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Tribune
Boris Gobille
Politiste
Les liens entre les deux mouvements de jeunesse ne se limitent pas à un slogan, démontre le politiste Boris Gobille, qui pointe, dans une tribune au « Monde », une dynamique de protestation et des formes de contestation similaires.
Publié aujourd’hui à 07h00, modifié à 12h34 Temps de Lecture 4 min.
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Les mouvements sociaux convoquent souvent l’histoire. La mobilisation lycéenne et étudiante de 2026 ne déroge pas à la règle. Des références historiques ponctuent les cortèges, nourrissent les slogans, imprègnent les commentaires. Et Mai 68 y occupe une place de choix.
La porte-parole de l’Union étudiante, Sabrine Kharbach, l’assure : le mouvement s’inscrit « dans la tradition de Mai 68 ». Pancartes et slogans le revendiquent eux aussi : « Génération 6-7 refait Mai 68 », « Octobre 2026 est le nouveau Mai 68 », « On nous l’a mise à l’envers, on vous la Mai 68 ». Des allusions à des aphorismes de Mai 68 assurent que « la beauté est dans la rue » et qu’on trouvera « sous les paillettes la rage ».
La comparaison avec Mai 68 agit comme une référence mobilisatrice car elle renvoie à un mouvement social victorieux déclenché par la jeunesse. Elle est aussi instructive sur le fond. Certes, le contexte est différent.
Il y a bientôt soixante ans, l’espoir révolutionnaire imprégnait de larges fractions de la jeunesse, les luttes anti-impérialistes internationalisaient la contestation, un rejet global de la société de consommation et du capitalisme s’exprimait, on voulait libérer les mœurs, on refusait le « métro-boulot-dodo ». L’économie croissait encore, et les études supérieures promettaient d’accéder à des postes enviables. On en est loin aujourd’hui.
Pourtant, plusieurs traits communs relient les deux époques. La dynamique de la protestation, d’abord. Comme en mai 1968, surdité politique, répression policière et infantilisation des jeunes ont favorisé l’extension de la contestation. Ces facteurs sont souvent déterminants dans les mouvements sociaux de masse. Les images de la répression, relayées à l’infini sur les réseaux sociaux, ont choqué, solidarisé les lycées dotés avec les lycées déshérités, et agrégé au mouvement enseignants, parents d’élèves, syndicalistes, voire retraités, paysans – et depuis le 17 octobre, « gilets jaunes ». Scénario fluide dont il est difficile de prédire l’issue.
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Source: Le Monde · Boris Gobille
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