L'exécutif est confronté à une colère sociale puissante mais aussi plurielle, avec des revendications portées par différents mouvements. Franceinfo fait le point sur les demandes des uns et des autres et les réponses apportées jusqu'à présent.

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Publié le 24/10/2026 07:00

Temps de lecture : 6min

Des manifestants lors de la mobilisation du 17 octobre 2026 à Paris (LAURENT CARON / HANS LUCAS / AFP)
Des manifestants lors de la mobilisation du 17 octobre 2026 à Paris (LAURENT CARON / HANS LUCAS / AFP)

Une crise profonde qui se traduit par des revendications multiples. Dès la mi-septembre, ce sont les lycéens, rejoints par les étudiants, qui ont ouvert le bal de la contestation sociale en bloquant leurs établissements et en organisant des manifestations partout en France. Les gilets jaunes, dont la mobilisation avait secoué le pays en 2018 et 2019, ont ensuite appelé à manifester le 17 octobre, lors d'un samedi de colère émaillé de nombreuses violences. Après une première journée d'action centrée sur la fonction publique le 29 septembre, l'intersyndicale a de son côté annoncé, début octobre, une nouvelle journée de mobilisation le 5 novembre.

Les demandes exprimées devant les lycées et dans la rue ces dernières semaines sont diverses mais convergent néanmoins majoritairement autour du pouvoir d'achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale. Franceinfo vous résume les revendications portées par ces différents mouvements et les réponses apportées pour le moment par le gouvernement Lecornu, en attendant de nouvelles mesures qui doivent être annoncées dans les prochains jours.

Les demandes des lycéens et étudiants

• Ce qu'ils demandent. Les lycéens qui ont manifesté et bloqué leurs établissements depuis mi-septembre demandent l'abolition ou la refonte profonde de la plateforme Parcoursup, la refonte des rythmes scolaires et l'abrogation de la réforme Blanquer en 2018, qui a supprimé les filières au lycée. Ils réclament aussi le remplacement systématique des professeurs absents, des effectifs allégés en cours, la rénovation et l'adaptation climatique des établissements scolaires et le droit de manifester en sécurité, sans répression policière.

Les principales organisations étudiantes (la Fage, l'Union étudiante, et l'Unef) portent de leur côté dix revendications principales, dont elles évaluent le coût à 10 milliards d'euros, parmi lesquelles la création de 250 000 places dans l'enseignement supérieur public, une réforme des bourses étudiantes comprenant une augmentation de 200 euros par mois, et la rénovation des résidences "insalubres" des Crous.

• Ce que leur répond le gouvernement. Le gouvernement a mis en place un plan d'urgence de remplacement des enseignants absents dans les lycées en annonçant, le 8 octobre, le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les établissements où la situation l'exige. Une plateforme, Agora, a également été mise en ligne pour recueillir, , jusqu'au 23 octobre, la parole des lycéens. Selon un bilan dressé par le Premier ministre le 11 octobre, "71% des contributions évoquent l'organisation du temps scolaire", "51% soulèvent des difficultés liées aux bâtiments et aux conditions matérielles dans les lycées", et "28,5% abordent la question des professeurs absents et de leur remplacement".

Mais d'autres annonces sont surtout attendues lundi 26 octobre. "Dès lundi matin, nous réunirons l'ensemble des représentants de la communauté éducative pour leur présenter une première série de décisions sur la question des effectifs, du remplacement, de Parcoursup", a annoncé mercredi Edouard Geffray, ministre de l'Education à l'Assemblée nationale. "On ne va pas lâcher cette affaire", a assuré le même jour depuis le Qatar Emmanuel Macron, parlant des "demandes légitimes de la jeunesse". A l'issue d'un conseil de défense, jeudi, le président de la République a précisé que le chef du gouvernement serait présent lors de la réunion lundi avec les organisations lycéennes et étudiantes.

Le chef de l'Etat les a, pour sa part, reçus vendredi après-midi. Nathanaël Combary, président du conseil d'administration du mouvement Renouveau lycéen, a salué à la sortie un président de la République "à l'écoute", qui a promis une "réforme de la démocratie scolaire" et une "refonte complète" de Parcoursup. Mais "on n'est pas satisfaits, on attend notre réunion avec le Premier ministre", a-t-il ajouté.

Les revendications des gilets jaunes

• Ce qu'ils demandent. Les gilets jaunes revendiquent de pouvoir vivre dignement, alors que les prix du carburant mais aussi de l'alimentation, de l'énergie et du logement n'en finissent plus de peser sur les budgets. Le collectif 17octobregiletjaune.net réclame "la démission d'Emmanuel Macron" et "la fin de cette démocratie représentative qui méprise les intérêts du peuple". Il exige également "l'interdiction des grenades de désencerclement et des LBD contre les manifestants, la fin des interpellations de masse, des gardes à vue de mineurs".

