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Par Damien Leloup et Michaël Szadkowski
Publié aujourd’hui à 04h45Article réservé aux abonnés
RécitL’ampleur de la mobilisation en ligne semble avoir initialement échappé au gouvernement, qui menace désormais les réseaux sociaux d’une suspension temporaire en cas de nouvelles violences. Le projet de loi dit « casseurs-payeurs », adopté en milieu de semaine, va dans ce sens.
Un groupe Snapchat. C’est là que des élèves du lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil ont « tout organisé », comme ils le diront eux-mêmes. Le 18 septembre, au lendemain d’une grève de leurs enseignants, les messages ont fusé et, « à 6 h 30, il y avait des lycéens devant le lycée en train de barricader ». Saint-Exupéry, avec ses profs non remplacés, son infirmière absente et ses locaux dégradés, lance un mouvement qui s’étend à travers tout le pays. Le lundi suivant, l’influenceur Willy à la prod et le député (La France insoumise, LFI) du Val-de-Marne Louis Boyard vont sur place soutenir les lycéens. La vidéo de l’élu LFI est vue plus de 1,5 million de fois sur TikTok.
Le mouvement lycéen est-il, aussi, un mouvement Snapchat ou un mouvement TikTok ? L’essor et la médiatisation du mouvement ont été aidés par des vidéos virales, c’est certain, et la mobilisation en ligne apparaît dès le départ aussi massive qu’éclatée. Souvent, des comptes Instagram animés par des lycéens servent de vitrines aux revendications. A Paris, une nomenclature privilégiée reprend le terme de « deter », pour déterminé : @turgot.deter, @montaigne.deter, @h4.deter, @monet.deter…
Très tôt, des rendez-vous, des images ou des mots d’ordre y sont postés, généralement au format « story », qui disparaît au bout de vingt-quatre heures. En parallèle, des boucles privées sur Instagram, sur Snap ou sur WhatsApp, rassemblent des dizaines, parfois des centaines de lycéens en fonction des établissements. Fin septembre et début octobre, ils y prolongent les « assemblées générales ». Lieux de rendez-vous, nature des actions, ravitaillement, chasse aux « poubelles » pour les blocages : les messages y crépitent jour et nuit. « On prend les décisions entre nous en interne, que ce soit en vrai ou par message privé. Et on diffuse par des gros comptes ce qu’on a ressorti de nos échanges », résumait un jeune homme, tenant à rester anonyme, derrière l’Instagram du « blocus du lycée Alcide-d’Orbigny » à Bouaye (Loire-Atlantique).
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Source: Le Monde · Damien Leloup, Michaël Szadkowski
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