiant leurs sources d'énergie. Le nucléaire présente plusieurs avantages. Il permet de produire de grandes quantités d'électricité en continu, avec de faibles émissions de carbone. Plusieurs pays africains s'intéressent ainsi au nucléaire russe. Pour l'heure, le principal chantier de Moscou sur le continent se trouve en Égypte, où quatre réacteurs sont en construction. Mais d'autres États envisagent également de développer cette énergie.
06:37
Le décryptage d'Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheure en sciences et technologies nucléaires au Conservatoire national des arts et métiers
Rosatom propose des centrales nucléaires clés en main
Si la Russie attire les pays africains, c'est aussi parce qu'elle propose une formule particulière. Son géant public du nucléaire, Rosatom, ne vend pas seulement des centrales. Il peut également proposer de financer leur construction, de fournir le combustible, d'assurer la maintenance et de former les équipes locales. En somme, Moscou propose un écosystème nucléaire complet. Pour des États qui manquent parfois de capitaux, cette formule constitue un argument de poids. Le financement est en effet l'un des principaux obstacles au développement de projets nucléaires, dont les coûts peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Mais pour Moscou, l'intérêt est aussi stratégique. Une centrale nucléaire engage une relation commerciale pour plusieurs décennies, voire près d'un siècle si l'on prend en compte l'ensemble de son cycle de vie. Une fois le réacteur construit, le pays reste lié à son fournisseur pour le combustible, les pièces détachées et une partie des compétences techniques nécessaires à son fonctionnement. Cette relation peut même dépasser le secteur de l'énergie, avec des coopérations dans la formation et les universités, mais aussi un intérêt potentiel pour les ressources en uranium présentes dans les sous-sols africains.
À écouter aussi - Aujourd'hui l'économieQuarante ans après Tchernobyl: où en est le nucléaire mondial?
Le nucléaire russe, un risque de dépendance pour les pays africains
Cette coopération comporte néanmoins des risques pour les pays partenaires. Le premier est technologique. Lorsqu'un État achète un réacteur à un fournisseur, il est difficile de changer de partenaire du jour au lendemain. L'approvisionnement en combustible, la maintenance et les compétences nécessaires à l'exploitation peuvent créer une dépendance durable. Le deuxième risque est financier. Les prêts destinés à financer les centrales peuvent atteindre des montants considérables. Si les remboursements deviennent trop lourds, les États peuvent se retrouver en difficulté et voir leur marge de manœuvre réduite.
Enfin, ces contrats comportent une dimension géopolitique. Pour Moscou, ils constituent un moyen de renforcer son influence sur le continent, notamment dans certains pays du Sahel qui se sont rapprochés de la Russie. La signature d'un accord ne signifie d'ailleurs pas nécessairement qu'une centrale sera construite. Dans certains cas, la portée politique du rapprochement peut compter autant que la concrétisation du projet.
Car le nucléaire peut contribuer au développement industriel de l'Afrique, mais il suppose des investissements considérables, des réseaux électriques adaptés et des compétences qui prennent des années à acquérir. Pour les capitales africaines, le défi consiste donc à transformer ces promesses en électricité, sans perdre leur autonomie. L'enjeu est de faire de la coopération nucléaire un levier de développement et d'indépendance énergétique, plutôt qu'une nouvelle source de dépendance économique.
Source: RFI · Stéphane Geneste
At a glance
- Topic
- World
- Country
- 🇫🇷 FR
- Publisher language
- FR
- Added to Allnira