Deux autres organisations de gilets jaunes, le collectif Unité gilets jaunes et l'association Yellowsphere réclament pour leur part une Constitution "qui défende réellement les citoyens avec le référendum d'initiative citoyenne (RIC) pour plus de démocratie directe" et un "référendum sur la sortie de l'UE".

• Ce que leur répond le gouvernement. L'exécutif ne s'est pas spécifiquement adressé aux gilets jaunes. La coordination du mouvement à l'origine des manifestations du 17 octobre a dénoncé un "discours vide" d'Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée et demandé à être reçue à l'Elysée avec des représentants de divers secteurs mobilisés. Sans que cela ne soit suivi d'effets. Ils ont, par ailleurs, appelé à un "acte 2" avec de nouvelles actions samedi 24 octobre ainsi que le 31. Mais le parcours à Paris qu'ils ont proposé avec l'Interfac IDF, entre Bastille et Opéra, a été refusé par la préfecture. Seul un cortège allant de Bastille à Nation, et encadré par la CGT, a été validé par les autorités et les intersyndicales étudiantes, lycéennes et de salariés.

Les mesures réclamées par l'intersyndicale

• Ce qu'ils demandent. L'intersyndicale CFDT, CGT, FO, l'Unsa et FSU, qui appelle à manifester le 5 novembre, demande l'ouverture immédiate, dans toutes les entreprises et branches, de négociations pour augmenter les salaires et mettre en œuvre l'égalité salariale femmes-hommes, l'augmentation des pensions des retraités et de la valeur du point d'indice des fonctionnaires. Elle veut aussi l'augmentation du smic et de toutes les aides sociales (APL, allocations familiales, bourses étudiantes, RSA...). La CGT et Solidaires veulent indexer tous les salaires sur l'inflation.

L'intersyndicale réclame aussi l'augmentation des moyens des services publics "pour préparer l'avenir, former les jeunes, soigner et accompagner nos aînés et faire face au dérèglement climatique", une planification environnementale et industrielle ainsi que des moyens pour adapter la société au changement climatique (végétalisation des villes, transports collectifs décarbonés...).

La CFDT veut un impôt minimum de 2% sur les patrimoines financiers supérieurs à 100 millions d'euros, soit l'application d'une taxe Zucman (qui rapporterait 5,5 milliards d'euros par an), et un ISF climatique, modulé en fonction de l'empreinte carbone des placements, qui rapporterait près de 15 milliards, selon les calculs du syndicat.

La CGT souhaite "redonner à l'impôt sur le revenu toute sa place", "renforcer l'impôt sur la fortune", "réexaminer l'ensemble des niches fiscales", "réduire les taux de TVA" et "faire de l'impôt sur les sociétés un outil tourné vers l'efficacité économique et la justice sociale". FO, pour sa part, "revendique le rétablissement d'une fiscalité progressive".

• Ce que leur répond le gouvernement. Dans un courrier envoyé le 20 octobre aux syndicats et consulté par franceinfo, Sébastien Lecornu assure avoir demandé au ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, de travailler "dans les prochaines semaines" avec les syndicats "sur différentes mesures, y compris concernant la thématique du pouvoir d'achat, en lien avec les organisations patronales, et dans le respect des engagements du gouvernement en termes de rétablissement des finances publiques".

Les syndicats ont été reçus le lendemain par le Premier ministre et en sont ressortis déçus. Il n'y a eu "aucune prise en compte de nos revendications", a déploré la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, au terme d'un rendez-vous de 2h30 à Matignon. Pour les syndicats, l'objectif central reste la mobilisation lancée par la quasi-totalité d'entre eux auprès des salariés du privé et du public pour le 5 novembre.

"L'heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais" à partir de cette date, selon Sophie Binet. D'ici là, "il est impératif qu'il y ait des réponses sociales à ces attentes de l'ensemble des travailleurs et des travailleuses qui attendent depuis (...) de nombreuses années", a renchéri la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon.

Le président de la CFTC Cyril Chabanier a néanmoins noté, malgré une déception globale, que le gouvernement avait "ouvert la porte" à "une discussion autour du smic", sans davantage de précisions. Selon Les Echos, l'exécutif envisage d'anticiper la très probable revalorisation du salaire minimum du 1er janvier prochain, qui pourrait être de 15 euros par mois. Interrogé par franceinfo, l'entourage de Sébastien Lecornu s'est contenté de déclarer que "toutes les propositions seront examinées".

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Source: Franceinfo · Margaux Duguet

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