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Tribune
Alexandre Lourié
Directeur général international du Groupe SOS
La colère des lycéens s’explique notamment par le fait qu’une large partie du budget de l’éducation nationale est consacrée au paiement des pensions des anciens fonctionnaires et ne leur revient donc pas, explique, dans une tribune au « Monde », le directeur associatif Alexandre Lourié.
Publié aujourd’hui à 14h00 Temps de Lecture 4 min.
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Pendant que les lycéens expriment leur colère dans la rue, le gouvernement a dévoilé en octobre une surprise tout aussi explosive : 32 % du budget du ministère de l’éducation nationale finance en réalité les pensions de retraite. Les cris des jeunes expriment la dégradation continue de la place qu’on leur fait. Jusqu’à présent, cet abandon de la jeunesse n’était pas lisible à l’œil nu dans le budget de l’Etat, car les comptes publics sont trompeurs. Nous avons pris l’habitude de présenter les dépenses d’éducation comme généreuses, car au-dessus de la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, au-delà de 5 % du PIB. La réalité est plus proche de 4 %, dans le bas du panier, dès lors que l’on soustrait les « surcotisations » automatiquement appliquées aux salaires des enseignants pour subventionner le système des retraites. La France est donc l’un des plus mauvais élèves, car elle ne prend pas soin des siens.
Cette opération de plomberie commence par une ponction des salaires des fonctionnaires, qui affichent un taux de cotisation de 93 %, bien au-delà du taux de 28 % du régime général. Cet écart représente plus de 20 milliards d’euros, qui gonflent artificiellement les dépenses d’enseignement et permettent d’afficher un budget d’environ 90 milliards d’euros. De l’autre côté du tuyau, ces fonds financent une subvention automatique du ministère de l’éducation nationale au système des retraites pour donner l’illusion qu’il s’équilibre.
Ce mécanisme ne finance pas seulement les pensions des professeurs, il sert à masquer le déficit de l’ensemble du système de retraites. Si ces fonds avaient véritablement financé l’école, alors nos débats sur les retraites – que la répartition ne finance qu’aux deux tiers, sans que l’écart ne soit visible – auraient été plus éclairés et certainement plus féconds.
Maintenant que la transparence est faite sur cette tuyauterie cachée qui retire plus de 20 milliards d’euros à l’enseignement, il est bien plus aisé de comprendre la colère des jeunes. Sans cette fuite en avant des retraites, on aurait pu et on aurait dû augmenter nos professeurs de plus de 50 % ces dernières années.
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Source: Le Monde · Alexandre Lourié
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