Ce troisième samedi consécutif de cortèges en France a réuni entre 320 000 et près d'un demi-million de manifestants selon les sources.

France Télévisions

Publié le 31/10/2026 20:36 Mis à jour le 31/10/2026 20:42

Temps de lecture : 6min

Le cortège de la mobilisation parisienne, le 31 octobre 2026. (IBRAHIM EZZAT / ANADOLU / AFP)
Le cortège de la mobilisation parisienne, le 31 octobre 2026. (IBRAHIM EZZAT / ANADOLU / AFP)

Un nouveau samedi de manifestations en France, ce 31 octobre. Quelque 320 000 manifestants ont défilé dans le pays lors d'une nouvelle mobilisation sociale, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, tandis que l'intersyndicale jeunesse en a comptabilisé près d'un demi-million. Cette journée de mobilisation pour "le pouvoir d'achat et la défense des services publics" était relayée par d'anciens gilets jaunes, des syndicats, des lycéens et des étudiants. Voici ce qu'il faut en retenir.

Une mobilisation forte, des cortèges globalement calmes

Au total 320 000 personnes ont manifesté partout en France dont 70 000 à Paris, selon les autorités qui avaient dénombré la semaine dernière 410 000 personnes au total et 110 000 dans la capitale. Pour sa part, l'Intersyndicale de la jeunesse a avancé le chiffre de près de 500 000 manifestants, dont 200 000 à Paris, des chiffres là aussi en repli par rapport au 24 octobre (800 000 en France dont 250 000 à Paris).

Sous un soleil radieux, les manifestants, pour certains grimés pour Halloween, ont d'abord marché dans une ambiance bon enfant, à l'écart des centres-villes, encadrés par d'importants effectifs policiers (70 000 agents des forces de l'ordre mobilisés) afin d'éviter une réédition des pillages et des dégradations des commerces du 17 octobre. "Les cortèges se sont bien passés dans le cadre des manifestations déclarées", a commenté le ministère de l'Intérieur. A Paris, le cortège s'est élancé depuis la porte de Bagnolet dans l'est de la capitale, après que le Conseil d'Etat a finalement confirmé l'interdiction du parcours historique entre Bastille et Nation proposé par les organisateurs.

Des manifestants dans les rues de Strasbourg (Bas-Rhin), le 31 octobre 2026. (ROMEO BOETZLE / AFP)
Des manifestants dans les rues de Strasbourg (Bas-Rhin), le 31 octobre 2026. (ROMEO BOETZLE / AFP)

A Rennes, la manifestation autorisée entre le mail François-Mitterrand et l'esplanade Charles-de-Gaulle s'est déroulée dans le calme, explique ICI Armorique, avant quelques heurts en fin de marche. Le défilé a réuni 13 500 personnes selon la préfecture d'Ille-et-Vilaine et 25 000 selon la FSU. A Strasbourg, le cortège s'est élancé vers 14h40 en direction de la place d'Austerlitz, avec 3 000 personnes présentes, selon ICI Alsace. Le cortège s'est ensuite dirigé vers la place de la République où il est arrivé vers 15 heures. En Gironde, à Bordeaux, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis place de la Bourse pour prendre la direction de la place de la Victoire. Dans le Puy-de-Dôme, 2 000 personnes se sont rassemblées à Clermont-Ferrand. Dans les Pyrénées-Atlantiques, un peu plus de 2 000 manifestants ont défilé à Pau, selon un décompte d'ICI Béarn.

Des revendications variées

Parmi les causes dénoncées dans les manifestations : la vie chère, les moyens insuffisants de l'Education nationale ou encore la gestion policière du mouvement lycéen. Un étudiant et un intérimaire croisés par franceinfo à Paris évoquaient une "globalisation de la colère". Le premier a fait part d'une "précarité générale" et de la "répression des manifestants". Le second a expliqué manifester pour plusieurs raisons, et notamment en soutien à ses deux frères au lycée. "Il y a un mois, on pouvait se féliciter d'avoir mis l'éducation dans les lycées au cœur des débats mais maintenant, on parle des casseurs, des violences et des dispositifs sécuritaires", a également déploré Arthur, un lycéen.

Emmanuel "Macron a mis les revendications sociales à la périphérie de son mandat", a commenté pour sa part Adèle Tellez de la CGT Paris, au départ de la manifestation parisienne, cantonnée dans l'est de la capitale. Parmi les pancartes aperçues dans ce cortège :"alerte climat de vie chère", "pas besoin de lacrymo pour que notre avenir soit flou", "Halloween déguisée en citoyenne vénère", ou le désormais traditionnel "les lycéens visent le bac, la BAC vise la tête".

Une pancarte brandie par une manifestante au Puy-en-Velay (Haute-Loire), le 31 octobre 2026. (SONIA BARCET / MAXPPP)
Une pancarte brandie par une manifestante au Puy-en-Velay (Haute-Loire), le 31 octobre 2026. (SONIA BARCET / MAXPPP)

A Lyon, Boris, paysagiste de 36 ans a déclaré vouloir "défendre nos droits et manifester contre la vie chère". "On dit non au prix de la vie, non à l'extrême droite, oui aux revendications des lycéens, oui à la parole des citoyens", a déclaré Camille Guérin, une manifestante de 31 ans interrogée à Nantes par l'AFP. "Bienvenue en lacrymocratie", pouvait-on lire à Metz, en référence aux gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l'ordre à des fins de dispersion.

Des heurts en marge de certains cortèges

Des heurts ont opposé les forces de l'ordre et des manifestants à l'arrivée du cortège parisien porte de Charenton (12e arrondissement), saturée de gaz lacrymogènes. A Paris, en fin d'après-midi, un "noyau dur de plusieurs centaines d'émeutiers" s'en est pris aux forces de l'ordre, a commenté la préfecture de police, avec des "jets de projectiles dont un cocktail molotov". "La dispersion de la manifestation se poursuit sans difficulté" par ailleurs, a poursuivi cette source.

Aucun rassemblement n’avait été déclaré à Marseille mais jusqu'à "10 000 personnes" ont défilé pour protester contre la vie chère ce samedi, a fait savoir la préfecture des Bouches-du-Rhône. Après deux heures de mobilisation "sans incident", des tensions sont finalement apparues, "avec des jets de projectiles en direction des forces de l’ordre". Les heurts observés à Marseille ont eu lieu à hauteur du boulevard Chave. En fin de journée le cortège principal s’est dispersé en plusieurs groupes distincts, "dont certains uniquement étaient hostiles", selon la préfecture de police, citée par ICI Provence.

Des heurts ont été observés à Marseille, notamment à hauteur du boulevard Chave, le 31 octobre 2026. (MIGUEL MEDINA / AFP)
Des heurts ont été observés à Marseille, notamment à hauteur du boulevard Chave, le 31 octobre 2026. (MIGUEL MEDINA / AFP)

A Lyon, des heurts ont éclaté au moment de la dispersion de la manifestation à Lyon, place Jean-Macé. Le ministère de l'Intérieur déclare que "des éléments radicaux" ont "tenté" de pénétrer plusieurs centres-villes (Bordeaux, Nantes, Toulouse, Rennes, Lille, Nantes...) afin "de commettre des dégradations et des pillages". Les forces de l'ordre avaient ainsi procédé à 511 interpellations dans le pays, selon un bilan provisoire à 20 heures – près d'un millier d'interpellations avaient été comptabilisées en fin de journée le 24 octobre. Au total, 40 000 contrôles ont été réalisés en France, dont 15 000 en Ile-de-France, selon le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.

"La journée n'est pas terminée", avertit Laurent Nuñez

Laurent Nuñez a toutefois nuancé le tableau général. "Je vois des bandeaux de presse qui disent que les cortèges se sont bien passés... Non il y a eu énormément de tensions, énormément de violences, et il a fallu évidemment y faire face", a estimé le ministre de l'Intérieur vers 19h45. "En cette journée d'Halloween, la journée n'est pas terminée", a-t-il ajouté. "Le dispositif qui a été mis en place pour gérer les cortèges s'est réarticulé dans les centres-villes pour les protéger, eu égard aux nombreux appels au rassemblement à 20 heures sur l'ensemble des villes françaises." Il évoquait par exemple le cas de Paris, où des effectifs contenaient des groupes cherchant à se rendre sur la place de la Bastille.

Des appels à de nouvelles mobilisations

L'Union syndicale lycéenne, l'Union étudiante et l'Unef ont appelé à bloquer les lycées et les universités mardi et jeudi. Une intersyndicale (CFDT, CGT et FO, Unsa et FSU) a appelé les salariés du privé et du public, ainsi que les retraités et les jeunes, à une journée de grèves et de manifestations le jeudi 5 novembre. Les syndicats appellent, dans un communiqué, à défendre "les salaires, les services publics, l'emploi et l'industrie". Dans le même temps, la coordination des gilets jaunes, à l'origine de cet "acte III" de mobilisation sociale, a appelé à faire "un six-seven populaire" en poursuivant "le mouvement les 6 et 7 novembre", au lendemain du 5. Elle appelle enfin à une "assemblée des assemblées" pour fédérer les luttes, le week-end des 21-22 ou des 28-29 novembre, sur place ou en visio.

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